Quand y en a plus, y en a encore, allez. Les reboots, suites et autres spin-offs se multiplient au cinéma, et l’heure est venue pour Le Diable s’habille en Prada de s’en offrir une. Que vaut donc le retour sur grand écran d’un des films les plus iconiques des années 2000 ?

Vous vous souvenez ? On est en 2006. Anne Hathaway est Andy Sachs, nouvelle stagiaire du magazine de mode Runway – un équivalent fictif de Vogue, un univers impitoyable fait la rencontre de la redoutable Miranda Priestly (incontournable, inénarrable, inimitable Meryl Streep) et de sa collègue Emily Charlton (Emily Blunt). Le film nous peint deux mondes irréconciliables – le monde ordinaire où l’on s’habille avec des pulls bleus en polyester soldés et celui, select et sectaire, de la mode. Où on perd à la fois libre-arbitre et sens moral. Après un relooking et une escapade parisienne, Andy décidait que finalement, la mode, c’était pas pour elle. Porté par un casting d’enfer et les nécessaires plans de rues new-yorkaises accompagnés de musique pop, le premier opus faisait un chouette travail pour dépeindre, avec une subtilité inattendue, les travers du monde de la mode, les creux et les bosses de ceux qui la font et la défont. Vingt ans plus tard, qu’en retrouve-t-on ?
Quasi tout le monde, d’abord. Le quatuor Anne Hathaway, Stanley Tucci, Meryl Streep et Emily Blunt est l’argument de vente phare de ce deuxième opus : non seulement ils sont encore tous là, mais en plus ils n’ont pas pris une ride. Chouette alors. Peut-être qu’on peut fermer les yeux et faire semblant que non, 20 ans ne se sont pas écoulés, ni pour nous ni pour les employés de Runway ?

C’est, par moments, ce que le film semble tenter de faire. Il faut bien un prétexte pour que les personnages se réunissent à nouveau deux décennies plus tard et celui trouvé par cette suite est plutôt alléchant : la presse écrite est en danger, menacée par l’omniprésence de la vidéo et quasi-condamnée par la puissance grandissante de l’IA qui grignote tout sur son passage. Voilà qu’Andy se retrouve rédac cheffe chez Runway, où rien n’a changé. Rien ? Rien. Même s’il est vrai que Miranda range maintenant son manteau elle-même et que dans son équipe se trouvent dorénavant des membres qui dépassent la taille 36. Ok pas mal, ça peut marcher. Peut-être qu’en plus d’enchaîner les clins d’œil et les références au premier, ce film sera doté d’un vrai propos, comme le premier ?
Pour ça, par contre, on repassera. C’est l’écueil des suites, le piège du deuxième opus, le danger du reboot – reprendre la recette du premier film quasi à l’identique, 20 ans plus tard. Cela implique ici de défaire tout ce que le premier film avait assemblé. Dommage. On appréciera de retrouver des personnages appréciés, de partager un petit moment supplémentaire avec eux – mais il faudra pour cela se montrer tolérant avec le scénario – voire même un peu amnésique. Cela aide à ne pas se poser trop de questions – nommément, pourquoi Andy se montre-t-elle aussi attachée, loyale et dévouée envers des anciens collègues, avec qui elle n’a travaillé que quelques mois il y a de ça vingt ans ? On ne sait pas trop, et c’est peut-être mieux comme ça : l’évolution des personnages – à l’exception de Miranda, l’unique personnage un tant soit peu travaillé ici – est soit inexistante (Nigel, Andy) soit caricaturale au point d’en être un peu gênante (Emily).
Il faut dire qu’une suite n’a pas les même possibilités narratives qu’un film original : l’un met en place, créé et invente, tandis que l’autre imite, reprend et fait référence à ce qui l’a précédé. Un film original a le luxe d’évoquer de potentiels événements futurs de façon ouverte, une suite ne l’a pas : son rôle est de terminer la boucle, de fermer la porte pour de bon. Le Diable s’habille en Prada 2 s’y efforce, bon gré mal gré, de manière un peu poussive.

Le Diable s’habille en Prada 2, pas assez solide pour exister à lui tout seul, assume donc pleinement son statut de suite. Il appâte avec la nostalgie et de jolies tenues (ça marche bien) et beaucoup de namedropping (ça marche pas du tout). Il tente d’enrichir l’univers du premier en suggérant que dorénavant, le diable est ultra-riche, travaille dans la tech, porte du Quechua et est adepte de l’IA (ça marche très bien). En miroir, c’est maintenant à Runway que travaillent les anges gardiens. Peu importe les ajouts et les fioritures, le but du film est atteint : il donne envie de revoir le premier.


