Scary Movie – Parodie is not dead?

Luca Califano
Luca Califano
Journaliste et critique cinéma, Luca Califano est diplômé d’un master en sciences sociales – science politique à l’Université de Genève. De son œil à la fois cinéphile et politiste, il analyse les œuvres avec minutie dans ses critiques et anime depuis 2022 le podcast cinéma Vidéoclub, disponible sur toutes les plateformes de podcast.

Treize ans après le dernier Scary Movie, la saga culte de comédies parodiques fait son grand retour sur grand écran et, il faut bien le dire, avec la manière! Doté d’un budget à la hauteur de la renommée de cette franchise née au début du millénaire, porté par une campagne marketing intensive et par un démarrage tonitruant au box-office étasunien dès son premier week-end d’exploitation, ce sixième opus surgissant de l’ombre — après un cinquième épisode largement en dessous des standards de la saga — semble avoir toutes les cartes en main pour également exploser les compteurs. Une question demeure toutefois en suspens : la saga parviendra-t-elle à mener à bien sa mission en détournant les codes du cinéma d’horreur et en parodiant les œuvres horrifiques marquantes de ces dix dernières années, ou retombera-t-elle dans la facilité d’un humour potache et grossier, caractéristique d’un genre parodique devenu l’apanage de producteurs cherchant avant tout à remplir leurs poches ?

Vingt-six ans après avoir échappé au tueur masqué, les héros emblématiques de la saga sont de nouveau dans la ligne de mire du meurtrier, et aucune franchise de film d’horreur n’est à l’abri…

Disons-le, Scary Movie 6 est assez étonnamment une sacrée bonne surprise ! En effet, là où l’on pouvait craindre que le film s’enfonce davantage dans le trou que la saga avait elle-même commencé à creuser — à savoir celui d’une parodie faussement subversive, grossière, bête et prenant son public pour des idiots finis — ce sixième opus prend au contraire son travail comique avec un certain sérieux. Soyons clairs : la subtilité n’est certainement pas le premier mot qui vient à l’esprit au visionnage du film. Les gags potaches, le slapstick, l’humour scatologique, l’humour noir et les blagues sexuelles y sont omniprésents. Le·la spectateur·ice se retrouve littéralement submergé·e par une avalanche de gags qui s’enchaînent à une vitesse prodigieuse. Le film dégaine une nouvelle blague toutes les cinq à dix secondes, maintenant un rythme comique aussi soutenu qu’efficace. Un rythme effréné qui fait très souvent mouche, mais qui pourra aussi laisser une partie du public sur le bord de la route, tant le tempo soutenu provoque parfois une sensation d’asphyxie, de trop-plein comique, voire un manque de respiration. Malgré cela, l’archétype même de la comédie parodique est ici parfaitement maîtrisé, nous donnant l’impression de replonger dans les grandes heures des ZAZ — Jerry Zucker, Jim Abrahams et David Zucker — à travers des classiques comme Y a-t-il un pilote dans l’avion ? ou la série des Y a-t-il un flic. La sauce prend complètement et le film est exactement ce qu’il doit être : une comédie qui crée spontanément des éclats de rire, qui embrasse avec passion et sincérité cet humour totalement absurde, adolescent et fou.

Une démarche de sincérité qui se retrouve également dans l’objectif premier du film. À savoir, cette volonté de traverser et de survoler un nombre impressionnant d’œuvres ayant marqué le cinéma de genre de ces dix dernières années. Scary Movie 6 est une véritable submersion de références horrifiques qui ne s’arrête pratiquement jamais. Le film convoque une myriade d’œuvres, entraînant le spectateur dans un déluge continu de références qui peut toutefois devenir anecdotique pour certains, celles-ci ne servant parfois que de prétexte à une blague avant de disparaître aussitôt. Cette accumulation fait d’ailleurs basculer le film dans une forme de succession de sketches, où la narration enchaîne les œuvres : une référence, une vanne et au suivant! Certaines œuvres se retrouvent ne faire qu’une apparition éclair. C’est peut-être là l’un des éléments les plus susceptibles de diviser le public. Le choix est clairement celui de privilégier la quantité de films référencés plutôt que d’approfondir leur parodie au fil de la narration et sur plusieurs scènes. Pourtant, pour les amateurs de cinéma de genre, ce flot ininterrompu de références peut constituer un véritable plaisir et se réjouir devant cette avalanche de clins d’œil du cinéma horrifique.

À noter également — et c’est sans doute l’un des aspects les plus surprenants du film — que cet opus propose, dans sa dernière partie, une légère réflexion sur le cinéma d’horreur hollywoodien actuel. N’exagérons rien, on reste sur un film dont le niveau intellectuel est comparable à celui d’une huître, mais le film semble néanmoins conscient de sa propre place au sein de l’industrie et finit même par le verbaliser explicitement pour conclure son récit. Il pointe notamment la tendance actuelle à la surfrancisation du cinéma d’horreur moderne, ainsi que cette volonté des studios de faire ressurgir les figures emblématiques du passé afin de flatter la nostalgie. Une observation d’autant plus intéressante que Scary Movie 6 participe lui-même à cette logique tout en la commentant. Cette conscience de ses propres contradictions, assumée et exprimée sur un ton volontairement comique, apparaît finalement comme une démarche plus honnête que celle de nombreuses productions.

En somme, sans forcément lui prêter un génie qu’il n’a pas, la sauce de ce Scary Movie 6 prend particulièrement bien. En reprenant les œuvres horrifiques qui ont marqué le paysage cinématographique de ces dix dernières années, le film parvient à divertir son public. C’est avant tout un film pensé pour son public et qui n’a aucune intention de séduire ou de convaincre des spectateurs qui n’ont jamais été réceptifs à ce genre de comédie parodique particulièrement bas de plafond. À ce titre, il assume pleinement son identité et reste solidement ancré sur des bases qu’il maîtrise. Le film n’est certes pas une révolution, mais il s’intègre parfaitement à la saga tout en lui insufflant un véritable regain d’énergie. Une qualité d’autant plus appréciable que la franchise avait fini par se reposer sur ses acquis, notamment avec le 5ᵉ opus, considérant son public comme une assemblée d’idiots n’ayant pas besoin de qualité filmique, mais uniquement en quête de bêtise facile. Scary Movie revient sur grand écran sous la forme d’une œuvre absurde, volontairement stupide mais terriblement drôle, parfaitement conscient de ce qu’il est et de ce qu’il a toujours dû être : un pur film de divertissement. Et dans cette mission, le contrat est largement rempli. Permettez-moi de dire les termes: WAZAAAAAAAAAAA!

Scary movie
Date de sortie: 3 juin 2026
Durée: 1h35
Réalisateur: Michael Tiddes
Avec: Anna Faris, Regina Hall, Marlon Wayans, Shawn Wayans
Warner bros.

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