Cent fois sur le métier remettre son ouvrage ! L’équipe du Pink Apple continue sans relâche à normaliser le regard que la société porte sur l’homosexualité et les transgenres grâce au pouvoir unique du médium cinématographique.

Devons-nous tous mourir ?
Combien coûte un homme ?
Où vont les homosexuels russes ?
Par quels moyens les dessins sont-ils autorisés à forcer le trait ?

Ce sont toutes ces questions, et bien d’autres, qu’abordera le festival Pink Apple lors d’une 17ème édition plus éclectique que jamais qui présentera plus de nonante films qui devraient aider le spectateur à trouver des réponses. Le Pink Apple ne se contentera encore une fois pas de montrer des films, mais aussi de creuser des histoires et des contextes. Par exemple, vous rappelez-vous du premier baiser entre deux hommes montré à la télévision américaine ? Parce que ce n’était pas dans « Dawson » ou « Queer as Folk ». C’était Homer Simpson qui sentit en 1990 les lèvres d’un autre homme sur les siennes devant le public américain, et il n’en devint pas gay pour autant !

Mais il n’est pas étonnant que cela soit deux personnages de dessin animé qui aient eu la permission de se tourner vers Sodome. Un exposé à Frauenfeld dans le cadre du programme spécial « Comics Out ! » traitera du sujet de l’homosexualité dans « Les Simpson ».

RUSSIE
Sujet plus brûlant d’actualité, la situation des homosexuels en Russie, une question préoccupante qui a été poussée dans l’ombre par le récent conflit russo-ukrainien. Les nouvelles lois promouvant la discrimination des gays et lesbiennes par l’État et dans toute la société, poussées par le plus haut niveau du pouvoir ont fait réagir le monde entier. Pour la première fois dans l’histoire des Jeux Olympiques, des figures importantes de la politique mondiale ont mentionné les droits des gays et lesbiennes. Mais après les Jeux de Sochi, les médias se sont tournés vers d’autres sujets. Le Pink Apple, néanmoins, ne le laissera pas tomber dans l’oubli, au travers de son programme « L’homophobie en Russie ».

PROSTITUÉS
La sexualité tarifée concerne tout le monde, et, pendant que l’Union Européenne légifère pour bannir la prostitution au nom de la protection de la femme, personne ne parle des travailleurs du sexe mâles. Pourtant, en Suisse, le sexe contre de l’argent entre hommes est aussi commun que dans les autres pays. Six films et un « Pink Talk » se concentreront donc sur les problématiques des « callboys », gigolos et autres escorts.

SUICIDE
Il y a cinq ans, un politicien évangéliste zurichois avertissait contre l’homosexualité car il prétendait qu’elle était mauvaise pour la santé. Les gays se suicideraient statistiquement bien plus que les hétérosexuels. Dans un certain sens il avait raison, au moins concernant le résultat, mais se trompait complètement sur les causes. En effet, le taux de suicide des garçons expérimentant une attraction sexuelle envers d’autres hommes est tristement élevé. Le Pink Apple reste convaincu que regarder des films gays et lesbiens réduit ce risque et agit en conséquence ! Non seulement ce thème sera mis en avant dans la section « The Last Way Out », mais un programme de courts-métrages a aussi été mis en place pour promouvoir l’acceptation des gays et lesbiennes dans les écoles.

ALBANIE
Personne ne s’attend à trouver des travesties dans les montagnes albanaises. Bon cet énoncé est un poil inexact, mais s’il recèle une parcelle de vérité : quand aucun héritier mâle n’est disponible pour diriger un clan, des femmes peuvent prendre la place de cher. Mais cet honneur a un prix : elles jurent de rester vierges jusqu’à leur mort ! Elles pourront ainsi jouer le rôle d’un homme avec tous les privilèges y afférant dans cette société résolument machiste. La photographe bulgare Pepa Hristova nous montre cette étonnante coutume grâce à diaporama qui dévoile ces femmes qui ont gommé toute trace de féminité en elles.

ET TOUT LE RESTE…
Et à part ces sujets principaux, vous trouverez toujours dans le festival du beau, du triste, du drôle, du provocant, de l’absurde, du choquant, du joyeux… Du lesbien, du gay, de l’indéfini… Du court et du long (on parle des films bien sûr).

En tout pour le comité de sélection des films, une chose est sûre après 16 festivals : « les personnages dépeints dans les films présentés sont de plus en plus complexes, leur sexualité n’est plus la cause de leurs problèmes, mais plutôt leur vie et leurs peurs, leurs problèmes et leurs besoins. Ils ne sont plus seulement représentatifs d’une minorité sexuelle, mais avant tout des êtres humains expérimentant le bonheur et le malheur comme tout le monde ».

Parcourez le très fourni programme sur le site web du Pink Apple, et n’hésitez pas à faire le déplacement : plusieurs séances comptent des films francophones, ou avec des sous-titres anglais, ou en VO anglaise pour ceux qui se débrouillent dans la langue de Shakespeare.

17ème Pink Apple Film Festival
Zürich/Frauenfeld
Du 30/04 au 11/05

www.pinkapple.ch

A propos de l'auteur

se promène souvent dans les bois avec un tronc d'arbre sur l'épaule. Aime respirer l'odeur du napalm au petit matin. Et quand il tire, il raconte pas sa vie !

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