Payons-nous vraiment le prix éthique de nos produits alimentaires ? Les agriculteurs peuvent-ils en vivre sans se demander si une grippe ou la concurrence industrielle les fera tomber dans une faillite ? Tant de questions pour un système économique qui continue d’enrichir les plus riches inutiles et d’affaiblir les producteurs précaires.

Audrey, trentenaire ambitieuse, travaille dans un supermarché en tant que responsable de rayon. Elle se voit propulser au sein du système des achats de produits avec une promesse d’amélioration du rapport qualité-prix des produits du terroir bio. Seulement, cette fille d’exploitant agricole, va découvrir un monde de requins où la sacro-sainte monnaie est impératrice. De désillusions en désillusions, Audrey va tout tenter pour continuer à ce battre pour les petits exploitants, convaincue qu’un équilibre entre l’offre saine et la demande est possible.

Dans un contexte européen, le scénario nous emporte dans l’envers du décor quotidien des milieux agricoles français. Même si le plus grand nombre connaît vaguement le fossé entre la qualité proposée par les exploitants, l’attente du public d’une alimentation plus saine et locale et le profit économique toujours plus important des centrales de distribution, ce système continue à étrangler les petits pour engraisser les grands. Lorsque les consommateurs réfléchissent, ils comprennent l’importance de favoriser les produits locaux bio ou non. Mais dans la pratique, la plupart font encore le choix rapide et facile de ne pas regarder ce qu’ils achètent et, au final, mettent vraiment dans leurs assiettes. Il est plus simple de croire, par défaut, aux messages rassurants publicitaires que de changer ses habitudes de consommation. Ce qui est vrai en France, l’est aussi de plus en plus en Suisse. Nombreuses sont les personnes qui doutent de l’avantage économie- santé qui réside pourtant bien dans le fait de préférer les marchés ou les fermes ou encore les unions maraîchères pour leurs courses alimentaires. Pourtant, il est bénéfique, de plusieurs points de vue, de bouder les supermarchés sur une partie de leurs produits.

Économiquement, un foyer standard de quatre personnes dépense moins en régulant sa consommation sur les produits saisonniers et locaux, par exemple, que sur les mêmes fruits et légumes à l’année. La santé est boostée, l’écologie également et la chute du gaspillage je n’en parle même pas.

Dans ce film, le focus est resserré sur les productions de yoghourts. Le prix dérisoire de l’achat n’est hélas pas un reflet de solidarité ou d’altruisme et les premiers acteurs comme les derniers finissent par en souffrir à leur manière. La guerre des prix que se livrent les acheteurs est finalement pour eux un jeu commercial qui tient plus d’un miroir aux alouettes que d’un réel intérêt pour les produits eux-mêmes. La photographie prise ici est bien celle d’un jeu de pouvoir aux dés pipés et aux résultats sournoisement attendus jusque dans les sphères politiques. Nous voilà renseignés une bonne fois pour toutes : dû moment que les gros investisseurs, les tout aussi gros industriels s’enrichissent et peuvent continuer à graisser la patte des influents politiques, notre santé, celle de la planète et le bien-être des agriculteurs passeront toujours au dernier plan.

Côté réalisation, c’est un succès de vérité froide, violente et désespérante qui est interprétée à l’écran. On ressent la pluie, la dureté du travail à la ferme, mais également l’espoir de l’ambition du personnage de Ana Girardot et son sentiment de désillusion qui vient frapper à la porte de l’identification. Les décors sont en général rigides comme l’est l’intransigeance de la guerre commerciale imposée. A tel point, que l’on peut finir par douter de la réalité de certaines relations entre les personnages, ce qui amène à tisser un climat de méfiance. Bref, c’est une grande réussite. Je ne peux que vous motivez à aller voir ce film qui, à défaut de vous informer, approfondira peut-être votre connaissance dans les détails des rouages de la grande distribution. Qui sait ? La prochaine fois que vous voudrez vous faire une salade ou que vous aurez envie d’un yoghourt, peut-être pousserez-vous la bonne porte.

Réal. : Anthony Déchaux
Acteurs, Actrices : Ana Girardot/Olivier Gourmet/Julien Frison/Jonas Bloquet/Catherine Vinatier/Aurélia Petit/Yannick Choirat/Camille Moutawakil
Dsitrib.: Agora Films
Genre : Drame/Thriller
Durée : 96 minutes
Sortie : 18 mars 2026


