Dernière ligne droite de la compétition à Locarno. Trois films ont retenu notre attention, portant leur regard sur une jeunesse déchue, entre quête d’identité, désespoir et apologie de la violence


Jeunesse

Jeunesse

Jeunesse

Embarquez avec Zico, jeune français du Havre qui rêve d’ailleurs, sur un cargo en partance pour son périple. Il n’est pas expérimenté, mais va tenter de se faire accepter par la petite équipe à bord. Certaines tensions naissent bien vite sur le pont et pour enfoncer le clou, différents problèmes vont s’abattre sur le bateau rebaptisé Le Judée. Seule en mer, notre bande de marins poursuit son parcours qui risque de changer une vie.

Le premier long métrage de Julien Samani – sélectionné en Compétition Internationale, rien que ça ! – nous invite à une redéfinition de la jeunesse, totalement coupée de la société sur un navire. Si la réalisation est d’excellente facture, tout comme la bande son très « électro » – qui contraste grandement avec le lieu et l’ambiance – l’histoire contée reste vaine. Sans doute dû au parti pris de placer son récit dans un quasi huis-clos, hors des réelles interrogations d’un jeune d’aujourd’hui. Cependant le film aborde tout de même la recherche de soi, de son implication dans ce monde d’adulte et du long chemin vers l’indépendance.

Kévin Azaïs (La Belle Saison) incarne ce jeune homme en manque de repère avec justesse et talent. Même si le concept de base demeure sous exploité, Jeunesse n’est pas en reste et a de bonnes choses à offrir à qui saura accepter d’y accoster.
[Robin Jaunin]

Jeunesse
Festival del Film Locarno – Concorso Internazionale
De Julien Samani
Avec Kévin Azaïs, Samir Guesmi, Jean-François Stévenin
Sortie romande inconnue
Note : 2,5 / 5

Bangkok Nites

Bangkok Nites

Bangkok Nites

Bangkok est un éden pour les riches japonais. Mégalopole en perpétuelle expansion, elle fait le jeu de la drogue, des vices et de la prostitution. Les clients défilent devant un parterre de jeunes femmes qui crient pour se faire remarquer et être choisies. Parmi elles, Luck, la «numéro 1», habite seule dans un luxueux appartement et subvient à sa famille demeurée dans un village proche de la frontière laotienne. Quand elle retrouve Ozawa, un client japonais dont elle était tombée amoureuse cinq ans auparavant, elle décide de reprendre sa vie en main. Lorsque le jeune homme, ancien soldat des forces japonaises, entame un périple au Laos pour se confronter au passé et à l’Histoire douloureuse, Luck l’emmène se réfugier dans son village natal.

À travers trois actes expansifs, le réalisateur japonais dépeint le «paradis» de la capitale en l’opposant à la misère rurale et aux cicatrices du colonialisme et de la guerre. Une fresque contemplative à la recherche d’une culture brisée, fouillant son histoire pour expliquer les méandres de sa société contemporaine. Avec une authenticité et une passion assurées, Katsuya Tomita expérimente un cinéma démonstratif dont la mise en scène envoute par sa pureté et sa retenue. Si le thème de la prostitution est un point d’encrage du film, aucune nudité ne sera montrée à l’écran. Cependant, Bangkok Nites peine dans sa narration et l’évolution de ses personnages. Tomita se perd peu à peu dans des scènes bavardes et un discours trop appuyé. Victime de sa durée (183 minutes), le film se perd lentement dans un troisième acte brouillon.
[Alexandre Caporal]

Bangkok Nites
Festival del Film Locarno – Concorso Internazionale
De Katsuya Tomita
Avec Subenja Pongkorn, Sunun Phuwiset, Chutlpha Promplang
Sortie romande inconnue
Note : 2,5 / 5

Destruction Babies

Destruction Babies

Destruction Babies

Présenté dans la catégorie Cineasti del Presente, Destruction Babies est un supplice, long, dérangeant, qui nous placerait à la limite de la folie. Ce film japonais nous présente Shouta Ashiwara, jeune orphelin et son frère Taira. Ce dernier est un amateur de violence gratuite. Après avoir subit le passage à tabac d’un gang local, il décide de se lancer dans une expédition citadine pour frapper des passants innocents.

Destruction Babies est une aberration. Uniquement porté sur la violence gratuite des scènes de bagarre, le film nous perd en moins de cinq minutes avec des successions de coups de poing dévastateurs. Tout d’abord par son cruel manque de scénario, proche du néant absolu, qui nous dépeint des personnages certes ravagés, mais sans aucune profondeur ou évolution. Puis par son insistance à se complaire dans la provocation. Car si le sang coule à flot, c’est l’inutilité des scènes dans l’avancée du récit qui est désespérante. Le sujet d’un malaise certain de la société japonaise aurait pu être intéressant, si celui-ci avait été… écrit. On se contente de suivre ces deux frères à travers de multiples plans sanglants et brutaux. Au delà d’une tentative de réflexion d’une facette de la société contemporaine, c’est bien l’état mental du réalisateur qui fera débat en sortie de séance. Peut-on d’ailleurs parler de cinéma dans ce cas de figure ?
[Robin Jaunin]

Destruction Babies
Festival del Film Locarno – Cineasti del Presente
De Mariko Tetsuya
Avec Yagira Yuya, Suda Masaki, Komatsu Nana, Murakami Nijiro
Sortie romande inconnue
Note : 0 / 5