Deadpool De Tim Miller

Le sale gosse de Marvel débarque dans les salles obscures avec un film qui lui est entièrement dédié. Une sortie opportune, le public saturant gentiment des productions super-héroïques.


Il est vrai qu’après les succès de « Blade » et du premier « X-Men » à la fin des années 1990, les ambassadeurs des spandex moulants et des culottes multicolores n’ont depuis cessé d’envahir les grands écrans. En deux décennies, on a ainsi eu droit non seulement à des sagas entières, mais aussi aux reboots de certaines d’entre elles (Spider-Man, X-Men, Les Quatre Fantastiques, Batman). Le super-héros a ainsi beau troqué son costume pour un autre, toute cette industrie sent le réchauffé depuis quelques années…

C’est alors que « Deadpool » arrive avec ses gros sabots. Un projet soi-disant différent, soutenu par son acteur principal, Ryan Reynolds, qui avait déjà incarné le personnage éponyme dans le premier « stand alone » de « Wolverine » en 2009, mais aussi le rôle de Green Lantern en 2011 ainsi qu’un personnage dans « Blade : Trinity » en 2004 – on vous rassure, pour nous aussi c’est pas toujours facile à suivre. Mais que peut-il apporter de plus, si ce n’est une légère variation dans le panorama des super-héros ayant déjà leur(s) propre(s) film(s) ? C’est simple : l’ironie.

Deadpool (Wolverine 2009)

Deadpool (Wolverine 2009)

Pour les (rares) spectateurs qui auraient réussi à éviter le matraquage publicitaire de ces dernières semaines, ils découvrent les cartes que jouent « Deadpool » dès son générique d’ouverture, à savoir une relecture méta-discursive et légèrement subversive de la formule super-héroïque. Ce que le film n’oublie surtout pas de faire, c’est de caresser le public – enfin, soyons honnête, le geek – dans le sens du poil en proposant une véritable autocritique des super-héros. A l’aide des crédits uniquement, le générique balance ainsi autant sur l’équipe du film que sur les schémas Marvel avec un second degré invitant le public à rejoindre les moqueries du discours (et donc du film). Ceci crée un écart entre l’objet des railleries et ce qui les provoque, alors que les deux pôles – « Deadpool » et le reste de la production Marvel/DC – ne s’avèrent guère différents.

Deadpool De Tim Miller

Bien qu’amusante sous certains aspects, cette ouverture contient déjà les limites du film, celui-ci mitraillant constamment des gags à tous les niveaux. Certains font mouche, d’autres pas. Le débit avec lequel l’humour est réparti semble vouloir plonger le spectateur dans une certaine léthargie jouasse – une forme de passivité qui permettrait au geek d’excuser volontiers certaines paresses scénaristiques – et l’on a vite l’impression d’être face à du stand-up tant l’on force le rire. « Deadpool » ne parvient évidemment pas à garder le rythme de croisière ce qui, à son insu, rend les scènes dramatiques – les seuls moments traités au premier degré – particulièrement exténuantes et peu intéressantes.

Sous couvert de nous offrir le pendant subversif du super-héros, « Deadpool » nous sert finalement une histoire comme on nous en a déjà tant servie. La structure achronologique du récit, forcée et gratuite, a été pensée dans cette même logique puisqu’elle renforce la volonté des scénaristes d’éviter de raconter similairement ce que les moules Marvel et DC nous réchauffent depuis des décennies. Pourtant, c’est exactement ce que nous propose « Deadpool », moins les quelques bifurcations dues à l’amoralité bon-enfant du protagoniste et à la vulgarité fréquemment employée. Des détails qui n’affectent que peu la structure narrative.

Deadpool De Tim Miller

Alors que les studios ont utilisé avec « Deadpool » l’une de leurs cartouches spéciales, on ressort de la projection plutôt avec la sensation d’assister au continuel appauvrissement de ces productions super-héroïques qu’au regain d’innovation escompté – et vendu dans la promotion du film – malgré les efforts évidents et la réussite de certaines scènes. La vulgarité associée au manque de générosité du film ne permet pas à celui-ci de s’élever au-dessus des autres productions du genre. Ainsi on préférera revoir les variations antérieures du super-héros ironisé, tels que « Super » (James Gunn, 2010) ou le premier « Kick-Ass » (Matthew Vaughn, 2010), nettement plus réussies.

Deadpool De Tim MillerDeadpool
De Tim Miller
Avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein, T.J. Miller, Gina Carano, Brianna Hildebrand
20th Century Fox
Sortie le 10/02

"Deadpool" : autoparodie sans conséquences
2.5Note Finale
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