Daily Movies - Septembre 2010
"Blier renoue avec son ton grinçant et quelque peu cynique, dans cette tragi-comédie..."
"l’hermétisme de « Valhalla Rising » est peut-être l’une de ses grandes qualités..."
"réduire la trame de « Torso » à un vulgaire « bodycount » serait injuste"
Charlotte Masini, vice-directrice du festival, nous donne quelques détails sur cette édition 2010.
 



Nos 4 coups de coeur du NIFFF 2010

(Festivals)

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Eh oui, cette année nous avons 4 coups de cœur, rien que cela ! Il faut croire que le niveau, en cette dixième édition du NIFFF, était si bon que nous ne sommes pas parvenus à les réduire à un plus petit nombre. Nous n’aurions su le faire sans mauvaise conscience, tant ces quatre œuvres méritent toutes la plus grande attention.


Valhalla Rising

« Valhalla Rising » est loin de la saga viking palpitante dont certains rêvaient après avoir vu la bande-annonce. Les armes blanches tintent étrangement dans un univers où règne l’éther. Du sang oui, cervelle et tripes, mais qui sont, sinon délices, délicatesses : ici rien ne passe, rien ne lasse, rien ne casse, tout flotte dans un festival de plans d’une beauté puissante, omnipotente, à couper le souffle, soutenus par une bande son qui est une merveille. Il n’en faut pas plus pour crevasser l’âme du spectateur et que s’y engouffre un torrent de lumière.

L’envoûtement est total. Les chapitres se succèdent, entraînant avec eux les hommes et les spectateurs dans une aventure inextricable : stupeur, effroi, incompréhension – et en sus, pour le spectateur, ravissement. S’il est bien un grief que l’on peut faire au film, c’est de noyer le mysticisme dans l’ésotérisme, mais ce n’est pas encore dire qu’il en perd son intérêt. « Valhalla Rising » est un périple cristallin qui touche droit au cœur. Lui céder, c’est accéder à une forme de spiritualité aussi inquiétante qu’enchanteresse. Lui résister, c’est tout bonnement faire acte de mauvaise foi : combien d’esprits étriqués ont-ils méprisé l’œuvre de Refn ? N’importe : Lynch aussi a son lot de détracteurs…

A tout prendre, l’hermétisme de « Valhalla Rising » est peut-être l’une de ses grandes qualités : si tant est que l’on s’en tienne au film, et rien qu’à lui, il n’y aura pas lieu d’y avoir quelque esprit de chapelle. Chercher à comprendre le film – en allant, par exemple, faire des recherches sur Internet – pourrait bien le tuer. Tout bien réfléchi, ce qui doit garantir la pérennité de sa souveraineté, c’est de continuer à se dresser telle une forteresse imprenable. Bref, on l’aura compris, pour autant qu’on le veuille – et c’est là un cinéma tel que nous l’aimons, qui demande de la part du spectateur un réel effort de volonté –, « Valhalla Rising » est un objet fascinant, hypnotique, tel qu’on aimerait en voir plus souvent.

Quant à Mikkelsen, il n’a jamais été aussi froid, inexpressif et peu loquace – de tout le film, il ne dit pas un mot – qu’ici : une véritable statue de marbre ! Cela dit, c’est un acteur qui force le respect : on l’a vu impérieux dans d’excellents films tels que « Adam’s apples » et « The Door » (cf. ci-dessous).




Black Death
On ne peut que sortir ébranlé d’un tel film. « Black Death » est une gifle qui a pour elle une mise en scène superbe ainsi qu’une intelligence impérieuse. 1348. La peste bubonique, venue de France, ravage maintenant l’Angleterre. En dépit de ce qu’on pouvait croire, le film est extrêmement limité dans l’espace. Il se confine dans trois lieux : le monastère, la forêt et le village païen, et ne laisse que peu de place, en définitive, aux pestiférés. La quête est la suivante : un moine quitte son monastère pour épauler une équipe de mercenaires – tous chrétiens – (lieu 1 : le monastère) afin de capturer une nécromancienne – païenne donc – (lieu 3 : le village païen), et pour cela est contraint de passer par une forêt où règne le danger (lieu 2 : la forêt). Le synopsis nous dit ceci : « Les fanatismes sont habilement désossés dans ce film puissant. », et nous ne saurions mieux dire. Le christianisme y passe, le paganisme y passe, la foi, inébranlable, s’effondre néanmoins, au final, comme un château de cartes. Les croyances sont soufflées au napalm, les folies ramenées à la raison, l’irrationnel retrouve sa juste place. L’effet de catharsis est puissant – bien que, il est vrai, il y ait peu de chances qu’il fasse son effet sur les personnes sur lesquelles il devrait le faire… (même constat que pour « Transfer ») – « Black Death » ne donne qu’une envie, de le revoir encore et encore. Une véritable leçon de morale, aussi marquante qu’indispensable. N’oublions pas – tout de même ! –, la présence de Sean Bean, que l’on serait près de confondre avec Boromir du « Seigneur des anneaux » de Jackson, mais surtout notons la performance remarquable d’Eddie Redmayne en tant que jeune moine.




The Door

Mikkelsen semble être au four et au moulin, et, d’ailleurs, si l’on admet qu’il le soit bel et bien, il faudra dire qu’il est aussi bon au four qu’au moulin. Il joue dans rien de moins que deux des meilleurs films de cette dixième édition du NIFFF : « Valhalla Rising » et le présent « The Door » – et rappelons, pour que la messe soit dite, qu’il a aussi joué dans « Adam’s Apples », qui fut rien de moins que l’un des meilleurs films de la sixième édition du NIFFF !

Mais entrons dans le vif du sujet. « The Door » est loin de n’être qu’un film de genre, et il est un exemple de plus de la vitalité du cinéma allemand actuel – à l’image, d’ailleurs, de « Transfer », dont nous parlons dans la rétrospective, lui aussi très bon et loin de n’être qu’un film de genre ! Et ayons encore à l’esprit des œuvres aussi marquantes ces dernières années que « La vie des autres » et « Quatre minutes ».

« The Door » part d’une idée, somme toute, tout ce qu’il y a de plus banale, pour construire une œuvre qui, allant de l’avant, se révélera de plus en plus tortueuse, riche et prenante. On se laisse emporter sans trop savoir où l’on va et encore moins vers quel épilogue.

Le film traite de cet éternel sujet, cher notamment à Nietzsche, qui est celui de la renaissance. Mais ce n’est pas tout : il parle ici d’une renaissance forcenée, qui ne pourra que s’ériger sur le sang, en dépit de toutes ses bonnes intentions. On connaît la métaphore de la renaissance : il faut tuer ce que l’on est pour devenir qui l’on est réellement ; c’est toute l’histoire du « Deviens qui tu es ». Ici, la métaphore prend chair et suit ses propres mots au pied de la lettre. Evidemment, c’est faire fausse lecture de la donnée, et on en devine les tristes conséquences. Il y a dans cette œuvre une volonté de l’homme à forcer le destin, c’est-à-dire, pour être plus précis, une sorte de volonté d’omnipotence, qui ne peut, évidemment, que le mener à la mort. Les hommes, au final, retombent sur terre et retrouvent leur point d’origine. Qu’y a-t-il de changé, en définitive ? Rien, mais c’est un rien d’une lourdeur désastreuse, puisqu’il dégorge de sang. Une œuvre forte, belle, terrible, déchirante, métaphorique, qui invite à la réflexion et qui, et ce n’est pas rien, ne manque pas non plus d’un humour délicieux. A voir et revoir.



Agora
Amenabár s’attaquant au péplum, en voilà une surprise, et une surprise à ne manquer sous aucun prétexte ! Projeté en Open Air sous les étoiles, il semblait que l’on fût sous le même ciel que celui de cette Egypte antique sous occupation romaine, déchirée par le conflit entre le christianisme et le paganisme. Exactement, toute la substantifique moelle d’ « Agora » est le conflit entre la religion et la philosophie, la première se plongeant, comme elle semble si souvent aimer le faire, dans la violence et le fanatisme, la seconde, fidèle à elle-même, se révélant mesurée et lucide, sereine, réfléchie, et cherchant à déboucher sur un pragmatisme qui soit raisonnable et qui se situe au plus près de la justice. « Agora » mêle donc les croyances, la métaphysique, et, ne l’oublions pas, l’astronomie, amenant le spectateur, de fil en aiguille, à la réflexion. Les combats, le sang n’ont donc pas une grande place dans ce péplum de toute beauté, plein d’enfer et d’éther, qui est, c’est vite dit, un pur enchantement. Certains plans sont simplement inoubliables, et Rachel Weisz, plus belle et gracieuse que jamais, est ici à son sommet. Le film fut un succès commercial en Espagne mais non hors de ses frontières. Il faut croire, aussi incroyable cela puisse-t-il être, que l’on préfère, ici et là, des horreurs fétides comme « Troie » ou « Kingdom of heaven ».

Amenabár n’a réussi rien de moins qu’à ressusciter le péplum, ou, autrement dit, il a su réaliser un péplum d’une grandeur dont on désespérait, au vu de tout ce qui a été fait dans le genre ces dernières années. Chapeau bas !



[Raphael Fleury]
www.nifff.ch 27 juillet 2010

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