Petit historique de la comédie musicale

Le cinéma et la musique ? Y a pas à dire, ça va bien ensemble. Mais saviez-vous que cette union sera bientôt centenaire ? Comment la musique a-t-elle fait son arrivée au cinéma ? Comment les comédies musicales ont-elles débarqué au cinéma et comment se sont-elles développées ? C’est quoi, l’ancêtre de Wicked ? Petit voyage cinématographique dans le genre le plus réjouissant qui soit : la comédie musicale.

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L’arrivée de la musique

Avant de se doubler d’une visée artistique, le cinéma, on le sait, c’est d’abord une suite d’inventions réalisées dans une démarche scientifique d’abord, puis à but de divertissement ensuite. C’est d’abord une compréhension de la manière dont il est possible de décomposer le mouvement par suite d’images successives – approche d’abord visuelle, donc, qui n’aborde dans un premier temps pas les possibilités d’illustration et de narration offertes par le son.

L’arrivée de ce dernier s’effectue au cinéma par paliers successifs – il est présent d’abord par le biais de l’accompagnement musical – piano ou orgue de cinéma – qui garnissait les projections publiques durant les trente premières années d’existence du cinéma.

L’inoubliable Donald O’Connor au piano dans Chantons sous la pluie (1952)

En 1927, l’arrivée du son enregistré lors du tournage des images marque, plutôt que l’arrivée des dialogues, celle de la musique : le film retenu comme jalon historique, The Jazz Singer, se doit en effet bien d’offrir les conditions requises pour que le son devienne une caractéristique désirable du film. On y suit l’histoire d’un chanteur de jazz, dont on entend les chants et les airs de piano. Morale de l’histoire ? L’arrivée du son au cinéma, c’est d’abord celle de la musique. Dès lors, cette dernière n’en cessera plus de figurer dans les sorties cinématographiques.

L’arrivée du son enregistré ouvre la porte à de nouvelles possibilités narratives. Le cinéma, qui emprunte beaucoup au music-hall, continue sa mue et s’attache, dès les années 30, à tâcher de porter à l’écran des spectacles qui ont fait leurs preuves sur les scènes de Broadway. La démarche n’a, de nos jours, pas perdu en popularité.

De la scène à l’écran

Cette mise à l’écran de spectacles au succès éprouvé donne d’abord lieu à du spectacle filmé : les films s’attachent à suivre une troupe de danseurs, de chanteurs ou de showgirls qui montent un spectacle. On y trouve – toujours dans l’espace du théâtre – des scènes grandioses, un grand nombre de figurants et une grande exploitation de la profondeur de champ et du gros plan. La caméra se déplace parmi les décors, vole au-dessus de la scène, voyage le long de bassins remplis d’eau. Le cinéma permet alors une expérience de spectateur nouvelle – grâce à lui, il est possible de créer des vues du spectacle inaccessibles au spectateur assis dans un siège face à la scène.

On retient de cette époque les films de Busby Berkeley, cinéaste et chorégraphe : l’un des plus célèbres, Footlight Parade est visuellement spectaculaire. Les danses kaléidoscopiques qui y figurent se font l’écho des recherches sur la forme et le mouvement qui occupent alors l’histoire de l’art.

Les folles fresques humaines et aquatiques de Footlight Parade (Busby Berkeley, 1933)

L’histoire d’amour entre musique et cinéma continue : petit à petit, il ne s’agit plus seulement de filmer des spectacles sur la scène d’un théâtre. Les numéros musicaux quittent leur espace dédié, le chant et la danse s’incorporent progressivement dans la récit. Voilà que les personnages se permettent de se mettre à danser et chanter spontanément, n’importe où et sans crier gare – tout lieu, y compris une rue pavée sous la pluie, devient propice au chant et à la danse.

Gene Kelly dans Chantons sous la pluie. Pas de scène ? Pas de problème !

Dans ces films de l’âge d’or des comédies musicales qui ont pour vedettes Ginger Rogers, Fred Astaire, Cyd Charisse ou Gene Kelly, la musique apparaît comme par magie et a un statut indéterminé : elle démarre puis s’arrête comme par magie, tous les personnages l’entendent ou alors seulement certains d’entre eux. Être spectateur d’un film, c’est accepter un pacte tacite – dans le cas de la comédie musicale, c’est accepter d’entrer dans un monde où la musique peut surgir à tout moment.

Et maintenant ?

Certaines démarches ont changé – on ne filme plus les acteurs de comédie musicale, dont il s’agissait de mettre en valeur la prouesse physique avant tout, comme on le faisait dans les années 50. D’autres n’ont pas perdu en popularité – Mamma Mia et Wicked, tous deux adaptés à l’écran à partir d’un matériau de spectacle musical, en témoignent. L’inverse a également vu le jour : le film Disney Le Roi Lion a à son tour inspiré une comédie musicale jouée sans discontinuer à guichets fermés depuis 1997 !

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La comédie musicale se décline sous d’infinies combinaisons : on la retrouve bien sûr dans le film d’animation (que serait un Disney sans ses chansons ?), le biopic (Elvis), le film pour ados (High School Musical), l’adaptation littéraire (le Cyrano de Joe Wright, qui remplace les alexandrins par des chansons, le shakespearien West Side Story), la série TV, et même… le film (quasi) muet (The Artist) et le film d’horreur (le parfait Sinners).

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