Dans «Le Rêve américain», Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi incarnent deux Français, partis de rien à la fin des années 1990 et devenus des figures incontournables du basket mondial. Le réalisateur Anthony Marciano les a choisis pour rêver grand avec lui. Interview.
Jean-Pascal, Raphäel, vous êtes des potes à l’écran comme dans la vie, vous avez aussi dû lutter pour vous faire une place dans votre métier. Il semble y avoir de nombreux points communs entre vous et vos personnages, soit les vrais Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana…
Jean-Pascal : Bien sûr. Tout d’abord, l’amitié qu’on a l’un pour l’autre. L’amour même. Mais aussi une ambition folle, une passion. On a des parcours de vie quasi-similaires. Le fait d’avoir vécu beaucoup d’échecs ou plutôt des étapes pour arriver là où on a toujours souhaité être. Et puis, Bouna et Jérémy sont des gens bien. Ils ne sont jamais dans la vengeance, jamais dans l’aigreur, alors qu’il leur est arrivé bien des embûches.
Comment le scénario a-t-il atterri entre vos mains ?
Raphaël : Lorsque Anthony Marciano (ndlr: le réalisateur et scénariste) m’a raconté le pitch, j’ai compris qu’il cherchait un acteur plus petit que moi pour incarner Jérémy Medjana. Mais j’ai insisté pour lire le scénario et j’ai tout de suite aimé. Ces gars sont partis de rien en France et aujourd’hui, ce sont les plus grands agents mondiaux de la plus grande ligue de basket. Il y a du romanesque, du travail, de la persévérance. On comprend les vertus du temps long, le labeur, la fastidiosité, le pierre-à-pierre qui va permettre de soulever des montagnes. C’est une histoire vraie, une success story à la française. Jean-Pascal, lui, avait déjà reçu le scénario depuis un an, mais il ne l’avait pas lu. Il était occupé à d’autres activités professionnelles. Alors je l’ai appelé un jour à midi. À 17h, il appelait le réalisateur pour lui dire «C’est bon ! On le fait !».
Raphaël Quenard : « C’est bien de pouvoir se vautrer dans le canapé des obsessions d’un autre.»
Comme Bouna et Jérémy, vous donnez l’impression de vous tirer vers le haut tous les deux…
Raphaël : Pendant un tournage, on se dit les choses quand ça ne va pas, quand on se trouve faux ou nul. C’est rare d’oser ça. C’est pour le mieux et dans l’acceptation d’une forme de labeur et de fastidiosité du travail. Comme on a aussi pratiqué des sports collectifs, on sait que l’on est meilleur soi-même que si l’autre l’est également.
Vous avez déjà tourné ensemble plusieurs fois. Vous connaissez par cœur. Qu’est-ce que vous admirez l’un chez l’autre ?
Jean-Pascal : Ce que j’aime chez Raphaël, c’est cette obstination à être quelqu’un de bien. C’est quelqu’un de bienveillant, de gentil. Il ne parle jamais de mal de quiconque. Jamais je ne l’ai entendu critiquer qui que ce soit.
Raphaël : Comme dirait Emmanuel Kant: «La façon dont on parle du monde reflète ce qu’on est.» Jean-Pascal est un soleil qui inonde ma vie de sa lumière. C’est un sage, quelqu’un avec un recul extraordinaire qui fait qu’on dirait qu’il a 1000 ans. Auprès de lui, je ressens un bien-être semblable à celui que je ressentais auprès de ma grand-mère de 90 ans.
Jean-Pascal : «Ah bah sympa !»
Raphaël : C’est un compliment, vraiment. Jean-Pascal a une sagesse de fou. Une gentillesse et une bienveillance exceptionnelle.
«Faut bien bouffer la glace avant le cornet, non?», sous-entendu commencer par le haut du panier. Avouez-le, ce genre de répliques, ça vient de vous, non?
Raphaël : Il y a des petites impros. Mais Anthony est tellement précis dans sa mise en scène, dans ses intentions et dans ce qu’il attend des personnages dans une séquence, qu’il y en a peu.
Jean-Pascal Zadi : « J’étais totalement fou, mais animé par l’envie de faire ce métier, de m’exprimer et de pouvoir en vivre.»
Ça ne doit pas être facile pour les boute-en-train que vous êtes de rester en place et d’être dirigés de la sorte…
Raphaël : Au contraire. Je trouve ça extraordinaire. Anthony ne laisse rien au hasard et sa méticulosité est rassurante. Quand on s’implique de façon aiguë dans un projet, c’est bien de pouvoir se vautrer dans le canapé des obsessions d’un autre. On sait qu’on est pris en charge.
Ces passionnés de basket atteignent le sommet après 12 ou 13 ans de dur labeur, dont sept ans de redressement fiscal. Ça a été aussi difficile que ça pour vous de vous faire un nom dans votre métier ?
Jean-Pascal : Je ne dirais pas que ça a été dur, mais ça a été long et sinueux. D’abord parce que Raphaël et moi ne sommes pas de Paris. Mais on était tellement animés et guidés par notre passion, par une quête obsessionnelle qui relève presque de la folie et de l’inconscience, que l’on ne s’est pas rendu compte de la difficulté. Avant «Tout simplement noir» (2020) (nldr: que Jean-Pascal a co-réalisé), j’ai réalisé trois films que j’ai aussi autofinancés. J’avais des enfants à charge et le peu d’argent que j’avais, je le mettais dans des films. J’étais totalement fou. Mais j’étais animé par l’envie de faire ce métier, de m’exprimer et de pouvoir en vivre. C’est une flamme qu’on a en nous. Une rébellion contre son milieu naturel. Je voulais choisir ma vie.
Le culot, ça marche ?
Raphaël : Je me souviens qu’une fois, lors d’un tournage en pleine rue, j’ai suivi ce que je croyais être l’acteur principal jusqu’à la pissotière. Je me suis mis à côté de lui. Je lui ai demandé comment je pouvais intégrer le casting du film pendant qu’il pissait. Je ne savais même pas que ça s’était joué bien longtemps avant. J’avais fait 150 figurations dans des courts-métrages, mais je n’avais pas les codes du métier et je ne m’en rendais pas compte. Et fort heureusement ! Parce que ces minis échecs te permettent d’apprendre. Tu t’es senti ridicule, tu l’as ressenti de l’intérieur, dans tes viscères, et c’est en vainquant ces petits trucs que tu progresseras vraiment. C’est la meilleure façon d’apprendre. Mais pour faire ce métier, il faut vraiment être passionné par le cœur de celui-ci. Si tu pourchasses les atours, tu échoueras parce que tu n’auras pas les épaules. Seule la flamme sincère deviendra incendie et dévorera le chaos de tous les rejets et de toutes les frustrations.
Ce métier d’acteur, c’est votre rêve américain à vous, finalement ?
Jean-Pascal : Oui. Ce n’est pas un rêve d’Amérique, mais c’est rêver grand, rêver de l’impossible, de l’inaccessible.
Raphaël : Et c’est pour ça que ce film est d’utilité publique. Il n’est jamais trop tard pour rêver. Il y a toujours quelque chose qui s’offre à toi. Il y a toujours un moyen justifié d’entretenir un rêve.
Au début, quand vous rêviez grand, votre entourage était-il aussi présent et compréhensif que celui de Bouna et Jérémy ?
Raphaël : Non. L’entourage est de mauvais conseils, mais par bienveillance. Il veut t’éviter les zones à risque, alors que l’inconnu est le terreau le plus fertile. C’est dans l’inconnu que tu te découvres et que tu t’inventes. Ton inconscient est relié à ton instinct, il sait ce qui est bien pour toi. Il t’amènera sur la bonne voie.
Jean-Pascal : Mes proches ne m’ont pas soutenu dans ma démarche, mais j’ai trouvé, plus tard, les bonnes personnes qui ont su m’encadrer et entourer. Même si le moteur est personnel, ça reste le fruit d’un travail collectif.

Sortie : 18 février 2026
Réalisation : Anthony Marciano
Acteurs, Actrices : Jean-Pascal Zadi/Rapahël Quenard/Olga Mouak/Tracy Gotoas/Marlise Bete Ngadem
Genre : Comédie


