13 C
Munich
dimanche, mai 19, 2024
- Publicité -

Joan Baez – I Am A Noise : une plongée délicieusement fascinante

« Joan Baez I Am A Noise », réalisé par Miri Navasky, Karen O’Connor et Maeve O’Boyle , brosse le portrait intime de la légende de la musique folk américaine et militante des droits civiques, Joan Baez.

Présenté dans la section Panorama Dokumente durant la Berlinale 2023, « Joan Baez I Am A Noise » y a fait sa première mondiale.

La cinéaste américaine Miri Navasky a débuté sa carrière comme réalisatrice à la télévision en 1991 pour l’émission d’enquête Frontline où elle rencontre Karen O’Connor. Toutes deux fondent la société de production de documentaires Mead Street Films en 2000. En 2006, le tandem de réalisatrices cosigne le documentaire « The New Asylums » qui est nommé aux Emmy Awards. Coréalisé avec Maeve O’Boyle, leur film « Joan Baez I am a Noise » part à la rencontre de la légende de la musique folk et célèbre militante pacifiste Joan Baez alors que l’artiste a décidé de mettre un terme à une carrière de soixante ans.  La chanteuse engagée et militante était venue à Paléo en 1982 ainsi que pour les quarante-ans du festival nyonnais en 2015 mais a choisi Montreux pour sa tournée d’adieu intitulée « Fare Thee well «  (« Adieu et portez-vous bien ! »).

Avec ce documentaire la dévoilant à la fois intimiste et sur le devant de la scène face au public toujours enthousiaste et fidèle au rendez-vous, Miri Navasky, Karen O’Connor et Maeve O’Boyle ont réussi à suivre, sans voyeurisme, Joan Baez dans les coulisses de sa tournée d’adieu à travers les États-Unis comme à travers l‘Europe. Ainsi, on voit l’artiste se reposant dans sa chambre d’hôtel à Paris et qui se précipite soudain sur son balcon pour voir d’où proviennent des percussions qui résonnent sous ses fenêtres.  Constant qu’il s’0agit d’une troupe de jeunes femmes percussionnistes qui jouent sous ses fenêtres, Joan Baez court les rejoindre pour danser à leurs côtés en effectuant avec fougue des pas de danse africaine.

Pour percer la personnalité de l’artiste par le truchement de son image publique et politique mais aussi en sondant es démons de son passé, les réalisatrices utilisent des archives personnelles inédites comme des cassettes de séantes d’hypnose avec un psychiatre, des photographies et des films de vacances familiales ainsi que des entretiens avec Pauline, l’une des sœurs de Joan Baez; ces diverses sources permettent de composer le portrait mosaïque et intime d’une artiste plurielle à la vie parfois douloureuse. Des fissures qu’elle a cachées tout au long de sa vie en affichant un constant sourire et un calme apparent.

Musicienne, militante des droits civiques et militante, Joan Baez est sur scène depuis plus de soixante ans, depuis ses débuts à l’âge de dix-huit ans. Pour cette femme âgée de quatre-vingt-deux ans quand le film est terminé, le domaine personnel a toujours été politique : le documentaire rappelle son amitié avec Martin Luther King qu’elle a accompagné lors de la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté (en anglais March on Washington for Jobs and Freedom) le 28 août 1963. Le documentaire permet de voir, ou revoir, Joan Baez aux côtés de Martin Luther King alors quel fit son discours historique « I have a dream » (« J’ai un rêve »), symboliquement devant le Lincoln Memorial.

« Joan Baez I Am A Noise » souligne la dimension politique et le pacifisme qui ont façonné l’engagement de la chanteuse que l’on qualifierait aujourd’hui « artiviste ». Quelques séquences nous montrent l’artiste en train de nager dans sa piscine sous le soleil californien ou en train de courir et danser en promenant son chien ou encore en train de travailler ses cordes vocales, « des muscles qu’il faut entretenir », précise-t-elle, alors qu’elle fait des vocalises avec une coach musicale. On constate que c’est au prix d’une discipline de fer que Joan Baez se porte comme un charme malgré ses quatre-vingts printemps. C’est certainement cette forme olympique qui à permis à Joan Baez de prendre soin de sa maman qu’elle a gardait auprès d’elle jusqu’à son décès à l’âge de cent ans.

Dès le début du documentaire, la chanteuse laisse transparaître quelques bribes de phrases que vendront conforter des confidences enregistrées de sa sœur Mimi. A fil des confidences déchirantes apparaissent avec pudeur les fantômes d’abus subis pendant l’enfance par Joan et Mimi. « Pauline ne semble pas s’en souvenir ou ne veut pas s’en souvenir », constate Joan Baez.

S’appuyant sur sa tournée d’adieu, Baez dresse un bilan impitoyable dans cette biographie où elle se confronte également à des souvenirs douloureux. Non seulement elle partage ses succès, mais elle parle aussi ouvertement des problèmes de santé mentale – des peurs viscérales qui lui déclenchent des vomissements, des angoisses abyssales – et des thérapies de longue date, de la famille, des drogues qui l’ont accompagnée pendant quelques huit ans, du vieillissement et du temps qui passe, des questions de culpabilité et de pardon si cher aux Quakers, la culture de son père.

Se livrant progressivement avec authenticité et clairvoyance, Joan Baez revient sur ses amours : Kim, qu’elle surnomme affectueusement Kimmie, avec laquelle elle a partagé deux ans de sa vie, puis elle se penche sur sa relation avec le très jeune Bob Dylan et confesse qu’elle a utilisé sa célébrité personnelle pour lancer la carrière du jeune chanteur que personne ne connaissait et qu’elle invitait à monter sur scène pour entonner quelques chansons afin de le faire connaître et apprécier par son public. Joan Baez livre avec un brin de regret sa déception, très palpable à l’écran, face à son éloignement ultérieur de Dylan. Une romance déchirante avec Bob Dylan que le jeune homme semble nier.

C’est surtout à la fin du documentaire que les pans plus douloureux de sa jeunesse affleurent et c’est certainement grâce à une amitié de longue date avec l’une des réalisatrices, Karen O’Connor, que Joan Baez a donné au trio de réalisatrices un franc accès aux « démons intérieurs » qui les accompagnent, ses sœurs et elle, depuis leur jeunesse. Le film mêle des textes de journal intime, ponctués de dessins qui incarnent ces démons, une richesse de documents d’archives en partie inédits et des conversations détaillées avec Joan Baez d’instants suspendus dans les coulisses de la tournée.

« Joan Baez I Am A Noise » permet é la chanteuse de dresser le bilan de sa vie avec lucidité et sincérité, en illustrant son implication dans le mouvement des droits civiques et en mettant en lumière l’importance de son amitié avec Martin Luther King sur le chemin de son engagement.

Devant la caméra, Joan Baez partage non seulement ses succès, ses engagements et mais parle aussi ouvertement des aspects inconnus de sa vie et des démons intérieurs qui la tourmentent depuis sa jeunesse, enfouis dans sa mémoire traumatique et dont elle mettra tant ‘années à prendre conscience. Avec intelligence et harmonie, le film entrelace une mine d’archives inédites avec des discussions approfondies ainsi que des moments en coulisses de la tournée. Après son engagement dans les marches des droits civiques, Joan Baez affiche son désaccord avec la guerre du Viêt Nam. La chanteuse participe à de nombreuses marches contre la guerre et autres actions de protestations. Elle est arrêtée deux fois en 1967 pour avoir bloqué l’entrée de l’Armed Forces Induction Center d’Oakland en Californie et passe un mois en prison. Puis elle a encore des ennuis avec la justice à plusieurs reprises pour son refus de payer l’impôt militaire. Entre ses concerts, ses engagements, ses combats, Joan Baez reconnaît avoir été une mère guère présente pour son fils Gabriel qu’elle a eu avec le journaliste militant David Harris.

« Joan Baez I Am A Noise » rend un vibrant hommage à cette icône de la contre-culture qui n’a jamais pleinement révélé la vérité sur sa vie, jusqu’à aujourd’hui. Avec pudeur et authenticité, Joan Baez se livre ici sans fard sur sa renommée aussi précoce que vertigineuse, sur ses traumatismes, son combat pour les droits civiques, ses chagrins et ses romances successives même si elle conclut qu’elle est faite pour vivre seule.

Soyez avertis ! « Joan Baez I Am A Noise » n’est ni un biopic conventionnel ni un film de concert traditionnel mais une plongée délicieusement fascinante et personnelle aux côtés de l’autrice-compositrice-interprète et immense artiste qui a toujours nourri une connexion électrique avec son public.

Joan Baez: I Am A Noise
USA – 2023
Durée: 1h53 min
Documentaire
Réalisatrices: Miri Navasky, Maeve O’Boyle, Karen O’Connor
Avec: Joan Baez, Hanna Shykind, Bill Clinton, Hillary Clinton, Joan Baez Sr., Bob Dylan, Michael Moore, David Harris
Xenix Filmdistribution
03.04.2024 au cinéma

- Publicité -

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

- Publicité -