Dianna Agron : «On m’avait dit que je ne deviendrais jamais actrice en étant aussi droite»

Lauren von Beust
Lauren von Beust
Amoureux du film «American Gigolo», ses parents la prénomme en hommage à l'actrice américaine Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, comment aurait-elle pu, en grandissant, rester indifférente au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep a prolongé sa culture en menant des études universitaires en théories et histoire du cinéma. Omniprésent dans sa vie, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme, dont elle a fait son métier. Celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Une preuve indélébile de sa passion. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : «L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall !». Ça fait classe !

La célèbre Quinn Fabray de la série «Glee» a fait halte la semaine dernière à Lausanne, dans le cadre du festival Rencontres 7e art. L’actrice et chanteuse américaine Dianna Agron a raconté sur ses débuts en tant que ballerine, sa vie en France et sa passion pour l’écriture. 

Pour toute une génération, elle restera longtemps Quinn Fabray. Cette pom-pom girl manipulatrice et snob. Cette reine du lycée qui a rythmé la série musicale «Glee» entre 2009 et 2015. Il faut dire que de jouer les méchantes, Dianna Agron adore ça: «C’est absolument délicieux de sentir son corps changer parce qu’on a confiance en soi.» Mais l’Américaine de 39 ans a bien d’autres facettes. Actrice mais aussi chanteuse, danseuse et réalisatrice, elle a, depuis le rôle qui l’a révélée au grand public, construit une carrière riche, tant sur scène que sur les plateaux de cinéma et de télévision. 

Elle rêve de comédies musicales

C’est «à l’âge vénérable de huit ans» qu’elle a su ce qu’elle voulait faire dans la vie. «À l’école, on avait eu un exercice où l’on devait dessiner ce que l’on deviendrait plus tard. Moi, je voulais raconter des histoires. C’est ça qui m’animait.» Elle commence une formation de ballerine à l’âge de trois ans, et très vite, sa mère lui fait découvrir les comédies musicales des années 40 à 60. Dianna se souvient d’avoir toujours été baignée de musique: «J’ai grandi dans un foyer où elle tournait en boucle tout le temps.» Et d’ajouter : Pour moi, raconter une histoire, ça passe aussi bien par l’acting, la danse et le chant.»

Mais à San Francisco, dans le lycée où elle étudiait, personne ne se dirigeait vers des études artistiques. «Ce n’est qu’en dernière année que j’ai vraiment commencé à réfléchir au fait d’en faire mon métier.» Au début, ce n’était pas gagné. Sa formation de ballet ne l’a pas aidée. Il a fallu qu’elle s’en détache. «Ma première professeure de théâtre m’avait dit que je ne deviendrais jamais actrice si je continuais à me tenir aussi droite. Il fallait que je m’affale si je voulais jouer des collégiennes et lycéennes.»

Cheerleading en chanson

La jeune Dianna sait aussi que si elle veut réussir, il faut déménager. «Je rêvais de comédies musicales. Tout le monde me disait d’aller à New York, mais je sentais que c’était à Los Angeles, près de ma famille, que je réaliserais mon rêve. Et ça a marché.» Au début de sa vingtaine, elle décroche le rôle de Quinn Fabray dans «Glee». «C’est exactement ce que je voulais faire, confie-t-elle. J’ai eu la chance de percer tout de suite. Je suis tellement reconnaissante parce que je ne me verrais pas faire autre chose aujourd’hui.» 

Comme elle ne peut de toute évidence «jouer les cheerleaders éternellement», celle qui a tourné pas moins de trois films l’an dernier, s’essaie à des genres différents. En 2013, à 27 ans, elle est dirigée par Luc Besson pour «Malavita», une comédie noire d’action dans laquelle l’Américaine devient l’adolescente d’un repenti de la mafia, caché en Normandie. «C’était merveilleux de tourner avec ce réalisateur que j’admirais depuis si longtemps. Dans le village où on tournait, il y avait quelque chose d’intemporel. Il y avait beau avoir Robert De Niro, Michelle Pfeiffer, Tommy Lee Jones et Luc Besson dans le coin, les habitants n’y prêtaient pas plus attention que ça au tournage. Ça a été très agréable pour nous, acteurs, de pouvoir être dans notre bulle.»

Un goût pour l’écriture

Ce tournage lui donnera le goût de l’Europe, et particulièrement de la France, où elle y passe une bonne partie de son temps. «J’avais besoin de changement pour pouvoir créer. Je vis à Paris depuis tout récemment et je suis en plein apprentissage du français.» Dianna s’y sent bien pour écrire. «C’est un rythme plus tranquille qu’à New York. Actuellement, je co-écris un scénario avec une amie et on cherche des producteurs pour le monter. J’adore cette activité de conteuse d’histoires.» 

Après 20 ans de carrière, Dianna dit se sentir proche du cinéma indépendant. «En France, par exemple, le cinéma est financé par des organes gouvernementaux, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis. Là-bas, si vous faites un film de studio, soit produit, tourné et monté par une grande maison de production, les dirigeants de studios auront leur mot à dire», regrette-t-elle. Avant d’ajouter : «J’aime aussi la manière dont les gens racontent les histoires en Europe. Le cinéma français explore vraiment l’intériorité des personnages.»

Au fil des années, cette artiste multifacette a mis sa célébrité au service de nombreuses causes, comme la défense des droits humains et celle des animaux, le soutien aux réfugiés et à la cause LGBT. Elle lutte aussi pour l’égalité et l’éducation. Ces combats sont, pour elle, une nécessité. «Être une citoyenne du monde, c’est être consciente de ce qu’il se passe, de qui a besoin d’aide et de comment on peut aider», poursuit Dianna. Il y a deux ans, cette dernière s’est rendue en Ukraine pour tourner un documentaire avec un ami sur les jeunes et les artistes qui côtoient la guerre au quotidien. Elle espère pouvoir présenter le film dans plusieurs festivals. «Le monde est plein de lourdeur et de pesanteur. Il est important pour moi de ne pas perdre le contact avec cette réalité-là.» 

La réalité qui est la sienne l’a rattrapée, il y a quelques années, sur un plateau de tournage. Elle venait tout juste de perdre son père à la suite d’une longue maladie lorsqu’on lui a proposé un rôle dans «As They Made Us» (2022) aux côtés de Dustin Hoffman et Candice Bergen. Un film qui, comme elle le décrit, «explore la douleur et le deuil d’une façon absolument magnifique». Dans une scène, Dianna doit dire adieu à son père mourant, comme elle a dû le faire, un mois plus tôt, dans la vraie vie. «Je faisais tout pour ne pas sangloter de manière complètement incontrôlée. J’ai eu beaucoup de peine à me maîtriser, relate-t-elle. Quand j’ai quitté le plateau, j’ai énormément pleuré et pendant longtemps. À un certain moment, des papillons jaunes sont arrivés et ont commencé à tourner autour de moi. Comme quoi les choses ne se font pas complètement par hasard.»

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