Maïk Darah : « J’ai toujours le sentiment que les rencontres avec le public restent magiques »

Laurent Billeter
Laurent Billeter
Le 7ème Art, pour moi c'est tout une histoire, Plus qu'une passion, qu'une grande occupation, D'Hollywood à Bollywood, De Michael Bay à Jean Marais, Je me complais dans ce milieu fabuleux.

Durant les « Rencontres 7e Art Lausanne » avec notre partenaire « Baka News Network », nous avons rencontré une talentueuse comédienne dont la voix reste bien connue du grand public depuis plus de 50 ans. Elle nous expliqua sa passion et ses craintes actuelles.


Comment êtes-vous arrivée dans le milieu du doublage français ? J’ai commencé par la danse… A 9 ans sur scène au Châtelet (théâtre à Paris). Je suis rentrée petit rat à l’opéra, c’était ma première passion. J’aimais déjà tout ce qui était artistique, être sur scène, interpréter des choses et depuis toute petite. Ensuite, j’ai passé mon bac à mi-temps tout en jouant au théâtre et dans des tournages. J’ai une très bonne amie comédienne qui faisait du doublage et m’a proposé un jour, d’assister à une séance. Je ne savais pas du tout comment cela se passait. J’avais donc fait un essai, qui s’est très bien passé, le jour où mon amie m’avait emmenée dans le studio (de doublage). On était moins nombreux à l’époque. Ce qui fait que j’ai été pendant longtemps, la seule comédienne métisse dans le doublage en France et j’ai pu incarner des rôles qui n’avaient rien à voir avec moi.

Vous prêtez depuis longtemps déjà votre voix à Viola Davis, Angela Bassett, Whoopi Golberg ou Annie Potts. Qui préférez-vous doubler ? Je ne vais pas parler de préférence, mais d’amour. J’aime doubler Whoopi ou Viola Davis qui est aussi extraordinaire. J’aime doubler Angela Bassett ou « Monica » dans « Friends » car j’aime ce que je fais. Il y a des comédiennes qui ne sont absolument pas connues, je ne connais même pas leur nom. Il se peut que je les trouve extraordinaire, même si je les ai doublées une seule fois. Donc, cette question reste compliquée. Mais de sûr, plusieurs.

L’intelligence artificielle met en danger une grande partie du milieu culturel. En France, où en est la situation ? Comment ressentez-vous cette période ? Un peu comme tout le monde, mal. Mais je ne veux pas que cela m’empêche de vivre, même en me sentant impuissante. J’ai néanmoins la conviction qu’on va gagner collectivement. Mais quand, comment ? Je ne sais pas. La guerre entre l’i.a. et l’humain, on va y avoir droit. Car dans les milieux artistiques, c’est une catastrophe et un danger. Mais « heureusement » pour le moment, elle n’a pas d’âme contrairement à nos voix. Pour moi, une voix représente le miroir de l’âme même dans le milieu artistique et l’i.a. n’en n’aura jamais.

Certain-e-s de vos collègues ont annulé des contrats car leur voix ne sont pas protégées. Qu’en est-il pour vous et que conseillez-vous aux nouvelles générations ? Je n’ai pas encore été confrontée à ça. Mais quand on m’appelle, on me dit tout de suite que je n’ai rien à craindre car tout est précisé dans le contrat, sauf erreur. Donc à ce niveau-là, je ne suis pas inquiète. J’espère surtout que mes collègues plus jeunes resteront protégés. En tout cas, on va tout faire pour qu’ils le soient. Et je ne pense pas seulement à notre domaine artistique, mais aussi aux musiciens ou dessinateurs. Il faut qu’on reste toutes et tous solidaires par rapport à cette sangsue.

Aujourd’hui est la journée internationale des droits de la femme. Comment votre métier a-t-il évolué ces dernières années pour les femmes et cette journée en a-t-elle contribué ? Non, je ne pense pas qu’elle l’ait fait. Il faut savoir qu’on est payé-e-s à l’identique que les garçons car nous sommes soumis à des tarifs syndicaux. Je constate tout de même que les rôles féminins existent un peu moins. Donc, on a aussi un peu moins de travail en doublage par rapport à nos collègues masculins.

Vous avez animé une rencontre en expliquant votre métier durant le festival de films Lausanne. Comment s’est passé ce moment avec le public ? Cela s’est super bien déroulé et comme toujours, le temps passe trop vite. En fait, il faudrait même faire des conférences de 4 heures… Les questions sont toujours pertinentes et beaucoup d’interventions sont adorables. Comme suis assez bavarde et plutôt passionnée, j’ai tout le temps envie d’échanger et de raconter comment se passe mon travail. Et par rapport au public, j’ai toujours le sentiment que de tels moments restent magiques, riches en émotions et en échanges.

Vous avez été « Monica » dans « Friends », « Annalise » dans « How to get away with murder » ou la super voix dans l’émission télévisée « Tattoo Cover ». Les 2 personnages se croisent et décident de se faire tatouer. Que leur conseillez-vous ? Je leur proposerais de se faire un tattoo chacune avec un cœur mêlé… Quelque chose représentant à la fois la sororité et un bel échange. J’aime bien votre intéressante question et je me demandais au même moment, ce qu’il pourrait se passer si Whoopi (Goldberg) rencontrait Madonna ou Courtney Cox et qu’on leur expliquait que je suis la même comédienne qui les double en France… L’une d’entre elles pourrait penser à changer de voix française…

Même si à mon sens, il s’agit d’avantage d’incarnation par rapport aux personnages. Par exemple, on ne reprochera jamais à Marion Cotillard d’être extraordinaire dans le film « La Môme » en même temps que tous ses autres films. Car à chaque fois, elle incarne une personne différente. Mais au fond, c’est toujours elle qui nourrit et fait vivre le rôle. C’est pareil dans notre métier, même au niveau émotionnel. Tout en gérant nos sentiments, et nos expériences de femmes avec mes consœurs, on se met toujours au service des autres. Voilà ce que je pourrais expliquer aux américaines, mais si cela peut être compliqué à bien exprimer…

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