NIFFF : un jeudi d’hystérie

NIFFF : un jeudi d’hystérie

Tiens-donc, un film lituanien ? Et d’une réalisatrice ? Va-t-on tomber dans les stéréotypes des films d’auteurs des pays de l’est ? Détrompez-vous, « Vanishing Waves » de Kristina Buozyté se révèle une intéressante plongée dans la psyché humaine et une jolie histoire d’amour. Le scientifique Lukas participe à un projet de recherche de neurologie qui tente de relier un sujet conscient à un sujet dans le coma afin d’essayer de percevoir les signaux de ce dernier, et ainsi comprendre la nature de la pensée. L’interaction est impossible, théoriquement seul Lukas recevra des inputs, mais l’expérience va dépasser ses espérances : il va se retrouver à échanger avec la très belle Aurora, dans des « rêves » qui laissent libre court à leurs fantasmes. Essayant de comprendre ce qui est arrivé à Aurora avant son coma, il va cacher à l’équipe la percée décisive de l’expérience et tenter de réveiller la jeune fille par tous les moyens, à ses risques et périls. Lent et contemplatif, le film compense par une belle plastique mettant en valeur l’érotisme très présent, et un scénario captivant. La séquence finale de la dernière immersion de Lukas dans l’esprit d’Aurora est très émouvante, et clôt en beauté un film parfois ardu mais qui mérite l’effort.

« Citadel » est le deuxième film irlandais visionné par votre serviteur, un modeste film de trouille efficace sans être transcendant. Thomas et Joanne forment un jeune couple qui attend un enfant, et sont heureux bien qu’ils vivent dans une tour délabrée d’une cité pourrie. Lorsque Joanne se fait agresser par des ados cagoulés, le monde de Thomas bascule : sa femme tombe dans un coma sans fin et il devient phobique et paranoïaque.

Bientôt harcelé à nouveau par les mystérieux agresseurs qui en veulent à son bébé, il va rencontrer un prêtre qui semble en savoir long sur ces enfants assassins. Ciarán Foy maîtrise son sujet mais ses créatures sont assez peu effrayantes finalement (l’honnêteté oblige cependant à dire que certains spectateurs furent bien effrayés). La métaphore sur la déliquescence des cités et des ados qui les habitent au Royaume-Uni hante tout le métrage, un sous-texte social qui enrichit le film.

Encore un film de la rétro Nikkatsu, consacrée au plus vieux studio japonais. On sort des « roman porno » pour découvrir la deuxième mamelle de leur succès : les « action movie ». « A Colt Is My Passport » est un efficace polar de série, rehaussé par la performance de Jo « joues de hamster » Shishido, acteur fétiche du studio en général et de l’illustre Seijun Suzuki en particulier, dont l’opération de chirurgie esthétique aux joues complètement ratée lui a valu ce surnom (cherchez des photos de lui sur le net, ça vaut le coup d’œil !). Bourré de testostérones, cette histoire de tueur à gage poursuivi par ses commanditaires, tire de nettes influences du film noir américain (une histoire d’amour impossible entre notre tueur et une serveuse) et des films de Melville (la mise en scène, l’amitié virile). Shishido en impose en tueur surdoué, honorable et peu loquace : c’est l’Homme dans toute sa splendeur. Une vraie bonne série B !

Découverte très attendue : le dernier film de Sogo Ishii, le cinéaste indé punk auquel le NIFFF avait consacré une super rétro en 2010. Pas à une bizarrerie près, le bonhomme a changé son prénom en Gakuryû (le dragon sur la montagne, rien que ça !) et a annoncé avoir radicalement changé de style (finie l’hystérie punk ? Quelle tristesse…). Tiré d’une pièce de théâtre d’un auteur japonais surréaliste, le film suit des jeunes étudiants dans un campus vaquant à leurs insouciantes occupations (une première scène volontairement ultra bavarde qui assomme le spectateur par sa vanité et son débit incroyable). Soudainement une épidémie mortelle frappe l’université et les jeunes s’écroulent les uns après les autres. Ce cadre purement utilitaire permet de développer des dialogues et des situations complètement surréalistes, qui interrogent et font rire.

Longuet, parfois abscons, on sort content d’avoir vu le film tout en se disant qu’on ne le reverrait probablement pas. Ishii propose une mise en scène plus léché et académique, mais ne perd pas son fond punk : le film est quand même un gros doigt d’honneur à notre société.

Le film émouvant du festival (j’ai pleuré à la fin, si, si !) sera incontestablement « Harold’s Going Stiff », film anglais de zombies particulièrement original. Une épidémie de « raideur » frappe les hommes, qui dégénèrent lentement et deviennent petit à petit des zombies agressifs. Le premier touché par la maladie, Harold, est l’exception : la maladie se développe au ralenti chez lui, cela fait 30 ans qu’il en souffre et reste lucide. Les médecins se servent de lui comme cobaye pour trouver un remède, tandis qu’une gentille infirmière un peu nunuche et boulotte lui redonne goût à la vie en devenant son amie. Fauché mais marrant, tourné comme un faux docu, le film dévide une galerie de freaks typiquement anglais auxquels on s’attache assez vite. Les 77 minutes sont plus que suffisantes pour ce petit film sympathique.

Une fin de folie avec un film qui se passe dans un asile ! Rien que le pitch donne envie : l’équipe de cuistots d’un asile de fous dangereux se retrouve coincé pendant une tempête. Plus d’électricité, donc plus de système de sécurité, toutes les portes ouvertes, il va falloir survivre en attendant les secours… Le Français Alexandre Courtès, connu pour ses clips avec les plus grands, livre pour son premier film un travail de grande qualité.

Superbement filmé, plein de plans et de travellings scotchants, ce survival tient en haleine de bout en bout. Chapeau !

www.nifff.ch