S. S. Rajamouli : « Pour Varanasi, j’ai pris les idées de Baahubali, RRR et les ai mises sous stéroïdes »

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Les 25 ans du « Neuchâtel International Fantastic Film Festival » se sont déroulés début juillet 2026 avec comme invité notamment, le grand réalisateur Indien S. S. Rajamouli. Sa rencontre avec notre partenaire Baka News Network, fut très chaleureuse et il nous expliqua sa passion pour le 7e Art.


Vous êtes devenu iconique depuis Baahubali. Le public dudit festival crie son nom à chaque séance. Quel en est votre ressenti ? Je n’y croyais pas et pensais à une plaisanterie. Je crois que c’est Anurag Kashyap, mon confrère réalisateur Indien, qui me l’a dit la première fois. D’autres personnes m’en ont parlé et j’ai vu sur les réseaux sociaux les gens criants : Baahubali ! J’étais impressionné. Et pendant cette 25e édition, j’ai vécu ce moment-là, qui reste très exaltant pour n’importe quel cinéaste.

Comment êtes-vous devenu réalisateur ? Ma famille fait depuis longtemps partie de l’univers du cinéma. Mon frère Raman Keeravani est un compositeur très célèbre et mon père est scénariste. J’ai toujours été intéressé par les films, au point d’en être une passion depuis mon enfance comme la lecture. Mais je ne faisais rien d’autre. Mon père s’en est inquiété et m’a demandé comment je voyais mon avenir. Pour échapper à son harcèlement, j’ai choisi de devenir réalisateur. Il l’a pris au sérieux et a sollicité ses amis afin que je commence à travailler dans une salle de montage. J’ai poursuivi dans un studio d’enregistrement pour connaître différents aspects de la réalisation. Enfin et sous la direction de mon père, je suis devenu assistant scénariste. Les séquences que j’écrivais en sont devenues des films, mais à chaque fois tout changeait par rapport à ce que j’avais en tête.

Mais ce qui a changé mon parcours, ce sont mes 2 films. Le premier est Baahubali, que les gens connaissent. Auparavant, mes films étaient très formels et axés principalement à un cinéma plus régional. Puis Baahubali est arrivé et toute l’Inde l’a découvert. Mais c’est Eega qui m’a démarqué. Car l’idée d’une mouche réincarnée et tueuse était si ridicule qu’en faire un film, fut finalement une belle et surprenante réussite. Cela m’a redonné confiance, ainsi qu’auprès du public.

Les films indiens sont connus sous le nom de Bollywood. Plusieurs acteurs n’aiment pas ce surnom. Votre cinéma est du Tollywood, Que pensez-vous de ces appellations ? En fait, je n’aime pas la partie « Wood »… Bollywood, Tollywood, Mollywood. Chaque industrie cinématographique indienne a une identité propre comme celle des films hindis, télougous ou tamouls. Et cette classification correspond aussi très bien à notre identification, linguistique qui plus est. Tout en faisant partie du cinéma indien, je suis fier de mes origines indiennes et de faire des films en télougous.

Votre venue au NIFFF était très attendue. A quoi ressemble notre pays pour vous ? Toute la Suisse est une très belle carte postale et assez surréaliste. Vous savez, créer quelque chose dans sa langue et être apprécié par son peuple, c’est formidable. Être connu dans d’autres pays au même niveau que son film, est aussi extraordinaire et satisfaisant.

Baahubali est un succès mondial et en 2027, une série animée sera diffusée. Pouvez-vous nous en dire plus sur Baahubali : The Eternal War ? Quand nous avons commencé à l’écrire, j’ai fait quelque chose que je n’avais jamais fait, réécrire le personnage en entier avec des arcs différents. En fait, tant d’histoires sont déjà prêtes… Nous avons essayé de les transformer en comics ou séries animées, mais leur succès fut modéré. C’est alors qu’Ishan Shukla, un réalisateur prometteur, s’est demandé ce qu’il lui arriverait après sa mort en entrant dans les 14 Royaumes de la mythologie indienne ? Une idée fantastique. Mais en Inde, l’animation s’adresse plutôt aux enfants et les budgets sont réduits. Nous en avons discuté et réalisé que la meilleure façon de rendre justice à l’animation, est son intrigue. Ainsi, la production de Baahubali – The Eternal War a commencé et elle reste toujours selon nous, la plus grande animation indienne qui sera distribuée mondialement.

Pourquoi avoir fait appel à un studio d’animation français ? En ce moment effectivement, Alcyde Studio travaille sur sa partie graphique. En fait, toutes les équipes artistiques du projet avaient déjà vu Baahubali et l’ont beaucoup aimé. Alors quand nous les avons abordés, ils étaient prêts à se lancer.

Votre prochain film Varanasi sort aussi en 2027. Pouvez-vous nous en dire plus ? C’est mon projet le plus ambitieux. J’ai pris les idées de Baahubali, d’RRR et les ai mises sous stéroïdes. Je suis un fan de films d’aventures. Varanasi mènera le public en Antarctique et en Afrique. Il voyage dans le temps, à l’époque de Rama et des Dieux géants. Tous ces moments sont portés par des liens entre un père et son fils. Et oui, je suis très impatient de voir les réactions du public par rapport à Varanasi.

La musique est très importante dans les films indiens. L’une de vos plus connues est celle d’Eega, la mouche. C’était votre idée ? Oui et je voulais qu’elle vole et fasse des choses folles. Mais au niveau de sa scène de fin, on a réalisé que la danse n’amenait plus rien. En plus, elle est un peu triste car Eega se sacrifie et je ne voulais pas que le public parte attristé. Nous avions donc tourné sa nouvelle réincarnation. Je ne sais pas si à l’international cela se sait, mais les danses dans Eega, sont reconnues en Inde grâce aux talentueux danseurs. Et à Paris, Annecy ou Lyon, j’ai vu des gens les apprécier.

Un des acteurs indiens les plus connus en Europe est ShahRukh Khan. Un projet avec lui serait possible ? Il est fantastique, énergique et je le respecte beaucoup. Je pense que n’importe quel réalisateur en Inde aimerait tourner avec lui. Je l’ai rencontré une fois et lui ai parlé. Quand Eega était en cours de doublage en hindi, je suis allé voir les directeurs pour la promotion. Et il était là… Il avait vu mon film précédent, Magadheera. Il m’a demandé comment j’allais et ce que je faisais. Je lui ai expliqué ma présence et sans même me demander, ou que je le fasse, il a immédiatement tweeté à propos d’Eega. C’est une personne généreuse ; j’adorerais travailler avec lui si l’occasion se présente.

Que pensez-vous des sorties des films entre les plateformes et le grand écran ? Pour moi, le grand écran prime car mon amour pour le cinéma a commencé avec lui. Même maintenant, quand j’écris ou une fois mon scénario fini, je pense à la manière dont mon public ira le voir. Mais je réalise aussi le pouvoir des plateformes. En fait, si beaucoup de gens dans le monde connaissent mes films, c’est grâce aux plateformes. Mais regarder un film au cinéma, diffère beaucoup d’une plateforme…

Neuchâtel est votre dernière visite en Suisse et en Europe. Avez-vous un mot pour vos fans ? Je ne parle ni le français, ni le suisse allemand. Mais comme on dit, la langue n’est pas une barrière pour exprimer sa gratitude. Alors, merci du fond du cœur aux personnes qui ont soutenu mes films.

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