Drame, aventure épique, chemin initiatique et vision de l’éternité pour une interprétation du manga éponyme de Mamoru Hosoda. Un portrait shakespearien pour un Hamlet au féminin et dans l’Au-delà. Vif et magnifique, une rencontre de mondes opposés pour des personnalités complémentaires. La vengeance ne souffre pas de sa fin devant la mort.

Au Royaume de Danemark, le Roi Amlet vit un bonheur sans borne dans son merveilleux château auprès de sa fille chérie et de sa femme, qui pourtant ne l’aime pas et conspire pour sa chute. Le frère du Roi met en œuvre un plan sournois et fait assassiner le monarque tant aimé de son peuple. La princesse Scarlet veut venger coûte que coûte la morte de son père, mais ce fait empoisonnée et tombe dans un éternel voyage dans le Pays des Morts. Elle va parcourir ce monde étrange afin d’assouvir son dessein.

Une vision originale pour une pièce de théâtre légendaire et de nombreuses fois reprises. Shakespeare a déjà inspiré les mangaka comme avec Requiem du Roi des Roses, une interprétation de Richard III. La touche nipponne est toujours stupéfiante de créativité et souvent étonnamment déjantée. Scarlet ne fait pas exception à la tradition avec un Hamlet largement revisité et pourtant intéressant. La dimension épique, le drame historique et la haine sont gardées, mais l’exploration plus psychanalytique du conte apporte du caractère et de la matière.

Le scénario offre une occasion de déconstruire le mécanisme de la haine sans pour autant emprunter les sentiers habituels de sa transformation en amour. C’est une pause dans la mièvrerie et surprenant par son audace. La réalité des sentiments ne passe pas du blanc au noir pour un sourire, ni de la pluie au soleil avec le temps. La ténacité de la vengeance a pour elle de durer et de s’accrocher à la rancœur. Voilà, la vérité plus commune. Le personnage de Scarlet est vibrant d’authenticité. Un portrait d’adolescente passionnée, blessée, traumatisée et qui ne s’est pas encore autorisé à vivre. La mort avant la vie. Voici un thème lourd et symbolique. Une thématique qui révèle bien plus de l’être que l’inverse. Il faut de l’espoir pour vivre, pour résister, pour tenir la tête hors de l’eau. Il faut du courage pour suivre son but malgré la mort. Un portrait d’héroïne épique qui rompt les limites attendues.

Scarlet n’a en plus besoin de personne pour faire ses choix. C’est une figure féminine et féministe malgré elle. Elle contrebalance avec le personnage de sa mère Gertrude, qui est presque muet. La mère agit dans l’ombre, trahit, destitue afin de sauver sa propre existence par des chemins moins glorieux, mais tout aussi désespérés. Peu de femmes dans ce film, comme un reflet de la société, où les personnalités puissantes creusent des chemins hostiles dans la course à la valorisation.

En résumé, Scarlet et l’Éternité est un film aventureux, fort, rythmé et dramatique. Visuellement magnifique, un scénario hautement engagé pour un classique revisité avec ingéniosité et modernité. Si vous aimez l’animation japonaise ou si vous avez toujours voulu la découvrir, si vous aimez le théâtre de Shakespear, n’hésitez pas à vous installer dans une salle de cinéma pour découvrir le destin tragique de Scarlet, Princesse du Danemark.

Réal. : Mamoru Hosoda
Acteurs, Actrices : Mana Ashida/Masaki Okada/Masachika Ichimura/Koji Yakusho/Yuki Saito/Yutaka Matsushige/Kotaro Yoshida
Distrib. : Sony Pictures
Sortie : 11 mars 2026
Genre : Animation japonaise, Drame
Durée : 111 minutes
Titre original : Scarlet


