Inherent Vice

Inherent Vice –

« Inherent Vice » est un vice caché, quelque chose faisant parti de la structure même d’un objet, mais qui au fil du temps, finira par le détruire. Comme le nitrate de cellulose qui fera un jour disparaître toutes les bobines de film. Mais avant que tout ça ne parte en fumée, Paul Thomas Anderson rend un dernier hommage doux-amer à ce cinéma de pellicule qu’il aime tant, celui de l’Amérique, celui de l’instinct et du plaisir créatif, celui de ce vice caché.

Laissons alors tomber le perfectionnisme auquel il nous avait habitué et plongeons dans une expérience cinématographique étrange, où se croisent la « fraîcheur » des jeunes hippies, la saleté des rues de Los Angeles et le goût rance du cinquième joint matinal. Car l’ex du detective privé a disparu, tout comme son nouvel amant, un riche businessman… Où peuvent-ils bien être ? Quelqu’un les a-t-il enlevés ? Oui, c’est presque sûr, mais… après tout on s’en fout ! Car « Inherent Vice » n’est pas une histoire, mais plutôt plusieurs bouts d’histoires, qui quelque part se rejoignent sûrement, mais qui ici nous offrent des instantanés au sens mystérieux et à l’absurdité délicieuse. Anderson film comme Pynchon écrit, à contre-sens. Chaque situation un tant soit peu déjà-vu est savamment évitée et remplacée par une vision hallucinée de ce qui arrive ou de ce qui aurait pu arriver. L’esprit enfumé du personnage principal – génial Joaquin Phoenix ! – sert de point de vue à toute la narration et donne toute sa légitimité, et son étonnante cohérence, à ce procédé narratif positivement flou.

Inherent Vice

Inherent Vice

À contre-courant, Paul Thomas Anderson se délecte donc de ce vice caché et nous intime aussi d’en profiter tant qu’il est toujours là, tant qu’il n’a pas encore été formaté. Car qui d’autre que cet enfant prodige d’Hollywood aurait pu nous offrir un plaisir de cinéma si inhabituel, partageant avec nous sa curiosité sans limites, tout en y alliant sa maîtrise toujours aussi impressionnante ? Alors oublions le pourquoi du comment, et profitons de cet « Inherent Vice », de son absurde contagieux et de son si grand Amour pour ce médium en voie d’auto-extinction.

Inherent Vice
De Paul Thomas Anderson
Avec Joaquin Phoenix, Josh Brolin
Warner Bros.
Sortie le 04/03