Accueil Cinéma Critiques de films « James Bond : Spectre » : Mendes clôt son cycle en beauté !

« James Bond : Spectre » : Mendes clôt son cycle en beauté !

James Bond : Spectre

Pour la première fois dans la saga James Bond, le film s’ouvre sur une sobre phrase : « The dead are living ». Loin d’être anodine, elle résume à elle-seule tout l’axe thématique adopté par le film et plus généralement l’arc narratif entamé par « Casino Royale » en 2006. Rembobinons.


En 2002, « Die Another Day » casse la baraque au box-office international malgré une qualité artistique plus que discutable. On atteint dans cet épisode le paroxysme du Bond croquignolet, cabotin et boursouflé comme avait pu l’être « Moonraker » durant la période Roger Moore. Lee Tamahori accumule les pires clichés du cinéma des années 2000, notamment une surabondance d’effets spéciaux justifiant les scènes d’action les plus improbables. Barbara Broccoli et Michael G.Wilson, les producteurs de la saga, sentent venir le temps du changement et décident de se séparer de Pierce Brosnan qui interprète l’agent secret depuis 1995.

Skyfall : Pierce Brosnan

Les films qui caracolent en tête du box-office au milieu des années 2000 étant souvent des origin story (« Batman Begins » est peut-être l’exemple le plus évident), c’est décidé, le nouveau James Bond sera une refonte totale de l’univers de la saga, faisant fi des vingt épisodes précédents. James Bond sera jeune, son univers moderne et ses doubles zéros en devenir. A partir de là, les films ont tenté tant bien que mal de rester fidèles à l’esprit général de la saga tout en s’en détachant le plus possible pour transformer le Bond de Daniel Craig en véritable nouvelle icône 007. Une démarche osée et casse-gueule mais qui s’avèrera au final pertinente. Quoi de mieux pour faire renaître l’agent secret que de le tuer de toutes les manières possibles ? James Bond va donc d’abord mourir sentimentalement dans « Casino Royale ». Sa mort symbolique se poursuivra maladroitement sous le prisme de la vengeance dans l’inégal « Quantum of Solace », Bond cherchant à redonner un sens à sa vie en chassant l’assassin de Vesper Lind. « Skyfall » poussera l’idée dans ses derniers retranchements en tuant Bond physiquement au début du film et moralement à la fin puisqu’il y perdra tous ses repères (destruction de ses origines en Ecosse, mort de M.).

James Bond : Spectre

C’est donc dans « Spectre » que la véritable renaissance de James Bond peut s’opérer et cette première phrase en début de film succédant au retour du « gunbarrel » (le canon de pistolet par lequel on découvre Bond dans tous les anciens génériques) n’a donc rien d’anodin.

« You are like a kite dancing in a hurricane, Mr. Bond »

Cela a déjà été dit et redit dans la presse internationale mais confirmons : la scène pré-générique de « Spectre » est la plus impressionnante de toute la saga. Mendes faisait déjà très fort dans « Skyfall » mais réussit ici à se surpasser.

James Bond : Spectre

S’ouvrant sur un plan-séquence ahurissant de maîtrise en forme d’hommage à « Touch Of Evil » d’Orson Welles, le film débute en suivant un James Bond à l’allure spectrale durant la fête des morts à Mexico. Encore une fois, aucun hasard dans le choix de cette fête célébrant les morts, dont James Bond fait encore symboliquement partie. Il est toujours à la recherche du Spectre, cette organisation secrète évoquée depuis « Casino Royale ». Après une scène d’action en hélicoptère dont la chorégraphie relève du jamais vu, le générique démarre et joue beaucoup sur les contrastes de couleurs entre des tentacules de poulpe (le fameux Spectre), le feu et l’encre noir du dit animal. Un générique magnifique qui rappelle parfois celui de « Millenium » de David Fincher. On regrettera juste la chanson de Sam Smith, très belle dans ses moments orchestraux, mais transparente lorsque le chanteur commence à donner de la voix. La suite du film n’atteindra plus l’intensité de cette séquence pré-générique, mais ce n’est aucunement rédhibitoire, Mendes choisissant de revenir à une forme plus classique de James Bond.

Spectre: Christophe Waltz et Léa Seydoux

La dramaturgie du film prend également le contre-pied de « Skyfall », allant droit au but durant tout le film. C’est à la fois la grande force et la plus grande faiblesse du film dont se dégage au final une certaine hétérogénéité. Car oui Sam Mendes semble vouloir aller droit au but, mais il semble également partagé en voulant apporter une certaine profondeur dramatique à l’intrigue qui ne s’impose pas toujours. Par exemple, le lien unissant James et sa Némésis Franz Oberhauser sonne complètement faux et ne semble être là que pour prolonger ce qui avait été établi dans « Skyfall ». Christophe Waltz est excellent, mais son peu de temps de présence à l’écran ne le rend pas assez menaçant alors qu’il dirige l’organisation censée être la plus grande menace jamais opposée à l’agent secret. De même, la relation unissant James Bond et Madelaine Swann (correcte Léa Seydoux), même si elle est indispensable au récit, puisque la renaissance de James s’opère par son biais, ne sonne pas toujours juste. Cette relation amoureuse résume à elle-seule l’aspect dichotomique du film : la meilleure séquence réunissant les deux personnages, celle du train, est brutale et sans compromis, la pire, celle de la torture, trop appuyée et artificielle. Sam Mendes aurait certainement dû baser l’entièreté de son film sur une approche plus brute, à l’image de Mr. Hinx incarné par le monolithique Dave Bautista.

James Bond : Spectre (Dave Bautista)

Paradoxalement, cette hétérogénéité rend le film attachant et imprévisible. Qui aurait pu prévoir un climax d’une telle sobriété qui réussit pourtant à être extrêmement iconique. Le film va assurément diviser à cause de cette fin, nous estimons cependant qu’il s’agit de sa plus grande force. Que ce soit dans le sort qu’il réserve à l’ennemi de James ou au personnage principal lui-même, Sam Mendes effectue une véritable profession de foi, choisissant la vie pour un James Bond ayant passé toute son existence sous l’ombre de la mort. Il prouve donc là son amour absolu de 007 dans ce qu’il a de plus humain. On regretterait presque que le réalisateur quitte le navire après « Spectre », mais espérons que son successeur saura exploiter au mieux les différentes portes ouvertes et, qui sait, offrir à la saga un film aussi génial et définitif que « On Her Majesty’s Secret Service ».

James Bond : Spectre
De Sam Mendes
Avec Daniel Craig, Ralph Fiennes, Naomie Harris, Ben Whishaw, Rory Kinnear, Christoph Waltz, Léa Seydoux, Dave Bautista, Monica Bellucci, Andrew Scott
Sony Pictures / Walt Disney
Sortie le 11/11


Spectre – 007 – Final trailer HD par TheDailyMovies

1 COMMENTAIRE

  1. Pas particulièrement accroché, j’ai adoré la scène d’intro et le générique qui est très beau, mais après tout ça hum… :-/

    Léa Seydoux ne m’a pas particulièrement plu en tant que Bond Girl, Dave Bautista est top en méchant mais sous-exploité (peut-être reverra-t-on son personnage dans d’autres opus comme c’était le cas de Requin à l’époque ?), le scénario m’a semblé un peu faible, malgré le plaisir de finalement retrouver l’organisation SPECTRE, et m’a surtout donné l’impression d’être construit autour de l’overdose de clins d’œil à la saga plutôt que ces derniers intégrés à l’histoire. Puis c’est quand même longuet par moment et ça manque d’exotisme (même si Bond voyage pas mal)…

    Bref, en-dessous de Casino Royale et Skyfall, après par rapport à Quantum of Solace je ne sais pas trop…

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