Danielle Jaeggi, cinéaste née à Lausanne au milieu d’un XXème siècle et d’une Europe en plein trouble, plonge dans ses souvenirs d’enfance et livre un documentaire aussi intime qu’ouvert sur l’Histoire, la Suisse et le Monde…


En 2009, « Le Temps » publie une série de trente articles signés Alain Campiotti autour d’un mystérieux personnage nommé Reynold Thiel (1910-1963). Ignoré du grand public, mais pourtant bien connu des services de police de Suisse et d’ailleurs, il était également l’ami proche de François Jaeggi, le père de la cinéaste romande Danielle Jaeggi (« La Fille De Prague avec un sac très lourd », 1979). Après avoir découvert les chroniques du journaliste, la réalisatrice a replongé dans ses histoires de famille, rassemblé d’innombrables images d’archives en photos ou vidéos, quelques documents précieux et (sûrement) secrets et s’est attelée au montage d’un passionnant documentaire sur les marges d’un chapitre peu connu de l’Histoire helvétique.

Le 4 septembre 1963, dans les décombres d’un avion crashé peu après son décollage à l’aéroport de Kloten, des sauveteurs découvrent le passeport d’un neuchâtelois lambda nommé Reynold Thiel. Sa mort serait certainement passée inaperçue si (en tout cas au niveau de l’Histoire helvétique officielle), bien des années plus tard, Alain Campiotti ne s’était pas intéressé à son vécu et raconté publiquement les ferveurs idéologiques de ce jeune militant communiste, son engagement dans la résistance durant la Seconde Guerre mondiale, ses accointances avec le système soviétique et son passé d’ »Espion si discret ».

Le film se dévoile surtout lorsque son auteure se livre et compare des éléments très pragmatiques et introspectifs de ses investigations personnelles avec les comptes-rendus de filatures ou de conversations téléphoniques compilés par le journaliste Alain Campiotti, retrouvés pour la plupart dans les archives de notre belle Confédération ou de la Securitate roumaine. Comme ces séquences où l’auteure avoue, se remémorant rejetées des préaux à cause des convictions gauchistes de ses parents, jalouser le bonheur très affiché des enfants du conseiller fédéral Max Petitpierre. Et le tout est montré, documents à l’appui. Toutes ces scènes prouvent que la cinéaste a tout mis en œuvre pour récolter le maximum d’images nécessaires à alimenter son propos.

En gros, pour le spectateur habitué à voir des histoires d’agents secrets à la solde des Rouges mijotées à la sauce hollywoodiennes, il est fort intéressant d’avoir, cette fois, un point de vue beaucoup plus intime, modeste et régional sur une période trouble et captivante du siècle dernier. Car, même à une plus petite échelle, et sans martini au shaker plutôt qu’à la cuillère, les histoires d’espions savent toujours nourrir les fantasmes…

Thiel Le Rouge – Un agent si discret
CH – 2017 – 86min
Réalisateur: Danielle Jaeggi
Acteur: Danielle Jaeggi, Sophie Reiter, Alain Campiotti, …
Louise Productions
26.02.2020

"Thiel Le Rouge" : Une figure qui mérite de sortir de l’ombre
4.0Note Finale