En pleine tournée pour la pièce « Alors on s’aime », dans laquelle elle interprète le rôle de Charlotte aux côtés de Daniel Russo et Loup-Denis Elion (Cédric de « Scènes de ménage »), la « femme d’honneur » s’est confiée à « Daily Movies » par téléphone, en tout simplicité et dans la bonne humeur qui la caractérise. La comédienne Corinne Touzet fera halte au Théâtre de Beausobre à Morges, les 27 et 28 novembre. Le Théâtre du Léman à Genève l’accueillera, quant à lui, le 4 décembre prochain. 

Bonjour Corinne Touzet ! La Suisse vous attend dans les prochaines semaines. Qu’est-ce qui vous a plu dans le rôle de Charlotte, ce rôle d’épouse un peu folle que vous interprétez dans la pièce intitulée « Alors on s’aime »?
Corinne Touzet : Bonjour ! C’est une pièce qui parle du couple et donc, qui parle à tout le monde. Le rôle de Charlotte était un challenge pour moi parce que je suis quelqu’un de cérébrale, raisonnée. Je suis très terrienne alors que Charlotte, c’est tout le contraire ! Elle est naïve à un point ! Et qu’est-ce qu’elle est sotte, mais sotte ! « Elle n’a pas la lumière à tous les étages », comme aurait dit mon Grand-Père ! (rires) Mais elle a un charme fou et un coeur énorme. La comédie de boulevard est un style particulier, où les situations sont poussées à l’extrême, alors j’en profite. Et puis j’avais envie d’aller vers quelque chose de naïf et enfantin. Nous les comédiens, on ne grandit pas, on joue jusqu’à la fin de notre vie… 

Encore maintenant vous avez l’impression d’être une enfant quand vous êtes sur scène ?
Ah oui, tout à fait ! Il faut dire qu’au théâtre, on apprend tout le temps parce qu’aucune représentation ne peut être comparée à la précédente. Le public est, chaque soir différent, donc l’histoire se rejoue quotidiennement sur scène. La représentation n’est jamais la même. Celle-ci dépend aussi de l’atmosphère de l’endroit dans lequel on joue. Au fil des tournées, on développe une oreille attentive au retour de l’audience… 

Les publics sont si différents que ça ? 
Absolument ! Je m’aperçois qu’il y a des régions où l’on rit davantage. Dans certains départements français, les gens sont plus réservés, alors que d’en d’autres, le public est plus expressif. Il y a des différences entre la ville et la campagne aussi. Mais c’est passionnant, car c’est immédiat ! Et nous les acteurs, on s’adapte, on se renouvelle chaque soir ! Tenez au Havre, la salle était énorme et une dame au premier rang avant un tel rire communicatif, elle hurlait de rire, littéralement ! On a craqué nous-mêmes au bout d’un quart d’heure de représentation ! On a tellement ri qu’on a cru ne jamais s’en remettre ! (rires) Certains publics ont également moins l’habitude d’aller au théâtre, donc ils sont davantage sur la réserve, et puis vers la fin… ils se lâchent ! (rires)

Et il est comment le public suisse, alors ?
Moi, j’adore les Suisses ! Je n’arrête pas d’en parler à mes partenaires parce que vous êtes super chaleureux. On dit que le public suisse est pudique, réservé, mais pas du tout en fait ! Les Suisses s’éclatent au théâtre ! Et il faut dire que jouer dans des salles à échelle humaine, plus intimistes, c’est très chaleureux. 

« Je suis quelqu’un de cérébrale, raisonnée et très terrienne alors que Charlotte, c’est tout le contraire de moi ! Elle est naïve à un point ! »

En une année, vous avez enchaîné pas moins de trois pièces différentes : « Alors on s’aime » à Paris, suivie de la tournée de « Voyage en ascenseur », puis « Maux d’amour » cet été à Avignon, et vous voilà maintenant de retour avec « Alors on s’aime ». Cela représente une grande quantité de texte à mémoriser à la fois. Êtes-vous contrainte de tout réapprendre lors des tournées ou vous souvenez-vous des textes que vous avez appris ? 
On finit par développer un savoir-faire à force d’entraîner la mémoire, mais je dois dire qu’à un moment donné cette année, j’ai commencé à avoir mal au crâne. Car je révise énormément mon texte chez moi et j’ai eu un peu de mal avant le festival d’Avignon en juillet. Habituellement, quand je suis trop fatiguée, je demande à une assistante metteure en scène de me lire mon texte, pendant que je l’ai moi-même sous les yeux. J’ai une mémoire visuelle, donc j’ai besoin de voir pour apprendre. Et quand on reprend une pièce pour une tournée, avec un laps de temps important entre le moment où l’on a arrêté de la jouer quotidiennement à Paris et le début de la tournée, il faut la réapprendre. On ne se souvient que de quelques passages, mais certainement pas de tout. Même pendant cette tournée, on a eu jusqu’à huit jours de pause entre deux représentations et donc peur d’oublier un peu le texte. Mais c’est bien aussi pour un acteur d’avoir peur.

« Je dois tout à « Une femme d’honneur ! »

Depuis l’arrêt d’ »Une femme d’honneur » en 2008, série dans laquelle vous avez tenu le rôle du lieutenant Isabelle Florent pendant 12 ans, vous ne faites pratiquement que du théâtre. Qu’est-ce qui vous anime au point de continuer dans cette direction ? Est-ce cette proximité avec le public ? Cette mise en danger pour comédienne que vous êtes ? 
C’est tout à la fois ! Je viens du théâtre et c’est au théâtre que j’ai réellement appris mon métier. J’ai toujours eu un public en face de moi. C’était un besoin viscéral de retrouver la scène et il se trouve qu’une pièce en a entraîné une autre. J’ai retrouvé mon âme de départ, cette mise en danger nécessaire à l’acteur. Et puis les rôles que l’on me propose sont riches, ils m’emmènent là où je ne serais peut-être pas forcément allée en télévision. J’apprends énormément grâce au théâtre. Peut-être que la télé reviendra dans ma vie, mais au moment de l’arrêt de la série, il a fallu que je me remette en question en tant que comédienne. 

C’est ailleurs parce que l’on ne vous proposait pas grand chose à la télévision en dehors d’ »Une femme d’honneur » que vous avez créé votre propre société de production… 
Non, car j’ai créé ma société en 2000 et la série s’est arrêtée en 2008. Donc les deux n’ont rien à voir, malgré ce qu’en ont dit les médias. En fait, j’ai créé cette société en plein succès télévisuel. Alors oui, les diffuseurs et producteurs ne sont pas dans la tête des acteurs. Je tenais à jouer des personnages différents et montrer qu’un acteur était capable de tout faire. Mais il n’a jamais été question que je regrette le personnage d’Isabelle Florent, au contraire. C’était un bonheur de la retrouver chaque année pendant douze ans. 

Et si vous n’aviez pas été cette « femme d’honneur », vous auriez pu mener une telle carrière au théâtre ?
Oh non, c’est sûr que non ! Même si j’étais déjà dans le milieu depuis 1981, je dois tout à cette série (qui a débuté en 1996) ! Après l’arrêt de la série, les gens venaient de partout pour me voir sur scène. Ils tenaient à voir la « femme d’honneur » en vrai. Grâce à la série, je me rends compte qu’aujourd’hui, j’ai un public nouveau. Des gamins de 10 ou 12 ans qui regardent les rediffusions. En comptant les papis et mamies, trois générations viennent me voir au théâtre, et ça me plaît !L’autre jour, à Nantes, une jeune fille de 18 ans est venue me montrer des photos de ses sièges de voiture… Ils étaient à mon effigie ! Cela ne m’était jamais arrivé auparavant ! J’ai trouvé ça super drôle ! (rires) 

Ce doit être gratifiant et rassurant pour un acteur de savoir que son travail et son image se transmettent de génération en génération. Qui plus est de nos jours, où il est compliqué de vivre du théâtre…
Oui, c’est vrai que le métier est devenu difficile… Moi, je n’aimerais pas avoir 25 ans aujourd’hui et débuter dans ce milieu. On est trop de comédiens, il n’y a pas assez de rôles donc pas assez de travail pour tout le monde. J’ai eu de la chance de décrocher le rôle principal de cette série familiale, à l’époque. Cela touchait un large public.

« La télé me titille à nouveau, mais je ne vais pas revenir pour revenir » 

D’ailleurs, ce n’est pas impossible que vous reveniez prochainement à la télévision…, si ?
Non non, je ne ferme pas la porte. D’autant plus que le désir est en train de revenir, même si je l’avais un peu perdu avec un tel agenda théâtral. Et puis je trouve qu’il y a de plus en plus de programmes audacieux qui pointent le bout de leur nez, notamment grâce à la concurrence qui vient l’étranger. Moi, j’aime bien regarder des séries sur Netflix, des séries nordiques ou d’Amérique du Sud, par exemple. Je découvre des acteurs fabuleux. Il y a encore une dizaine d’années, cela n’aurait pas été possible. Ça me titille… Mais je ne vais pas revenir pour revenir. 

Il vous faudrait quoi pour vous convaincre ? Un grand rôle ?
Non, mais disons qu’il faut que le rôle, le metteur en scène ou l’auteur me surprenne. J’adorerais que l’on me surprenne ! 

Et quels sont vos projets à venir après cette tournée ?
Dès janvier 2020, j’entrerai en répétition pour ma nouvelle création, qui sera jouée à Avignon l’été prochain. C’est une pièce que j’ai en projet depuis deux ans et là, je suis sur le bouclage du financement. Ce sera avec les acteurs Aurélien Recoing et Christopher Bayemi. L’histoire se déroule aux Etats-Unis, mais c’est tout ce que je peux dire pour l’instant. C’est encore secret… (rires) Et l’année suivante, je serai en tournée pour « Maux d’amour », une pièce dont j’ai acheté les droits aux Etats-Unis. C’est l’adaptation d’un film à cinq Oscars (« Tendres passions » avec Shirley MacLaine, Debra Winger et Jack Nicholson).  

Le festival d’Avignon, c’est un passage obligé pour un acteur de théâtre ? 
Moi, j’adore en tous cas ! Là-bas, on y crée quelque chose où tout est possible, même si c’est dur physiquement. En tant qu’acteur, on se jette dans une arène, dans la fosse aux lions. L’opinion du public et par conséquent le bouche-à-oreille comptent énormément. Évidemment, on peut se planter, mais quand ça marche, c’est miraculeux ! Moi, je touche du bois pour le moment ! Il y a toujours un réel plaisir à retrouver ses collègues, à boire des verres après les représentations, à retrouver le public, c’est une vraiment super ambiance ! Et puis on voit des dizaines de spectacles par semaine. Bref, on se gave de ce qu’on aime ! 

Alors on s’aime
Texte: Flavia Coste
Mise en scène: Anne Bourgeois
Assistée de Sonia Sarel
Jeu: Daniel Russo, Corinne Touzet et Loup-Denis Elion
Théâtre de Beausobre
Morges – 27 et 28 novembre.
Le Théâtre du Léman
Genève – le 4 décembre

A propos de l'auteur

Amoureux du film « American Gigolo », ses parents la prénomme en hommage à l'actrice Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, plus tard, comment rester indifférente face au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep prolonge sa culture en menant des études universitaires de cinéma. Omniprésent, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme. Preuve indélébile de sa passion, celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : « L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall ! ». Ça fait classe ! ;)

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