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vendredi, février 20, 2026
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Anthony Marciano: «On leur a dit que c’était impossible, ça a été leur plus grand encouragement»

Lauren von Beust
Lauren von Beust
Amoureux du film «American Gigolo», ses parents la prénomme en hommage à l'actrice américaine Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, comment aurait-elle pu, en grandissant, rester indifférente au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep a prolongé sa culture en menant des études universitaires en théories et histoire du cinéma. Omniprésent dans sa vie, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme, dont elle a fait son métier. Celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Une preuve indélébile de sa passion. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : «L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall !». Ça fait classe !

L’un faisait des ménages à l’aéroport d’Orly et l’autre bossait dans un vidéo club. Après des années de galère et une persévérance sans limite, deux Français, Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana,sont devenus agents de joueurs NBA. Touché par leur histoire, Anthony Marciano la raconte dans «Le Rêve américain», qui sortira en salles le 18 février. Le réalisateur a choisi Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard pour incarner ces deux passionnés de basket qui ont fait de leur rêve une réalité. 

Anthony, comment avez-vous eu connaissance de la folle histoire de Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana, qui, partis de rien, ont fini par représenter des joueurs de la ligue professionnelle de basket la plus prestigieuse au monde ?

Je suis tombé dessus par hasard. Je les voyais toujours traîner autour de basketteurs et je me disais: «Mais qui sont ces gars ?» Un jour, alors que je bossais dans un hôtel, j’ai vu passer devant moi Rudy Gobert, un basketteur français de 2m13, et derrière lui, ces deux mêmes gars. Alors j’ai commencé à creuser et j’ai découvert leur parcours, de leur bled français jusqu’à la NBA aux Etats-Unis. Ils n’étaient pas prédestinés à ça, mais ils avaient décidé de l’accomplir. Tout le monde leur a dit que c’était impossible, ça a été leur plus grand encouragement.

Avant de devenir des figures incontournables du basket mondial, ils ont dû se battre et s’endetter pendant de longues années… 

Un chemin jalonné d’échecs successifs qui leur a pris 12 ou 13 ans. Pour donner une idée, ils ont eu sept ans de redressement fiscal. Après les avoir rencontrés, je leur ai demandé comment ils avaient fait pour se relever à chaque fois. Ils m’ont répondu: «On n’a jamais douté.» Pour Bouna comme pour Jérémy, c’était juste une question de temps. J’adore ce mental. 

«Bouna et Jérémy m’ont assuré qu’ils ne s’étaient jamais disputés. Ça ne m’étonne pas.»

En marge de leur travail acharné, les deux hommes y sont souvent allés au culot. C’est aussi ça la clé de leur réussite ?

Il y a de ça, en effet. Ils m’ont raconté qu’un jour, alors qu’ils essayaient d’entrer en contact avec un joueur, Jérémy s’est carrément mis au milieu d’une route pour bloquer le bus qui transportait le basketteur qu’ils convoitaient. Bouna ne savait plus où se mettre. Le véhicule a dû s’arrêter. Jérémy est monté pour aller parler au joueur en question. Il lui a lancé: «Excuse-moi, est-ce tu pourrais me donner ton numéro, s’il te plaît ?»

La complicité de Bouna et Jérémy semble sans faille, et pourtant, ils sont très différents l’un de l’autre… 

Il y a une alchimie très drôle entre eux. Un robinet, s’il n’a pas le chaud ou pas le froid, ça ne marche pas. Eh ben, eux, c’est exactement ça. Bouna est quelqu’un qui reste en place, qui est sage, calme et qui prend du recul. Jérémy, lui, s’agite dans tous les sens. Un jour, on était tous les trois au resto et ce dernier réservait une table pour un autre jour en même temps qu’il passait un coup de fil à un joueur et qu’il me montrait les photos de son mariage. J’avais l’impression qu’il avait des bras qui lui sortaient du corps. C’est une pile électrique.

«J’avais essayé de les joindre mille fois. J’avais débarqué devant leur bureau, je leur avais envoyé des lettres, mais je n’avais jamais eu de retour.»

C’est précisément pour cette alchimie si particulière que vous avez pensé à Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard pour les incarner à l’écran ?

Leur histoire, c’est plus que de l’amitié. C’est une histoire d’amour. Et j’avais la chance d’avoir ce duo-là d’acteurs qui s’aime dans la vie. Bouna et Jérémy m’ont assuré qu’ils ne s’étaient jamais disputés. Ça ne m’étonne pas. Ils ne font que de regarder devant eux. Ils ne s’arrêtent pas sur les petits obstacles de la vie. Raphaël et Jean-Pascal sont pareils. Ils ne se laissent pas dépasser par les problèmes du métier qu’ils font. Pour eux, il y a plus important dans la vie et ils ont raison. On les connaît très flamboyants, l’un comme l’autre, mais je voulais les emmener vers une sobriété qui serait au service de leurs personnages. Créer un duo plus sobre, plus naturel, plus souriant, plus ancré. Je crois qu’on ne les a jamais vus comme ça.

Partis de rien et arrivés au sommet, ça doit aussi parler à Jean-Pascal et Raphaël, non ? 

Quand on voit des gars comme eux, qui ont fait des pieds et des mains pour se faire une place dans ce métier, on pourrait s’attendre à voir débarquer des opportunistes, des carriéristes, des calculateurs. Mais Raphaël et Jean-Pascal, c’est tout le contraire. Ils aiment ce qu’ils font. Et en même temps, si demain ils se rendaient compte qu’ils cartonnent, mais qu’ils sont malheureux, alors ils préféreraient faire autre chose de leur vie et ça ne les dérangerait pas plus que ça. 

Et vous, qui avez fait vos armes dans la musique avant de gagner le milieu du cinéma, vous êtes-vous reconnu dans ces débuts difficiles ? 

Oh oui ! Pendant 20 ans, mes amis et moi étions associés. On a monté une boîte qui s’appelait Bamago (ndlr: pour Barsikian-Marciano-Goldman). Ça ne marchait pas. On faisait des musiques de dessins animés, des trucs nazes. On a galéré, mais ça a été les plus belles années de notre vie. On s’est éclatés à faire tout ça dans une louze complète. Ensuite, on a créé un label, My Major Company. Rebelote. Et puis au moment où on se posait la question de revendre nos parts parce qu’on n’avait plus d’argent, un programmateur radio de NRJ nous a laissé une chance en acceptant de passer un titre de notre catalogue sur les ondes. C’était «Toi + Moi» de Grégoire. Ça a lancé le label. Comme chez Bouna et Jérémy, c’est la persévérance qui me touche dans tout ça.

C’est donc ça votre définition du rêve américain ? 

En fait, le rêve américain, c’est rêver grand. Rêver au-delà des frontières, au-delà de ce à quoi on est prédestiné ou de ce à quoi on pense être prédestiné. Souvent, les gens qui grandissent dans une ville, dans un village ou dans un quartier n’ont pour perspective que ce qui les entoure. Bouna et Jérémy, par exemple, en voulaient davantage. 

Malgré une réussite que l’on peut leur envier, ils n’étaient, au début, pas très emballés à l’idée de voir se faire un film sur eux…

Ce n’est pas qu’ils n’étaient pas d’accord, mais ils n’avaient pas trouvé la bonne personne pour le faire. Ils n’avaient pas donné suite au début parce qu’ils avaient déjà lu d’autres scénarios dans lesquels ils ne se reconnaissaient pas. D’après ce qu’ils m’ont expliqué, ça a été différent avec le mien. La première fois que je les ai rencontrés, je leur ai dit que j’avais l’impression de les connaître par cœur. Ça les a touchés. Ils se sont sentis en confiance.

Il faut dire que vous aviez tout fait pour entrer en contact avec eux… 

J’avais en effet essayé de les joindre mille fois. J’avais débarqué devant leur bureau, je leur avais envoyé des lettres, mais je n’avais jamais eu de retour. Alors j’ai continué à écrire le scénario dans mon coin, sur la base de tout ce que j’avais pu lire à leur sujet. En fait, j’ai eu la chance de n’avoir accès à Bouna et Jérémy qu’après avoir terminé l’écriture. Sinon, je me serais senti dans l’obligation de respecter leur précision des faits pour ne pas les décevoir. Ça aurait été très factuel et peut-être moins puissant sur le plan dramatique. Tandis que là, j’ai pu prendre des libertés. Je voulais raconter une grande histoire d’amitié, telle que moi je l’imaginais, bien qu’elle soit basée sur des faits réels. 

Finalement, comment ont-ils réagi lorsqu’ils ont découvert le film ? 

C’était incroyable. Ils ont pleuré et nous ont remerciés, toute l’équipe et moi-même. C’est tellement émouvant pour eux de voir leur vie, leurs galères et leur famille représentées à l’écran. Ils m’ont dit qu’il avait mis 48 heures à s’en remettre.

L’histoire de Bouna et Jérémy se déroule entre la France et les Etats-Unis, mais vous avez dû tourner au Québec et plus précisément à Montréal. Pourquoi cela ? 

D’abord, pour la multiplicité des décors qu’offre cette ville. Elle abrite des côtés hyper downtown, des tours d’immeubles, mais aussi des endroits très verts, tout comme des paysages montagneux et des villages. Il y a vraiment de tout. Mais le Québec a aussi été choisi aussi pour des raisons économiques. Il y a des avantages fiscaux à tourner au Canada. Le pays propose des tax shelters, c’est-à-dire des crédits d’impôt en guise de remerciement lorsque des gens locaux sont employés sur un projet. Une partie de cette taxe a été reversée au film. Aux Etats-Unis, en revanche, le cinéma est très syndiqué. Les autorisations de tournage sont très coûteuses. Dans chaque lieu, il faut bloquer des quartiers et payer en conséquence. L’addition monte très vite, surtout dans des grandes villes comme New York, où l’on aurait eu besoin de tourner.

Sortie : 18 février 2026

Réalisation : Anthony Marciano

Acteurs, Actrices : Jean-Pascal Zadi/Rapahël Quenard/Olga Mouak/Tracy Gotoas/Marlise Bete Ngadem

Genre : Comédie

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