Virginie Silla : « Je produis toujours une histoire avec une émotion personnelle »

Laurent Billeter
Laurent Billeter
Le 7ème Art, pour moi c'est tout une histoire, Plus qu'une passion, qu'une grande occupation, D'Hollywood à Bollywood, De Michael Bay à Jean Marais, Je me complais dans ce milieu fabuleux.

En mars 2026, pendant la 9e édition des « Rencontres du 7e Lausanne » avec notre partenaire « Baka News Network », nous avons rencontré Virginie Silla. Qui prit le temps de nous expliquer en quoi consiste son métier assez mystérieux.


Salam Aleykoum, Virginie Latoudou. Nangadef (rire). Bonjour, je m’appelle Virginie. Et Nangadef, c’est « Comment ça va ? Bonjour » et une mutation classique en wolof (dialecte sénégalais).

Vous avez découvert le métier de productrice en 2001 suite à votre participation à un tournage. Comment cela s’est passé ? Depuis mon enfance, j’adore voir des films avec mes parents comme « The Shining ». Je me rappelle qu’on était arrivés devant un cinéma, on venait d’emménager aux États-Unis, et mes parents regardaient la programmation. On était allés le voir et j’en suis ressortie traumatisée. A l’époque, je me souviens que j’avais plutôt envie de devenir pilote d’avions. Mais à cause de ma myopie, je n’ai jamais pu. Il a donc fallu que je choisisse un autre métier… J’ai eu la chance d’aller à un tournage qui se déroulait en Guyane (française) où ma grande sœur travaillait comme comédienne. A mon arrivée, il y avait de la poussière, des caméras et des gens costumés partout. Ce fut un beau coup de foudre pour moi et un rappel de mon enfance dans les cinémas.

A cette époque, j’avais demandé au Directeur de production ce qu’était son métier. Car j’avais déjà le sentiment qu’il s’agissait du plus beau du monde. A mon retour, j’ai annoncé à mon père mon avenir : productrice. Il exigea d’abord que je finisse mes études. Mais même après mon bachelor, j’ai gardé l’envie de travailler dans ce domaine. J’ai eu la chance de rentrer chez « Gaumont » en commençant par le service technique. Je sentais qu’en plus de la production, je devais découvrir tous les angles. À l’époque, il y avait encore les films en pellicule. J’ai vu comment ils étaient montés, découpés, ou recollés. Puis, je suis passée à un autre service. Mais à chaque fois, je me sentais interpellée par l’aspect productif. J’y suis finalement arrivée en travaillant avec le producteur de Luc Besson. En fait, je n’ai pas appris au travers d’une école, mais grâce à celle de la vie.

Quelles sont vos motivations à produire un film ? C’est un choix qui se fait entre ce que je ressens et ce qu’il se passe au quotidien. C’est aussi recevoir des histoires, écouter à quel point elles résonnent et percevoir le bon moment pour les développer. Je produits toujours un film en lien avec au moins une de mes émotions. Et si je m’en sens touchée, je pense que cela peut aussi impacter le public.

Vous avez participé comme productrice au génial film « Everything Everywhere All That Once ». Comment cela s’est passé ? La 1re fois quand je l’ai vu avec mon nom, je ne comprenais pas pourquoi j’avais été nommée productrice. Quand ils l’ont tourné, on vivait à Los Angeles et Michelle Yeoh qui une très bonne amie, y travaillait. Il était très compliqué à produire et les conditions de travail difficiles. On leur avait proposé de faire leur fête de fin de tournage chez nous car, quand on voit des gens se battre ainsi pour un film, on a envie de les encourager. Mais le COVID est arrivé alors qu’ils leur manquaient des scènes. J’ai alors pu leur organiser plus d’une semaine de tournage en France, car Michelle (Yeoh) était bloquée là-bas à ce moment-là. Au final et me sentant satisfaite de la situation, j’ai réalisé que si je n’avais pas été là, le film ne se serait peut-être jamais fini. Comme il fut un véritable OFNI en plus, j’ai été heureuse et très fière de sa sortie au cinéma par la suite.

Quelle fut votre implication la plus facile comme productrice ? Aucun film n’est simple. C’est ce que j’adore dans mon métier, les changements. Il faut que je sois constamment sûre que tout le monde aille bien, tant les célébrités que les techniciens. En arrivant sur place un matin par exemple, si je ne sais pas pourquoi le décor n’est pas disponible, cela pourrait créer des inquiétudes. Mais je m’adapte car chaque expérience est nouvelle, différente et on en apprend tout le temps.

Comment vous tenez-vous informée des productions comme « Hell in Paradise » présentée aux « Rencontres du 7e Art » ? Soit par le biais des rencontres avec les scénaristes ou les réalisateurs qui amèneront des projets, ou selon mes ressentis. Ensuite, je réfléchis et détermine quelles seraient les meilleures personnes pour la suite du projet, puis je rassemble tous ces éléments et le démarre.

Comment vous sentez-vous en qualité de productrice dans le milieu du 7e Art francophone et international ? Je sens que cette industrie mue. Vous me dites francophone, mais en fait, je produis peu de films dans ce sens. Je suis plutôt une productrice au niveau international. J’ai vécu et vis un peu partout. Donc me dire productrice française, je ne suis jamais très à l’aise car je n’ai pas grandi en France. Quant à leur déroulement pour le financement, avec l’arrivée des plateformes, tout a changé. Et en ce moment avec toutes ces discussions sur l’acquisition de « Warner », « Netflix » qui s’est retiré ou « Paramount », qui est plus petit que « Warner », c’est compliqué… Mais j’apprécie cette situation, quand les choses bougent, c’est très intéressant. Je remarque cependant, qu’on ne peut plus produire comme avant. Néanmoins, j’essaie toujours de comprendre les envies des gens et de décrypter leurs sentiments. Qui changent tous le temps entre par exemple, les guerres, leurs envies ou leurs peurs. Puis, je me demande comment on peut apaiser un peu leur vie. J’étudie et analyse de cette manière pour essayer de produire des films dégageant ce type d’émotions.

Aujourd’hui est la journée internationale des droits de la femme. Comment votre métier a-t-il évolué ces dernières années pour les femmes et cette journée en a-t-elle contribué ? Je ne pense pas qu’une telle journée y contribue. J’ai eu la chance d’avoir une mère très active à la maison, même si mon père est africain et a toujours endossé les faux stéréotypes. Il a toujours mis suffisamment en avant notre famille. Donc, ce débat du féminisme… Je pense que tout être humain y contribue à sa manière avec ses sensibilités et forces. Je sais que l’on parle de plus en plus de la place de la femme au cinéma et je trouve cela formidable car nous valons autant que les hommes. Que chacun-e amène le meilleur est une bonne chose, mais pour moi l’objectif est de travailler communément. Même si par rapport aux films que je produits, j’aime davantage voir des femmes fortes dans les rôles principaux.

Leïla Sy, Steven Spielberg, Ursula Meier et Farah Khan vous proposent de participer à leur projet comme productrice. Qu’en ressentez-vous ? C’est une question compliquée… Je rêve de refaire un film avec Leïla Sy. On s’est très bien entendues et il s’agit avant tout, de rencontres humaines et de faire des films. Spielberg, j’ai eu la chance de le croiser mais je ne sais pas ce que je pourrais lui apporter. Parce qu’il faut qu’on puisse apporter des choses aux gens. Je me demande toujours quel sera le sujet du film qu’on aura envie de faire et comment il sera raconté. Donc, ça peut être… N’importe qui des gens que vous citez. Mais il faut que cette connexion et la beauté du sujet du film, se ressentent. Voilà comment se passe une production, une bataille qui dure 2 ans minimum. J’ai aussi envie de percevoir la foi dans le sujet et déterminer à quel point les gens seront impactés.

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