Marion Le Corroller: « Je regrette la suppression de la scène à l’usine ».

Laurent Billeter
Laurent Billeter
Le 7ème Art, pour moi c'est tout une histoire, Plus qu'une passion, qu'une grande occupation, D'Hollywood à Bollywood, De Michael Bay à Jean Marais, Je me complais dans ce milieu fabuleux.

Durant les 25 ans du « Neuchâtel International Fantastic Film Festival », plusieurs invité-e-s prestigieux-euses étaient sur place. Dont la cinéaste et l’actrice principale du très bon « Sanguine ». L’entrevue fut l’occasion d’en apprendre davantage, comme le choix du nom du personnage central.


Marion Le Corroller, comment est née l’idée de votre film et son titre ? J’ai étudié pendant 5 ans dans la finance. Pendant ma dernière année, j’ai fait un burn-out et réalisé que l’environnement ne me convenait plus du tout, et impossible de faire taire ma sensibilité. Je ne me sentais pas prête à devenir une sorte de robot-requin. J’ai démissionné, suivi mon envie et fait du cinéma. J’ai commencé à écrire cette histoire avec l’impression que beaucoup de jeunes vivaient des chocs au travail. En sus de s’interroger sur leur métier d’avenir ou sur la manière donner un sens à leur futur.

Comme j’ai intensément ressenti ces interrogations, j’ai eu envie de les raconter au travers d’un film d’horreur corporel. Quant au nom du film, il s’est d’abord appelé « Species », « Espèces ». Mais notre distributeur a trouvé plus intéressant de lui donner un nom en français, tout en gardant la « french touch » horrifique. Ainsi, « Sanguine » est apparu avec toute la pertinence relative.

Marion, beaucoup d’informations médicales sont mentionnées dans « Sanguine ». Toutes existent vraiment ou une exagération fictionnelle a été entreprise ? Toutes les maladies bizarres utilisées existent, comme le vitiligo ou le gigantisme. J’ai vraiment souhaité les inclure dans l’histoire afin de semer le trouble entre les véritables maladies rares et le fictionnel. Mais la mutation a totalement été inventée et travaillée avec le superviseur des prothèses, Pierre-Olivier Persin. On a ouvert des bouquins de médecine afin de s’en s’inspirer pour créer nos mutations uniques et spécifiques.

Mara Taquin, vous avez certainement passé de longues heures de préparation pour les effets horrifiques corporels. De quelle manière vous occupiez-vous ? On ne s’occupe pas… On reste debout sans bouger. Ce travail assez fou fut fait par une super équipe, même si cela a été assez éprouvant pour moi en restant statique pendant 5 ou 6 heures entre le maquillage et les moulages. Mais j’étais tellement heureusement et reconnaissante d’être dans ce projet, que les rares fois où je m’agaçais, je reprenais aussi vite conscience de ce qu’il se passait et à quel point je m’en sentais chanceuse et privilégiée. J’ai vécu des moments incroyables avec ces prothèses minutieusement placées.

Quelle fut la scène la plus facile à tourner et celle à jouer ? (Marion s’adresse à Mara) : Peut-être quand tu appelles ton père car il s’agissait d’un plan fixe, avec peu de lumière et caméras. D’un point de vue technique, ce fut la plus simple.

Mara: Alors pas du tout pour moi… (rires). Je pense que ma scène la plus facile fut celle où je hurle. J’ai vraiment fait appel à la puissance de mon corps et me suis épuisée plus vite, mais je n’ai rien mentalisé et ai peu bougé. C’était très fatigant, difficile à enchaîner, mais plus simple.

Marion, regrettez-vous une scène que vous n’avez pas pu tourner ? J’aurais adoré filmer la séquence où une jeune fille se faisait du mal dans son usine. Elle grimpait sur une chaîne de production en s’arrachant le visage avec des outils. Mais cette scène était extrêmement chère, plus de 100’000 Euros. Quand il a fallu faire des économies, elle est passée à la trappe. Même si je me sens toujours un peu déçue de ce choix, car ce moment aurait ajouté encore plus de tension et d’horreur.

Marion, pourquoi avoir choisi « Margot Loiseau » pour le nom de l’héroïne ? J’adore ce prénom. J’avais envie de quelque chose de royal, que le personnage central soit une reine. Et j’ai pensé à la Reine Margot que je perçois comme sûre d’elle et majestueuse. Pour son nom de famille, j’ai eu envie de créer une sorte de sentiments de liberté et d’émancipation se dégageant de l’héroïne.

Mara, votre nom de famille dans la fiction est « Loiseau ». Vous avez senti votre personnage plutôt libre ou enfermé ? Je n’avais jamais pensé à cette question… Mais effectivement, par rapport à son nom et prénom « Margot Loiseau », on peut penser qu’elle ne réalise pas ses forces. Mais petit à petit et comme des ailes, elle les déploie, les étend. J’ai eu l’impression que son personnage avait quelque chose de très accessible, « Madame Tout-le-Monde », rendant ainsi le récit universel.

Le virus résiste aux vaccins. Quelle serait la suite du film ? Marion: Tous les jeunes seraient enfermés dans des prisons hautement sécurisées. Et tout serait devenu violent et incontrôlable…

Mara: Tu me montres vraiment ton point de vue de réalisatrice de films du genre car de mon côté, je reste une actrice « Bisounours » (rires). Avec ce virus, le monde du travail arrêterait de souffrir et on repenserait à un univers plus bienveillant et égalitaire (rires).

L’histoire se déroule à présent entre le CHU de Liège (Mara Taquin est Belge) et l’hôpital Pourtalès à Neuchâtel, que feriez-vous ? Mara: Tout se passe très bien depuis des siècles dans cet hôpital. Jusqu’au jour où un patient examiné, est contagieux et impacte très rapidement toute la ville. Le cauchemar et l’horreur reviennent d’emblée…

Marion: J’aurais une idée avec le lac (de Neuchâtel). Quelqu’un s’y baigne, en ressort et entre-temps, une catastrophe est arrivée. Le lac est en fait maudit et a contaminé la personne. Il est tellement incroyable et beau (le lac), qu’une histoire est évidente pour moi.

- Publicité -
Festival CinéMasala

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

- Publicité -