Maggie Gyllenhaal offre au monde une version féminine de la fiancée de Frankenstein qui manquait cruellement à la légende. Résolument féministe, totalement fantastique et jouissant d’une violence réaliste émotionnelle sans précédent dans l’histoire de la créature, ce film ouvre les portes de la folie comme un sens quotidien des émotions et de leurs pulsions comme on aimerait les vivre : sans filtres, sans conditions.

La créature du Docteur Frankenstein se sent atrocement seule. Il désire par-dessus tout avoir une compagne afin d’expérimenter et de vivre les sensations humaines de contact, d’échanges et de communication sans voir de la peur dans les yeux de l’autre. Pour réaliser son souhait, il entreprend de demander l’aide d’un médecin spécialiste dans la réanimation de cadavres d’animaux, le Docteur Euphronius.

Dans un Chicago des années 1930, Frankenstein évolue dans un monde qui lui est toujours autant hostile, malgré l’émancipation des mœurs. Les personnages sont sublimés. Ils prennent vie tour à tour devant nos yeux de la manière la plus fantasque qui soit. La Fiancée est d’ordinaire plutôt un accessoire qu’une personne, ce qui peut en dire long sur les réalisations précédentes. Ici, le choix d’une femme de talent qu’est Maggie Gyllenhaal, change complètement la donne. La femme est enfin affranchie de son compagnon. Elle ressent, elle vit, elle exulte, elle danse, elle aime avec passion et découvre ses pulsions sans leur accorder une quelconque mesure.

Résultat, le film est une bouffée d’air frais. Une fenêtre ouvert pour laisser les cris de passions, de vitalités des femmes enfin reconnues. C’est une œuvre féministe par par son scénario et également par sa structure de compétences. Il suffit de voir le générique et de compter le nombre de femmes à des rôles clés dans la conception d’un long métrage. Par ce choix, The Bride s’affiche dans l’air de son époque. Le visage de la vraie émancipation est assumé autant qu’il est arraché à notre société plus féministe dans la rue que sur le papier et dans les foyers.

Jessie Buckley sait incarné une interprétation de la compagne de la créature en comprenant la complexité de ce que serait la renaissance d’une femme dans un monde d’hommes et dans une époque qui balance entre modernité et convenances. Le public masculin, heureusement pas dans son ensemble, ni verra peut-être qu’une histoire graphique, mettant en scène une folie du féminin oublié. Les femmes par contre, qu’elles l’expriment ou non, goûteront sans doute ce cinéma, loin d’être nouveau, audacieux dans l’expression et la véracité de la vie intérieure de la nature féminine.

Côté visuel, les costumes sont splendides. Sombres, sublimes par leur personnification au point, pour certains, de devenir des protagonistes. Le savant mélange de la mode victorienne et de celle des États-Unis des années 1930 transporte le spectateur dans l’ambiance de la prohibition, avec ses effluves d’interdits bravés et de création d’ambition.

C’est une œuvre difficile à classer et c’est sans doute cela qui fera son succès. Si vous aimez découvrir, vibrer, être surpris et vous laisser embarquer dans une dystopie fantastique, alors sautez sur la banquette d’une Cadillac V16 Imperial lancée à vive allure, les sirènes de la police à vos trousses. Attention ! Gros risque de tomber amoureux de cette superbe histoire.

Réal. : Maggie Gyllenhaal
Acteurs, Actrices : Christian Bale/Jessie Buckley/Jake Gyllenhaal/Annette Bening/Penélope Cruz/Peter Sarsgaard/Jeannie Berlin
Distrib. : Warner Bros.
Sortie : 04 mars 2026
Genre : Drame/Epouvante-Horreur/Romance
Durée : 127 minutes


