L’écrivain et scénariste vaudois a écrit son premier thriller pour le cinéma, une chasse à l’homme dans les terres indiennes du Québec. Il nous explique comment il passe d’un genre à l’autre.


Antoine Jaccoud

Antoine Jaccoud vous écrivez pour le théâtre, le cinéma, mais aussi de la littérature. Comment partagez-vous votre temps entre toutes ces activités ?
J’essaie de garder de l’espace pour le théâtre et pour mes écrits personnels, où je me sens plus libre. Je prends beaucoup de plaisir pendant les lectures publiques, que ce soit avec le collectif Berne ist überall (collectif d’écrivains suisses), ou seul. Trop de cinéma m’asphyxie (rires).

Quel point commun voyez-vous entre vos écrits ?
L’oralité. Je pense qu’ils sont voués à être transformés et performés.

Deux maîtres ont été importants dans votre parcours d’écrivain : Frank Daniel et Krzysztof Kieślowski. Que retenez-vous de leurs enseignements ?
Je dirais que Kieslowski nous a enseigné une forme de sérieux et de bienveillance vis-à-vis de nos personnages. Je me souviens d’un homme très austère et engagé qui prenait le drame au sérieux. Dans ses films, les choix moraux cruciaux en termes de valeur se posent dans chaque scène. Dans « L’enfant d’en haut » d’Ursula Meier, il y avait de ça, un intérêt aigu pour les personnages et leur parcours.

Frank Daniel nous a enseigné des outils de dramaturgie, et nous a appris à développer notre relation au spectateur. Souvent, j’essaie d’être l’organisateur du voyage du spectateur, car la dramaturgie est le lien qui nous lie au public. J’essaie de garder ça à l’esprit.

Comment êtes-vous entré dans l’aventure « Miséricorde » ?
Fulvio Bernasconi et le producteur Marc Fröhle m’ont fait lire le scénario inachevé de Pierre Pascal Rossi. J’ai d’abord été séduit par la possibilité de tourner au Québec que, par ailleurs, je connais bien. L’idée d’avoir les territoires d’Amérique du nord comme terrain de jeu était très excitante ! Ensuite Fulvio et moi avons discuté de nos envies, et j’ai commencé à écrire. L’une des envies que j’ai assez vite formulée était de faire intervenir les autochtones dans l’univers du film. Cette terre magnifique a été le théâtre de cet énorme point noir de l’histoire, et encore aujourd’hui, les réserves sont des lieux sensibles, mais où les gens font preuve d’une grande dignité. La question de la langue a été importante. Nous avons fait plusieurs réécritures pour que ça « sonne » québécois, et ensuite, les acteurs ont adapté leurs accents.

Avez-vous dû obtenir des autorisations pour tourner dans les réserves ?
Oui, on a fait valider le scénario par les chefs de la réserve en question. Quand ils ont dit oui, j’étais super content ! Il y a quelque chose de fascinant chez ce peuple, une philosophie faite de sagesse et de douleur.

C’est votre premier thriller. Quelles étaient vos inspirations pour le film ?
Oui, c’était l’occasion pour moi d’essayer un autre genre… Sans trop en révéler sur l’intrigue, je peux dire qu’il y a du Erhard Loretan dans ce récit. Je préfère avoir Loretan en tête l’alpiniste suisse, plutôt que de penser en terme de références.

Comment parvenez-vous à vous fondre dans les univers des réalisateurs avec lesquels vous travaillez ?
Avec chacun ou chacune, on forme un couple pendant quelques mois… ou pendant douze ans, comme avec Ursula. Avec elle, on partage une certaine idée que les rapports familiaux peuvent être violents. Avec Fulvio on partageait la passion du paysage et de raconter le voyage d’une âme en peine sur la route. J’aime les histoires, quelles qu’elles soient. Et si la base de la collaboration est saine, je suis heureux !

Miséricorde
De Fulvio Bernasconi
Avec Jonathan Zaccaï, Evelyne Brochu, Daniel Gadouas, Charlie Arcouette, Marie-Hélène Bélanger, Marthe Keller, Marco Collin
Outside The Box
Sortie le 18/01

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