Auréolé d’autant de lauriers portés en couronne légitime qu’il sait être juste sans être sérieux, «November» est un petit miracle fait de grand cinéma, tant il porte sur ses épaules le poids d’un singulier étendard. Chef de file d’un cinéma estonien aussi rare qu’aventureux, c’est par son adaptation punk de «L’idiot» de Dostoïevski que Rainer Sarnet exporte en 2011 ses premières armes aiguisées à lisière du grand froid. Avec une esthétique qui rappelle le moyen-âge futuriste tranché au scalpel de «Il est difficile d’être un dieu» d’Alexei Guerman, «November» décoche dans un geste analogue un monde fantastique ici emprunt des mythes et légendes de son propre folklore. Au cépuscule d’un XIXe siècle pieux, nationaliste et miné par la «peste», c’est dans les boueuses campagnes estoniennes que s’écoule cette fable féérique où on aime, possède, ensorcèle et pactise, où on donne vie à l’improbable autant qu’on l’ôte à l’opportun, où les spectres disparus côtoient l’ingénierie maligne, et dont on peut entendre dans de grands titres crier tant «weird as fuck» que «beautiful», à la gloire d’une beauté limpide et d’une folie toujours furieuse.

November
Estonie/Pays-Bas/Pologne – 2017  – Drame
Réalisateur: Rainer Sarnet
Acteur: Rea Lest, Jörgen Liik, Arvo Kukumägi
Cinéma Bellevaux
14.03.2018 au cinéma

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