Daniel Brühl : « Je crois que tôt ou tard, un acteur allemand doit enfiler l’uniforme nazi”

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Lauren von Beust
Lauren von Beust
Amoureux du film «American Gigolo», ses parents la prénomme en hommage à l'actrice américaine Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, comment aurait-elle pu, en grandissant, rester indifférente au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep a prolongé sa culture en menant des études universitaires en théories et histoire du cinéma. Omniprésent dans sa vie, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme, dont elle a fait son métier. Celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Une preuve indélébile de sa passion. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : «L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall !». Ça fait classe ! C’est encore et toujours le 7ème Art qui l'a guidée vers le journalisme, dont elle a fait son métier.

En mars dernier, devant un parterre d’étudiants de l’ECAL, le héros de «Good Bye Lenin!» est revenu sur les moments forts de sa carrière de plus de 20 ans. Daniel Brühl y a raconté son expérience de schizophrène, son premier casting raté à cause d’un solarium et son effroi à l’idée de devoir se scruter dans une salle de montage.


La dernière fois qu’il a tenu une masterclass, c’était à Odessa, en Ukraine. Résonance particulière en cette période. «J’avais reçu un accueil chaleureux, je ne l’oublierai jamais», s’est souvenu l’acteur Daniel Brühl, quelque peu ému, lors de sa venue à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL), en mars dernier. Dans le cadre des Rencontres 7ème art (r7al), l’Allemand de 43 ans, passé après Willem Dafoe dans l’exercice, est revenu sur les moments forts de sa carrière, débutée il y a plus de 20 ans. 

Tout commence grâce à son père, passionné par les films, et qui donnera à son fils le goût du cinéma. «Devant mon miroir, je prenais les expressions faciales à la Jean-Paul Belmondo ou Alain Delon… Mais je n’ai pas pu compter là-dessus», a-t-il plaisanté. Néanmoins, son oncle, qui travaille pour la radio, lui fait remarquer ses dons de lecture. Il le lancera dans les pièces radiophoniques.

«Dans «The White Sound», j’ai exploré ma propre folie. Je commençais à suivre les gens dans la rue, tout en me parlant à moi-même.»

Lorsqu’à l’âge de 16 ans, le jeune Daniel voit pour la première fois des classiques comme «Festen» (1998) de Thomas Vinterberg) ou «Lawrence d’Arabie» (1962) de David Lean, c’est le déclencheur : il veut devenir acteur. Pourtant, son premier casting a été un «cauchemar terrible». «Je m’étais rendu dans un solarium pour être plus bronzé, mais j’y étais resté trop longtemps. Résultat, je me suis présenté, rouge comme une tomate !»

Très vite, à 24 ans, l’expérience de «The White Sound» (Hans Weingartner, 2002), film dans lequel il incarne un enfant schizophrène, est révélatrice. «J’ai dû improviser et cette liberté d’explorer soi-même le personnage, je ne l’ai jamais retrouvée ailleurs. En fait, j’ai exploré ma propre folie. Je commençais à suivre les gens dans la rue, tout en me parlant à moi-même.»

L’année suivante, «Good Bye Lenin!» lui offre «l’incroyable succès», auquel l’équipe du film ne s’attendait pas. «On se demandait comment l’Est de Berlin réagirait en le voyant…» Puis tout le monde est unanime.

Mais un succès, c’est aussi le risque de voir un personnage coller à la peau de son acteur. Et Daniel Brühl n’y échappe pas. Si à ses débuts, les Etats-Unis lui paraissaient beaucoup trop grands, le cinéma américain lui propose rapidement des perspectives alléchantes. Il saisit les opportunités outre-Atlantique.

Alors âgé de 30 ans, il embrie avec «Inglorious Basterds» (2009) de Quentin Tarantino : «Je crois que tôt ou tard, un acteur allemand doit enfiler l’uniforme nazi», a-t-il lancé au public de l’ECAL. Lui non plus n’y échappe pas. Le réalisateur de «Kill Bill» fait jouer ses acteurs dans leur langue maternelle respective. L’Allemand, dont la mère est espagnole, s’amuse à «faire un mix avec l’anglais» lors des scènes qu’il partage avec l’actrice française Mélanie Laurent. «Je ne sais pas comment, mais ça a marché !», a-t-il plaisanté.

«Avant mon premier casting, je m’étais rendu dans un solarium. Résultat, j’y me suis présenté, rouge comme
une tomate !»

En 2013, le trentenaire interprète le célèbre pilote de course automobile Niki Lauda, sous la direction de Ron Howard dans «Rush». «C’était important pour moi de prendre l’accent autrichien parce que le dialecte reflète la mentalité de ce deux que l’on incarne». S’il devait se lever aux aurores pour enchaîner plusieurs heures de maquillage, l’acteur retiendra du pilote, disparu il y a trois ans, leurs conversations, lors desquelles ils refaisaient le monde.

Pour «Next Door» (2021), il passe pour la première fois derrière la caméra. Si certains réalisateurs expérimentés lui suggèrent de se concentrer sur cette nouvelle fonction, lui considère au contraire qu’il se doit d’être dans le même bain que ses acteurs. Co-scénariste du projet, il y tient également le premier rôle, celui d’une star de cinéma, à qui le voisin de palier fait des révélations menaçant à la fois sa carrière et sa vie privée.

Être multi-casquettes lui apporte une certaine sécurité sur le tournage ; il encourage toutes ses équipes à «collaborer de manière démocratique», de façon à ce que chacun partage son expérience et puisse se nourrir de celle des autres. Son seul regret ; ne pas avoir eu plus d’expérience dans le théâtre pour façonner ce huis clos.

«C’est une horreur de se voir à l’écran parce qu’on porte un jugement sévère sur soi-même.»

L’expérience de la salle de montage qui s’en suit ne lui est pas des plus faciles. «C’est une horreur de se voir à l’écran parce qu’on porte un jugement sévère sur soi-même. Et moi qui ne regarde jamais les films que je fais plus de trois fois, là, j’étais servi!», a-t-il raconté. Avant de rétropédaler : «Le montage peut absolument tout changer et finalement, c’est ça la magie du cinéma.» Conseil aux professionnels en devenir : «N’ayez pas peur de sauter le pas!»

Humble et ému à la fin de sa Masterclass, l’acteur allemand a terminé sur Lausanne et le festival r7al qui l’a accueilli. «Il n’y a pas de compétition, pas de remise de prix, pas de pression. Juste la passion et l’amour du cinéma», a-t-il applaudi. Même si au-delà des tapis rouges, Daniel Brühl reconnaît que des projets de films naissent parfois des rencontres faites dans les festivals.  

Celui qui a été, l’an dernier, membre du jury du Zurich Film Festival continue de se nourrir du travail des autres et de s’en inspirer : «Quand vous regardez Willem Dafoe, vous voyez la passion dans ses yeux. J’espère moi aussi être comme ça après autant d’années dans le métier.»

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