Suite au succès qu'a remporté « [Rec]» dans son pays natal, mais aussi sur le reste du marché international – un remake américain, « Quarantine », a même vu le jour –, il était logique que les deux réalisateurs, Jaume Balagueró et Paco Plaza, y apportent une suite. On nous avait promis plusieurs choses à son sujet: plus de suspense, plus d'action, et encore plus de sang, notamment en suivant cette fois-ci une équipe de SWAT espagnole. Sur ce dernier point, on ne nous a pas menti.
Le spectateur est effectivement rattaché à une équipe spéciale venant directement sur les lieux du sinistre du premier film, mais la justification de la présence de la caméra – afin de garantir des angles de prise de vues en vue subjective pendant tout le film –, semble ici poussive, alors que dans le premier film l'on suivait des journalistes en quête de sensationnel (le prétexte justifiant donc l'utilisation d'un tel procédé, notamment lorsque l'on connaît l'intérêt des Espagnols pour ce genre de reportages en direct, sur le vif du sujet).
Ce forçage militaire empêche donc le film d'avoir une certaine crédibilité, ce qui menace, d'une certaine façon, la tension horrifique recherchée. Cela s'avère d'autant plus dommage, étant donné que les réalisateurs ont prévu quelques nouveautés assez plaisantes. Déjà, chaque membre du SWAT a, à son casque, une mini-caméra, permettant à tout moment d'afficher leurs images lorsque l'un ou l'autre est envoyé en reconnaissance (merci James Cameron et son « Aliens »). En outre, le film multiplie les caméras – et, par extension, les groupes de personnages –, qu'il utilise comme relais narratifs; le spectateur se retrouvera à plusieurs reprises devant une image noire s'éternisant lorsque l'une ou l'autre de ces caméras n’est plus en usage, voire même est cassée. Tout ceci pour accroître les possibilités horrifiques, les meurtres et autres joyeusetés macabres.
Cela dit, « [Rec] 2 » joue sur les mêmes effets d'attente que son prédécesseur, ce qui ne fonctionne plus du tout ici. En effet, le spectateur averti ne jouit plus de cette surprise, puisqu'il est déjà suffisamment informé de la situation se déroulant dans l'immeuble. Le film se traîne entre chaque scène horrifique ou tendue, tentant vainement de s'ancrer dans un réalisme pur et dur. Enfin, Balagueró et Plaza finissent par virer dans des situations christiques, repompant sans vergogne des éléments de « L'Exorciste », chef-d'oeuvre auquel ils auraient mieux fait de ne pas se frotter, étant donné que le virage dans la religion n'apporte strictement rien à l'intrigue et au contenu horrifique. En bref, « [Rec] 2 » accumule plein de bonnes idées mais ne parvient pas à les utiliser de façon efficace, oubliant parfois le spectateur dans des scènes creuses à partir desquelles le film peine à faire renaître la tension calculée dès le début. Dommage.
[Rec] 2
De Jaume Balagueró et Paco Plaza
Avec Manuela Velasco, Jonathan Mellor
Wildside / Dinifan
Notre avis : 5/10