Zamo Mkhwanazi : « Dans les années 70, le rock et le funk ont pris de l’ampleur malgré l’apartheid »

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Invitée au cinéma CityClub à Pully afin de présenter son nouveau projet cinématographique, Laundry, Zamo Mkhwanazi pris le temps de répondre à nos questions. Très impliquée dans son film, elle nous avait expliqué son lien familial, son amour pour la musique et certains imprévus au montage…


Votre film traite de plusieurs sujets comme l’apartheid, les ambiances des années 1960 en Afrique du Sud, le jazz et d’une blanchisserie. Pourquoi ces choix ? L’entreprise familiale est liée à mon grand-père qui était propriétaire d’une laverie. Cette partie est donc vraie quant à mon film, les aspects historiques pendant les années 1960 ou l’affranchissement du peuple sud-africain. A cette période, la musique avait déjà le pouvoir de tout changer. Jimi Hendrix a sorti son tout premier album en 1967 et ce fut un changement musical définitif. Pour moi, quelque chose de similaire est arrivé en Afrique du Sud et toutes ces raisons en ont fait naître mon intérêt.

Le jeune héros de Laundry s’appelle Khuthala. Comment avez-vous choisi les noms de vos personnages et signifient-ils quelque chose ? Oui tout à fait et Khuthala signifie travailleur acharné (rires, car le protagoniste vit différemment dans le film). Je voulais clairement créer une confusion pour ce personnage entre la réalité et ses espoirs. Le public zoulou comprendra directement le paradoxe, mais pas forcément les autres spectateurs.

Et par rapport aux autres noms des personnages ou le nom de la laverie, qu’en est-il ? Tous les noms choisis ont une signification. Ntombenhle, la sœur, signifie plus ou moins jolie fille. Même si dans l’histoire, elle fait souvent l’inverse de ce qu’on lui demande. Enoch était en fait le prénom de mon grand-papa. Quant à Sithole, il est lié au prénom de ma grand-maman.

Quelle fut la scène la plus simple à tourner et à écrire ? Le tournage a été merveilleux parce que j’ai eu beaucoup d’aide. Sur la centaine de personnes ayant participé au tournage, tout le monde était motivé et impliqué. Je les remercie beaucoup d’avoir amené ma vision du film, à cette belle finalité. Car j’ai aussi écrit mon scénario dans la douleur et la plupart du temps, chez moi…

Laundry est une coproduction suissesse. Comment cette collaboration a-t-elle commencé et comment s’est-elle passée ? J’ai pu trouver des fonds entre les 2 pays grâce à ma double nationalité, je suis Sud-Africaine et Suissesse.

La musique est très importante dans Laundry, tout autant que l’apartheid… Pourquoi avoir choisi des compositions rock et jazz ? Je me suis référée à une partie de la vie qui changeait historiquement et musicalement. Dans les années 1970 en Afrique du Sud, la musique rock et funk ont pris de l’ampleur depuis les sous-sols. A l’époque, les gens s’en associaient dès qu’ils le pouvaient. Et ces mouvements n’émergeaient pas qu’en Afrique du Sud, au Zimbabwe ou au Mozambique aussi. Et pendant cette douloureuse période, la fécondation croisée (ou le mixage) était aussi très présente entre l’Afrique du Sud et l’Amérique en termes de droits civils, humains et du mouvement anti-apartheid.

Par exemple, Louis Armstrong a établi une étroite collaboration avec le trompettiste Sud-Africain Hugh Masekela, qui avait seulement 16 ans. Harry Belafonte en 1973, avait commencé son irremplaçable collaboration avec la célèbre chanteuse Sud-Africaine Letta Mbulu. Pour moi, cela reste très intéressant de montrer et filmer cette période où il était possible d’aller aux Etats-Unis artistiquement. Le « Bienvenue » était réel et le rêve pouvait se concrétiser là-bas.

Comment avez-vous filmé la scène où le titre musical est joué et chanté par la distribution de Laundry ? Elle a été majoritairement achevée en post-production car elle était très difficile à faire. Ce qui a été incroyable avec cette séquence, c’est qu’elle aurait pu être ennuyeuse ou fade à cause de sa longueur. Mais en réalité, on l’a filmée en seulement 4 prises ! J’ai eu le sentiment qu’une incroyable énergie émanait de la performance des musiciens. On a associé 2 mélodies en 1 et je vous avoue qu’avec l’équipe du montage, ce fut très intense pendant le rendu final.

Votre film donne l’impression qu’aucun décor n’a été créé pour le tournage. Un repérage de lieux s’était-il fait avant ? Oui, mais nous avions quand même construit des décors, à l’exemple de la prison qui ressemble beaucoup à celle dont je me suis inspirée. En revanche, l’arrière de la laverie avec les machines à laver, existe réellement. Quant au comptoir, il a été fabriqué pour le film.

Vos attributions pour les rôles sont géniales. De quelle manière avez-vous choisi le casting ? Pour être sincère, toute la distribution fut décidée par la fantastique Directrice de casting, Nolwazi Shange. Comme j’avais déjà plusieurs idées pour les attributions des rôles, elle m’a laissé voir qui elle avait présélectionné afin que cela corresponde au mieux entre mes envies et la réalité.

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