Cette réalisation franco tunisienne parle d’un sujet encore tabou en Afrique du Nord. Le nouveau film de Leyla Bouzid présente une famille bourgeoise unie dans le bonheur et le malheur, mais pas dans la diversité sexuelle.
Le cadavre de Mohammed Daly, l’oncle d’une jeune parisienne a été retrouvé sans vie, dans une ruelle de Sousse, une ville tunisienne située aux abords de la côte Méditerranéenne. Informée de la nouvelle Lilia décide de se rendre immédiatement sur place avec Alice, une jeune femme qui partage sa vie, pour assister aux funérailles et soutenir la totalité de sa famille restée au pays.
Arrivée la veille de la mise en terre, l’héroïne de cette histoire se doit de retrouver des habitudes perdues dans un pays resté très traditionaliste. Sa relation privée qu’elle vit en cachette avec sa future épouse est également une source de problèmes, car la plupart des conviés ne sont pas encore au courant de la chose.
C’est la raison pour laquelle, Lilia décide de se rendre seule au chevet du regretté Daly pour ne pas faire de vagues, malheureusement pour elle, Alice ne voit pas la chose de la même manière et la tension monte, lorsque celle-ci la rejoint sans avertissement…

« À Voix Basse » est un film poignant qui parle principalement de l’homosexualité chez les hommes et les femmes, un sujet encore délicat dans les pays Orientaux et plus particulièrement en Afrique du Nord. En Tunisie, l’article 230 du code pénal (datant de 1913) criminalise les relations sexuelles entre personnes de même sexe, les punissant jusqu’à trois ans de prison ferme. Cette disposition, souvent appliquée aux relations consenties, est jugée anticonstitutionnelle par des militants et contraire aux droits humains.
Le nouveau film de la réalisatrice Leyla Bouzid (20 ans de carrière et 5 films et séries tournés), se veut plus informatif que moraliste. Les personnages du film sont plus ou moins ouverts à la modernité et ce, malgré des discordances générationnelles, mais dès que des soucis arrivent, les langues se délient et les critiques fusent. Les personnes concernées ont peur des médisances et de l’Etat, ce qui crée une sorte «d’omerta» dans les familles.

La ville de Sousse est centrale dans ce film. Elle se trouve à 160km au sud de Tunis, sur la côte est, dans la région dite du Sahel tunisien. La ville est marquée par l’Histoire : elle fut l’une des principales cités portuaires de l’Afrique romaine. Puis, une ville prospère lors de la période arabo- musulmane. Depuis les années 80, le choix a été fait de la rendre touristique et son essence a été progressivement dénaturée. Son centre-ville, dit de style colonial, a été laissé à l’abandon pour l’étendre perpétuellement avec de nombreux complexes hôteliers. C’est une ville patchwork qui, malgré une modernité affichée, est restée très conservatrice.
Avec le récit de la vie du personnage de Daly se déploie la manière dont s’est joué, dans cette famille bourgeoise tunisienne, le rapport à l’homosexualité. Perçue comme une tare, traitée comme une maladie, le mal-être suscité s’est propagé à tous. Cette mort terrible devait avoir un sens. Permettre à Lilia de se révéler. Ce film poursuit le tissage entre l’intime et le politique, déjà présent dans les créations précédentes de la cinéaste (À peine j’ouvre les yeux et Une histoire d’amour et de désir).
Lilia est interprétée par Eya Bouteraa, dont c’est quasiment une première présence à l’écran. La cinéaste a été frappée par la différence entre sa manière d’être dans la vie (très joviale), et sa présence face à la caméra, qui laisse entrevoir une mélancolie silencieuse.
Nominée à la 76ème édition de la Berlinale, cette œuvre cinématographique surprend par la luminosité de ses décors et son casting de qualité. Les cinéphiles sauront apprécier ici une enquête policière et familiale à la thématique forte.






Drame Franco-Tunisien – durée 1h53 minutes
Réalisatrice & Scénariste : Leyla Bouzid.
Avec : Eya Bouteraa (Lilia), Hiam Abbass (Wahida), Marion Barbeau (Alice), Feriel Chammari (Hayet), Selma Bacaar (Mamie Néfissa), Lassaad Jamoussi (Moncef), Karim Rmadi (Daly).
Production : Memento, Cine+ Canal+ & Playtime.
Distribution : Cineworx.


