Mathieu Amalric

Mathieu Amalric

Dans le cadre de l’avant-première lausannoise de «L’Amour est un crime parfait», Daily Movies a eu le plaisir d’interviewer l’acteur Mathieu Amalric et l’un des frères Larrieu (Jean-Marie) qui a co-réalisé le film. Adaptation du livre « Incidences» de Philippe Djian, «L’Amour est un crime parfait» est la quatrième collaboration entre les frères et leur acteur fétiche.

– Cette avant-première c’est l’occasion de revenir à Lausanne. Qu’est-ce que ça fait de revenir sur les pas du tournage?
– Jean-Marie Larrieu : C’est assez troublant…On revient sur les lieux du crime en quelque sorte. On a aussi la sensation que le tournage c’était hier, et qu’on va retrouver le plateau.

– Mathieu Amalric : Pour ma part j’ai surtout envie de savoir ce que le film va provoquer ici chez les spectateurs ! Et cette projection c’est le seul moment où on peut retrouver certaines personnes de l’équipe. D’ailleurs beaucoup découvrent le film en entier aujourd’hui.

– Mathieu Amalric vous interprétez des rôles exigeants. Comment passe-t-on de Roman Polanski aux frères Larrieu en si peu de temps ?
– Je dirais que c’est les hasards de la vie. Il ne faut pas y penser et espérer que la mémoire fonctionne. Les derniers réalisateurs avec lesquels j’ai collaboré, Desplechin, Polansky et les frères Larrieu ne travaillent pas sur une forme naturaliste, et donc ne laissent pas de place à l’improvisation. Il faut donc impérativement savoir précisément le texte. Mais quand vous travaillez avec des cinéastes habités, qui ont leurs mondes, vous plongez dedans. C’est ça qui rend ce métier extraordinaire !

– Dans « L’Amour est un crime parfait » vous incarnez Marc, un personnage trouble qui tient un atelier d’écriture à l’Université de Lausanne. Il a des relations avec ses étudiantes et est soupçonné d’avoir assassiné l’une d’entre elles, Barbara. C’est un personnage complexe. Comment le décririez-vous?
– C’est un type qui se ment, qui est dans le déni. Il s’est créé sa carapace pour ne surtout pas s’engager dans le monde. Lorsqu’il tombe amoureux de la belle-mère de la disparue, Barbara, il va être submergé par des choses qui lui étaient inconnues, à savoir le sentiment amoureux et le plaisir physique. Et ça, il ne l’aurait pas soupçonné. Il est complexe et donc profondément humain.

Le trouble et la transgression sont des thèmes présents dans le film, notamment à travers la relation quasi incestueuse qu’entretiennent Marc et sa sœur (Karine Viard), mais aussi celle de Marc avec ses étudiantes. Pourquoi ces thèmes reviennent-ils souvent dans votre filmographie ?
– Jean-Marie Larrieu : Pourquoi je ne sais pas, mais ce sont des thèmes qui cinématographiquement nous intéressent, parce qu’on pense qu’il y a matière à faire du cinéma. Vous savez en général les obsessions mettent des années à être expliquées (rires).

– Arnaud et Jean-Marie Larrieu font souvent appel à vous Mathieu Amalric. On sait qu’une amitié vous lie, mais tout de même, vous êtes très bon ou les Larrieu sont loyaux ?
– Mathieu Amalric : Oh, je suis pratique. Comme je suis aussi réalisateur il y a certainement une complicité assez pratique…

– Jean-Marie Larrieu : Pour nous il n’y a pas qu’une question d’amitié. Ce qui est enthousiasmant ce sont les gens avec lesquels on peut dire qu’au fond, même si on se voit beaucoup dans la vie, on peut créer des choses ensemble.

– Mathieu Amalric : Oui c’est vrai, parce que sur un plateau l’amitié n’est pas importante. J’ai toujours aussi peur de les décevoir (rires).

– Jean-Marie Larrieu : «L’Amour est un crime parfait » est notre premier polar. Si on avait pris quelqu’un qu’on connaissait moins, on se serait senti moins concerné. Mais là, si on se dit que Mathieu est un criminel, on est obligé nous-mêmes de faire entrer le sujet en nous. De fait, il y a une peur partagée. Lui va devoir le jouer mais nous ça nous parle plus intimement, parce qu’on a choisi Mathieu dans le film.

– Dans le film, une étudiante (Sara Forestier) est très insistante à l’égard de Marc et pourtant, il ne cède pas. Comment l’expliquez-vous ?
– Mathieu Amalric : Parce qu’il commence à se connaître à ce moment là. Il sait que s’il cède elle va y passer. Il préfère sortir fumer une cigarette… Et puis il y a cette histoire d’amour qui a commencé à infuser en lui, avec la belle-mère de Barbara (Maïwenn).

– Jean-Marie Larrieu : Nous, par rapport au roman de Djian, on pense qu’il évolue, qu’il est passé à autre chose. Mais tu as peut-être raison… Marc est comme quelqu’un qui veut arrêter de fumer et qui finalement peut replonger à tout moment.

– Le film n’est pas moral, mais y a-t-il une morale derrière ce film qui est construit comme un conte surréaliste ? Les références à Bunuel et Breton le montrent bien…
– Jean-Marie Larrieu : Marc est un innocent coupable. Je dirais que la morale est plutôt de l’ordre de la conception des choses. Que finalement il n’y pas de noir ni de blanc et que la réalité a de multiples facettes.

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