Page 11 - Daily Movies 108 - Septembre 2020
P. 11
Dossier
Entre âge légal et âge suggéré :
à chaque âge son film
Avant chaque sortie en salles obscures, la Commission nationale du film et de la protection des mineurs (JIF) remplit
son devoir de service public en préservant le jeune public d’images pouvant heurter sa sensibilité. Fabrice Wulliamoz,
vice-président de cette instance suisse, revient sur sa création et explique le travail quotidien de ses membres.
« Même si les contenus audiovisuels numériques sont désormais Les origines de la Commission
librement accessibles à tous, il demeure important de protéger les
enfants et les jeunes de contenus inappropriés ou potentiellement Il faut savoir qu’en Suisse, tout n’a pas toujours été accepté
dangereux », déclare Marc Flückiger, président de la Commission sur nos écrans. Certains longs-métrages « surtout érotiques
nationale du film et de la protection des mineurs (JIF)*. Mais ou pornographiques » n’étaient pas jugés montrables, et par
pourquoi un enfant de huit ans n’est pas autorisé à voir le dernier conséquent, étaient interdits. Parmi eux, on compte « Salò ou les
film d’horreur en date, pas plus qu’il ne pourra assister à une 120 Journées de Sodome » (1975) de Pier Paolo Pasolini, qualifié
projection publique du prochain James Bond ? Ces films ne lui à l’époque de « film indécent, immoral, malsain ». Ou encore
sont pas jugés montrables. « Les Sentiers de la gloire » (1957) de Stanley Kubrick, refusé dans
notre pays jusqu’en 1970 sur ordre des autorités fédérales. Pour
En tant que gardiens du jeune public, ce sont en général trois d’autres réalisations, ce sont certaines scènes de l’oeuvre qui ont
membres de JIF qui se rendent aux projections précédant chaque été coupées.
sortie de longs-métrages en salles obscures suisses. En vue de
projections publiques, ceux-ci déterminent sur la base de divers Dans le canton de Vaud, la censure cinématographique a été
critères un âge légal au film - dès 0, 6, 8, 10, 12, 14, 16 et 18 ans - abolie en 1981 sur décision du Grand Conseil. Fabrice Wulliamoz
puis un âge suggéré. développe : « Le contrôle de l’âge d’admission au cinéma incombe
dès lors au Département de l’instruction publique, appelée
Fabrice Wulliamoz, vice-président de la Commission nationale du aujourd’hui Département de la formation, de la jeunesse et de la
film, explique les différences entre les deux notions : « L’âge légal culture (FJC). Un âge légal est alors fixé pour les nouveaux films,
est un âge de protection visant à empêcher un enfant de voir des et dès 1995, un âge suggéré. »
images inappropriées pour son âge. Tandis que l’âge suggéré est
un âge pédagogique qui dit à partir de quand un enfant pourra En 2006, le canton vaudois adopte une nouvelle loi sur le cinéma
profiter pleinement du film et en comprendre le propos. » Ces qui s’adapte à l’évolution de la société. « Avant 2013, les cantons de
indications serviront aux parents des petits spectateurs, comme Vaud et Genève étaient liés par une Convention valdo-genevoise
pédagogues et autres personnes chargées d’enseignement. et collaboraient pour fixer les âges d’admission. Ces derniers
L’intervenant complète : « Si l’âge suggéré d’un film fait défaut étaient repris par les autres cantons romands, qui n’avaient
et que ce dernier sort dans le canton de Vaud, ce sont des pas de Commission ni de loi sur le cinéma », raconte Fabrice
membres de l’Organe cantonal de contrôle des films (OCCF) qui le Wulliamoz. La Romandie tout entière se calquait alors sur la
visionneront pour fixer eux-mêmes l’âge suggéré. » décision valdo-genevoise. On remarque que chaque public a une
sensibilité différente notamment en fonction de la culture du lieu
dans lequel celui-ci évolue : « Les âges d’admission variaient d’un
canton à l’autre, voire d’une ville à une autre au sein du même
canton, plus particulièrement en Suisse alémanique », confirme le
vice-président de JIF.
Puis le 1er janvier 2013, « afin de gommer les différences, la
branche a souhaité unifier les âges d’admission au cinéma ».
On parle de l’harmonisation de l’âge légal. C’est ainsi que naît
la Commission nationale du film : « Les membres des quatre
Commissions cantonales existantes, soit Genève, Vaud, Bâle
et Zurich, sont nommés. Les décisions prises sont désormais
appliquées dans toute la Suisse, à l’exception du Tessin, qui n’a
pas signé la Convention et du canton de Zoug, qui s’est retiré pour
diverses raisons », précise le vice-président de l’entité nationale.
Ces derniers ont donc leur propre réglementation en matière
d’âge d’admission.
11

