Voilà, le tant attendu Death Stranding est enfin sorti. Hideo Kojima libéré de sa relation avec Konami, le voilà libre de nous proposer un jeu qui correspond à 100% à ses attentes et ses vœux. Alors quand un artiste peut faire ce qu’il veut sans aucunes contraintes, finit-il par fournir un chef d’œuvre ou plutôt un pétard mouillé ?


Aaaah, Hideo Kojima, le papa de Metal Gear Solid, le pape de l’espionnage tactique, des scénarios alambiqués et des cinématiques à rallonge a sorti Death Stranding, son dernier petit bébé et il est peu de dire qu’il était attendu. Si vous avez suivi un tant soit peu l’activité vidéoludique de ces 4 dernières années, vous n’avez pas pu passer à côté d’un des trailers de Death Stranding. Des vidéos toujours énigmatiques, mais d’une beauté sans égale qui a su hyper un nombre de personne assez conséquent alors que la 1ère vraie présentation de gameplay a eu lieu il y a de ça que quelques mois et faisait la part belle aux paysages, ainsi qu’au déplacement. Et il faut dire que Kojima n’a jamais menti ni tenté de vendre quelque chose que le jeu n’est pas en présentant ces différentes videos. En effet, Death Stranding est ni plus, ni moins, qu’un simulateur de marche, amélioré, certes, mais les allergiques aux ballades dans de magnifiques paysages ne trouveront peut-être pas dans Death Stranding le jeu qu’ils attendent.

Alors oui, dit comme ça, Death Stranding ne semble pas être vraiment le blockbuster que tout le monde attendait, et pourtant, cette étiquette de simulateur de marche est malheureusement très réductrice et le jeu a plein d’autres choses à offrir.

Comme la découverte du monde de Death Stranding, ainsi que les explications des différents ennemis et équipement fait partie intégrante du plaisir de jeu et du scénario, la critique restera assez évasive sur certains points afin de ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte

Un scénario efficace
Death Stranding vous met dans la peau de Sam Porter Bridges, un livreur qui a la tâche de reconnecter les USA ensemble, ni plus ni moins. Et pour ce faire, il lui faudra mener des paquets et du matériel à travers tous les Etats-Unis, à pieds, au début, puis en véhicule (moto ou camion par la suite). Si vous pensez que ce sera facile, détrompez-vous car un événement cataclysmique, le Death Stranding, a détruit la plupart des Etats-Unis et ses infrastructures et ce sera à vous de tout reconstruire ou presque.

Pour le reste du scénario, je vous laisse le plaisir de la découverte. Ce qui est sûr, c’est que jamais je n’ai autant aimé un jeu de Kojima (et je ne suis pas un fanboy). Si dans les Metal Gear Solid, l’élément ésotérique venait à me gêner, Death Stranding a une explication pour tout dans son monde et forme une narration cohérente. De plus, le tout est servi par un jeu d’acteur excellent. Avec Norman Reedus, Léa Seydoux, Mads Mikkelsen ou encore Guillermo del Toro aux commandes des personnages principaux, il aurait été difficile de faire mieux. Bien entendu, Hideo Kojima oblige, le jeu est truffé de cinématiques plus ou moins longues (mais plutôt longues). Ces dernières sont très bien intégrées et vraiment belles, tout comme le reste du jeu.

La reconstruction des USA sera une tâche de dure haleine car là où vous irez, il n’y aura pas de route. Ainsi, vous serez à la merci du terrain ; chaque bosse, chaque crevasse, rivière ou pente sera un obstacle à franchir. Pour ce faire, vous pourrez compter sur quelques outils bien utiles. Vous aurez à disposition des échelles qui permettront de gravir des pentes ou encore franchir précipices et rivières, des cordes qui vous permettront de descendre des parois rocheuses en toute sécurité ou encore des ponts qui eux sont dédiés aux traversées de grands fossés et fleuves. Et ces outils seront indispensables car jamais marcher n’a jamais été aussi dur dans un jeu vidéo.

Si dans la plupart des jeux il suffit de pousser son joystick en avant pour pouvoir bouger, ici ce sera aussi le cas, mais il vous faudra prendre en compte l’équilibrage de votre équipement et appuyer sur les gâchettes gauche et droite pour vous rééquilibrer si besoin est, tout en choisissant le chemin avec le moins d’embûche pour être sûr de ne pas trébucher.

Du management à foison
Pour ne pas s’encoubler, il vous faudra bien gérer votre équipement. Vous pourrez gérer quel paquet va où en sachant que du matériel lourd placé haut sur votre dos vous déséquilibrera plus que s’il était placé plus bas. Vous serez aussi limité en poids et en nombre de paquets que vous pourrez transporter, même si ceci sera mené à évoluer au cours du jeu en trouvant des véhicules et autres exosquelettes qui vous permettront grandement d’augmenter la charge que vous pourrez transporter.

Le jeu comporte aussi beaucoup de management afin de définir quel est le chemin le plus praticable pour Sam afin de pouvoir mener à bien ses livraisons. Tout est fait dans le menu carte qui est extrêmement bien conçu. En effet, vous pouvez incliner la carte afin de pouvoir voir quelles sont les différentes déclivités du terrain, ainsi que mettre des points de passage afin de vous aider au mieux à prendre un chemin sans encombre.

Il sera aussi très important de définir quels objets vous souhaitez prendre avec vous lors de chaque livraison en sachant que vos chaussures s’usent et qu’il faudra compter parfois par certaines rencontres avec des ennemis dans votre planification de trajet.

Des ennemis et des amis
Vous allez rencontrer lors de vos pérégrinations 2 principaux types d’ennemis, les échoués (ou BT) et les MULES. Les échoués sont les restes des personnes décédées. Elles ne sont pas directement visibles, mais vous pourrez les détecter grâce à votre BB (le fameux bébé que vous aurez avec vous à chaque instant). Il y a certains moyens de s’en défaire grâce à des armes étant conçues grâce à vos fluides organiques (tels que le sang, la sueur, votre urine et encore vos excréments), mais le plus simple reste encore à les éviter, ce qui est d’ailleurs obligatoire en début de partie, quand vous ne serez pas équipé pour les attaquer. En effet, les BT sont principalement sensibles aux sons que vous émettez, vous pourrez donc être prudent et passer à côté d’eux pour autant que vous ne fassiez aucun son et que vous reteniez votre respiration. Chaque traversée de territoire BT se fait sous grande tension de par le risque encouru.

Les MULES, quant à eux, sont simplement des livreurs (comme vous) accro aux livraisons, à tel point qu’ils vous attaqueront sans cesse afin de pouvoir récupérer vos paquets. Vous pourrez vous en défaire, que ce soit par de manière non létale ou alors en les tuant, à noter que tuer des MULES à une répercussion directe sur le monde, car cela va créer de nouveaux échoués. Si les MULES et échoués sont présents dans le jeu, vous ne pourrez les rencontrer uniquement dans certaines zones bien définies. Ainsi, il sera possible d’attaquer les camps de MULES afin de pouvoir obtenir beaucoup de matériel (ou des camions) qui vous aideront à reconstruire le monde ou à crafter du matériel.

Vous rencontrerez aussi (en hologramme quasi uniquement) d’autres personnages, enfermés dans des bunkers. Ce sont les survivants du Death Stranding et les réceptionnaires de vos livraisons. Les aider sera indispensable à votre avancement car chaque paquet que vous leur livrerez vous rapprochera d’une montée de niveau avec ce NPC en question. A chaque niveau augmenté (il y en a 5 en tout, en sachant que vous commencerez au niveau 1 suite à la première livraison), vous recevrez les plans d’un nouvel équipement, soit une arme, des chaussures améliorées, une amélioration d’exosquelette ou encore de meilleures grenades.

Des paysages et des musiques magnifiques
La chose la plus agréable dans Death Stranding est définitivement les paysages traversés, ainsi que la musique qui va de pair avec. Rien de mieux après avoir galérer à traverser une région montagneuse que de voir un magnifique panorama qui s’ouvre devant vous avec une musique d’ambiance fort à propos. Les paysages sont vraiment post-apocalyptiques et on ne se sent pas vraiment dans les grands espaces américains, mais plutôt en Islande, tant les paysages rencontrés sont volcaniques, avec beaucoup de pierres et de rivière. La physique de l’eau est elle aussi très réussie et graphiquement, ce jeu est réellement une claque. Vous traverserez très peu de villes, ces dernières ayant été quasi entièrement détruites et le peu que vous trouverez seront vides de personnages, ces derniers s’étant réfugié sous terre afin de survivre.

Seul, vraiment ?
Si Death Stranding est en premier lieu un jeu solo, ceci ne veut pas dire qu’il ne comporte pas une composante multijoueur. A chaque fois que vous connecterez un abri ou une ville au réseau des Etats-Unis, vous aurez accès au matériel et aux constructions des autres joueurs. Ainsi, si quelqu’un d’autre avant vous a placé une échelle à un endroit précis afin de pouvoir traverser un fossé ou encore un générateur afin de lui permettre de recharger son véhicule, ce dernier pourra apparaître dans votre monde. Ainsi, il n’est pas rare d’emprunter fréquemment des objets placés dans le jeu par d’autres personnes. Si vous avez trouvé l’objet utile, vous pourrez toujours envoyer un like à ce joueur, ce qui augmentera son niveau de livreur. Kojima est plus que jamais conscient du monde dans lequel nous vivons et du besoin de connexion et reconnaissance que nous avons.

Autre exemple de ce multijoueur particulier, en suivant les traces de pas d’autres joueurs, vous pourrez créer un chemin que vous pourrez arpenter plus facilement dans le futur. Il sera aussi possible de créer de longues routes reliant les zones du jeu les unes aux autres de manière fiable, mais au prix de grand investissement matériel de votre part. Au début, on profite sans trop de honte de ce qui a été placé par quelqu’un d’autre, mais au bout de quelques heures, on ressent réellement le besoin de vouloir aider les autres en retour et j’ai personnellement pris beaucoup de plaisir à sortir de mon train-train de livraison afin de passer quelques minutes/heures à reconstruire des routes afin d’aider d’autres joueurs moins avancés que moi en retour. Tout simplement, ces petits exemples de vie et pseudo-interaction dans un monde si vide nous fait nous sentir moins seul.

Malheureusement, le jeu n’est pas exempt de défaut, le principal étant le placement publicitaire. Oui oui, vous avez bien lu, Kojima a osé mettre dans un jeu post-apocalyptique de la bonne vieille pub. A chaque retour dans votre chambre personnelle dans les différents abris, vous pourrez boire du Monster Energy pour vous requinquer ou encore voir une publicité pour « Ride with Norman Reedus » actuellement sur AMC s’afficher sur la salle de bain quand vous allez aux toilettes. Un gros point noir pour la cohérence dans ce monde pourtant si bien conçu.

En résumé, Death Stranding est un jeu magnifique au level design et au gameplay bien pensé. Son scénario est d’excellente facture et cohérent, tout comme son monde. Le mode multijoueur asynchrone présenté permet vraiment de soutenir le propos de connexion entre les gens et pousse le joueur a aussi pensé à l’autre. La musique, rarement présente est toujours là pour soutenir le propos du jeu ainsi que son superbe environnement. Ce jeu n’est définitivement pas pour tout le monde, les accros au shooting et à l’action non-stop n’y trouveront pas leur compte ainsi que les allergiques des cinématiques, mais il offre vraiment quelque chose de frais et novateur.

Les plus :

  • Une durée de vie importante (comptez environ 40-50h en ligne droite)
  • Une direction artistique et un scénario de très bonne facture
  • Des musiques magnifiques extrêmement bien choisies

Les moins :

  • Des placements publicitaires malheureux

Death Stranding
Editeur : Sony Interactive Entertainment
Développeur : Kojima Productions
Date de sortie : 08.11.2019 sur PS4 (été 2020 sur PC)
Plateforme : PS4

Death Stranding
4.0Note Finale