I, Daniel Blake (Moi, Daniel Blake) De Ken Loach

Pour la 13ème fois de sa carrière, Ken Loach revient en sélection cannoise pour présenter « I, Daniel Blake », relatant les complications misérables d’un menuisier sexagénaire pris dans les aberrations administratives du Royaume-Uni contemporain.


Le réalisateur anglais n’en est ni à son premier coup d’essai, ni à sa découverte de la compétition cannoise. Il connaît les rouages et sait parfaitement comment satisfaire les attentes du festival. Du haut de ses 79 ans, le monsieur a déjà décroché le Prix du Jury en 1993 avec « Raining Stones », une Palme d’Or en 2006 avec « Le Vent se Lève », et connu plusieurs nominations en compétition. Ces dernières années avec « Looking For Eric » (2009), « La Part des Anges » (2012), ou encore « Jimmy’s Hall » il y a deux ans. Ken Loach revient cette année avec « I, Daniel Blake », drame social poignant qui pourrait bien obtenir son lot de récompenses.

I, Daniel Blake (Moi, Daniel Blake) De Ken Loach

Daniel Blake est menuisier à Newcastle. À la suite de problèmes cardiaques, l’homme de 59 ans se voit contraint de faire appel à l’aide sociale pour invalidité. Malgré l’attestation du médecin, Daniel est obligé de se mettre à la recherche d’un emploi afin de recevoir ses indemnités. Des complications misérables du protagoniste, Ken Loach joue la carte de l’humour et porte un regard critique sur le fonctionnement d’un système robotisé et inconscient de ses propres absurdités. Prenant le temps de poser la personnalité de son personnage et ses motivations, le réalisateur réussit d’emblée l’implication de son spectateur et l’empathie envers son protagoniste honnête, serviable, mais au caractère bien trempé. Ses incompréhensions face à sa situation, l’accumulation des problèmes, et son incapacité à s’adapter à une société restructurée dans laquelle la maîtrise des outils technologiques est indispensable, le rendent peu à peu attachant. Ses méandres le mèneront à la rencontre de Rachel, jeune mère célibataire de deux enfants, victime elle aussi des incohérences administratives, la poussant à déménager à plus de 400 kilomètres de Londres, sa ville natale, pour ne pas être placée dans un foyer d’accueil.

I, Daniel Blake (Moi, Daniel Blake) De Ken Loach

Daniel lui viendra immédiatement en aide, et la relation entre les personnages prendra peu à peu une tournure bouleversante. Ken Loach maîtrise le drame social et le déroule avec sobriété, intelligence et sensibilité. L’écriture et les dialogues percutants permettent une progression dramatique sans faille. Victime du fonctionnement capitaliste et du marché compétitif – à l’image de l’atelier éducatif sur le CV, risible et inapproprié à son audience – Daniel peine à se mettre au goût du jour et à comprendre les codes d’une société qui lui échappe. L’homme donnera tout son temps et misera ses espoirs déchus sur Rachel et ses enfants.

Partant d’une mise en scène sans artifices, le réalisateur excelle grâce à un sujet maîtrisé, ses personnages empathiques aux efforts vains, et un récit dont la montée en puissance fige le corps dans une émotion admirative.

Cannes 2016

Cannes 2016

I, Daniel Blake (Moi, Daniel Blake)
De Ken Loach
Avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan

Festival de Cannes 2016 : « I, Daniel Blake »
4.0Note Finale