Au début du IXème siècle, Henriette Favez médecin chirurgienne suisse, se travesti pour étudier puis exercer son métier avec ferveur et abnégation. Elle entreprend un voyage à Cuba afin de retrouver son fils sous l’identité d’Enrique Faber.


Basée sur des faits réels, cette fabuleuse histoire d’une héroïne féministe malgré elle et bien avant que l’on nomme ce mouvement, illustre parfaitement que chacun et chacune peut changer le cours de l’histoire humaine par des détails qui deviendront importants pour tous. Les scénaristes et réalisateurs ont effectué un travail considérable de recherches qui s’est avéré rapidement laborieux, car bien que cette femme ait existé, les archives lausannoises de l’époque ne mentionnent pas d’acte de naissance à son nom.

Les renseignements obtenus sont issus principalement des aveux et révélations qu’Henriette a donné lors de son procès à Cuba. Faits encore plus incroyable à notre ère de réseaux sociaux et de smartphones où nous sommes sans cesse surveillés à notre insu, les archives suisses ne mentionnent pas non plus une étudiante en médecine, ce qui est naturel car en contradiction avec les mœurs de l’époque, même en Suisse. Par contre, sur place à Cuba plus de témoignages émergent et alimentent le destin invraisemblable de cette suissesse.

Les personnages mis en avant dans le film, comme celui de Juana, ont effectivement vécus, tout comme le dispensaire du docteur Faber, son mariage avec Juana et la plainte déposée de cette dernière à l’encontre de son amour. Ce qui a d’ailleurs été l’élément déclencheur de sa dégringolade sociale et de son emprisonnement. Laura Cazador, lors de ses études cinématographiques à Cuba en 2003, entend parler de la vie et du personnage d’Enrique Faber avant de se rendre compte de la notoriété dont elle bénéficie là-bas encore au XXème siècle. En Suisse, par contre, personne ne semble connaître cette combattante. Puis en 2009, elle réentend parler de cette destinée à travers des faits troublants et décide alors de répondre aux signes en engageant une enquête sur la vie d’Enrique Faber. Pionnière des droits des femmes dans l’instruction, la liberté de choisir sa vie et dans une relation lesbienne assumée, dans le contexte bien entendu de l’époque, la doctoresse Faber va, sans vraiment y penser ni s’en rendre compte, contribuer grandement à réveiller les consciences sur le quotidien des femmes. Comme toutes les révolutions, le sang de ses figures de proues coule et la souffrance est à la hauteur de leur ténacité.

Les biopics sur les personnages historiques connus sont nombreux, mais ceux des humains que l’on englobe dans la masse des anonymes sont tous aussi importants voir même plus, car cela nous rappelle que nous pouvons tous devenir acteurs de l’évolution de notre engeance. Bien que ce film est un goût de combat LGBT, ce n’est pas dans les intentions des réalisateurs.

Évidemment, le fait de soulever des questions de cet ordre et de provoquer une comparaison entre notre siècle et celui d’Enrique Faber n’est pas pour leur déplaire. Sur le plan technique, le cinéma suisse bien que varié, souvent engagé et très riche semble avoir du mal à se débarrasser d’une aura pesante qui ralentit son art. Les ambiances sont lentes et contribuent trop souvent à abîmer d’excellents films helvétiques. Heureusement, ce n’est absolument pas le cas ici. De la première scène à la dernière, les couleurs, les décors, la photographie, les costumes même confèrent une homogénéité qui transpire la difficulté et les souffrances des protagonistes.

C’est comme si on vivait les épreuves, leurs épreuves, dans nos entrailles. On a froid, on a faim, on sent les coups et les injustices omniprésents pour souhaiter finalement qu’un coup de théâtre réhabilitera la juste de cause d’Enriquetta. Mais rien ne survient, car la vie est ainsi faite de tourments et d’intérêts, piétinant dans la boue ce que les humains craignent. Dans ce cas, la femme volontaire et libre est comme toujours la bête de somme sur laquelle on s’acharne, mais qui comme souvent se relève pour tenir tête et avancer dans un seul but : garder l’espoir intact. La survie contre vents et marées. La victoire se forge dans le sang et les larmes, ce n’est pas près de changer.

Une sortie dvd n’est pour le moment pas prévue, mais devrait se faire en fonction de l’intérêt du public. Alors si vous devez voir un seul film suisse cette année, ça doit être celui-là, sans faux enthousiasme.

Insoumises
CH, CUB – 2018 – 94min
Biopic
Réalisateur: Laura Cazador, Fernando Pérez
Acteur: Antonio Buíl, Mario Guerra, Héctor Noas, Sylvie Testud
Sister Distribution
28.08.2019 au cinéma

"Insoumises" : Le Destin d’une Guerrière
5.0Note Finale