La réalisatrice Mélanie Auffret (le T se prononce) peut être considérée comme l’invitée d’honneur du « Festival du Film Français d’Helvétie » car quelques heures après notre très cordiale entrevue, elle ouvrit le festival avec son excellent premier long-métrage « Roxane ».


Bonjour Mélanie et merci de prendre le temps de répondre à nos questions. Je commence avec la 1ère, dans le générique de fin une personne est mentionnée comme « Renfort caquètement Roxane ». C’est-à-dire ?
Merci, je vois que vous avez bien regardé le générique. Vous êtes resté dans la salle jusqu’au bout et c’est bon signe. Oui, on a vraiment enregistré pour que « Roxane » existe, mais sans tomber dans le côté burlesque. Qu’on ait l’impression qu’elle répond à Guillaume (De Tonquédec), comme un être humain avec son chien. Donc tout ceci passe par les caquètements. En fait, on a enregistré 12 poules de races différentes. Mais comme j’avais des intonations en tête, y a eu Geneviève Petit qui est venue en renfort. Mais c’est vraiment du petit détail. Et si on regarde bien le film, « Roxane » a son oui, son non, son pourquoi…

« Roxane » est né de plusieurs idées et envies personnelles, comme votre court-métrage « Sois heureuse ma poule ». Il relate entre autres la défense de projets parfois fou. Mais du coup, comment avez-vous défendu le vôtre pour le concrétiser ?
Y a eu donc mon court-métrage qui a été repéré par mes producteurs qui m’ont demandé si j’avais une idée d’un rapport entre une version longue et courte. J’avais répondu « Oui, évidemment ». Mais en fait, je n’en avais aucune. Comme mes grands-parents étaient agriculteurs, je suis retourné à leur ferme pour mon projet. Un matin, un agriculteur m’a confié qu’il avait une passion secrète pour le théâtre et la poésie mais qu’il n’osait pas prendre de cours et qu’il avait peur qu’on se moque de lui. Mais c’était surtout un manque de temps avec son métier. Mais finalement, il s’est trouvé un public qui sont ses vaches. Ce qui est super avec elles, c’est qu’elles adorent ça et surtout, ne jugent pas. Cette histoire était incroyable pour moi. Et j’ai senti que ma genèse partirait de là. Le plus important quand on fait un film, c’est de se convaincre en premier. A partir là, on doit donner envie aux gens.

Le personnage principal porté par Guillaume De Tonquédec aborde une splendide et remarquable moustache qu’il a laissé pousser pour l’histoire. Mais d’où est venue cette idée originale lui allant si bien ?
C’était formidable parce que pour un premier film, je me suis lancée plusieurs petits défis. Dont, celui de casser l’image de Guillaume (De Tonquédec) qui a un peu celle du gendre idéal. On le connaît beaucoup dans ce registre et je lui ai envoyé des reportages que je souhaitais qu’il voie pour son rôle. Et dans le lot, il y avait un reportage bouleversant d’un agriculteur perdant sa ferme et qui portait une telle moustache… On s’est donc basés sur cette idée, qu’on a aussi pris comme défi, tout en évitant de se moquer des agriculteurs. Il fallait juste qu’il soit crédible et on a fait quelques essais moustaches, jusqu’à celle du film. Comme Guillaume s’investit aussi beaucoup dans ses rôles, on a fait un stage agricole dans l’exploitation de mes grands-parents. Je lui avais aussi demandé de prendre du poids pour qu’il apporte ce côté un peu joufflu.

A ses côtés, une étoile montante… « Roxane ». Mais en fait, qui est « Roxane » ?
L’histoire que je me suis racontée sur « Roxane », c’est qu’elle est une poule d’un ancien lot qu’il a gardé et avec qui il a tissé un lien comme avec un chien. Elle l’accompagne partout, comme un agriculteur avec son chien. « Roxane » est donc sa confidente. La poule est un animal super, pas assez mis en valeur par rapport aux vaches par exemple. Je suis justement là pour crier justice et dire non, les poules sont intelligentes et superbes comédiennes. Elles sont très expressives et photogéniques. C’est assez incroyable.

Du coup, comment s’est passé le tournage avec toutes ces poules ?
En fait, c’est à nous de nous adapter à elles. Ce sont des comédiennes quand même exigeantes. Mesdames n’aiment pas trop le soleil par exemple. Y a eu une grosse préparation et tout le travail s’est fait en fonction d’elles. C’était très drôle.

 

Votre film dénonce des problématiques au niveau de la surconsommation, des prix entre éleveurs et acheteurs. Est-ce que vous avez voulu dénoncer l’un de ces sujets ? Et si oui, pourquoi ?
C’est vrai que je me suis emparée de ces sujets parce qu’il se peut se passer des choses terribles ce milieu. Y a un agriculteur qui se suicide presque tous les jours. Je pense qu’il faut l’évoquer. Après, ça me tenait à cœur d’en parler, mais en montrant aussi de l’espoir et des choses positives dans nos campagnes. Et qu’il y a de la solidarité. Par mon jeune âge, j’ai aussi envie d’être optimiste pour ma génération et celles du futur. Je me suis certes, approprié un sujet qui peut paraître assez dur, mais j’avais envie d’y apporter de l’espoir.

Et pour terminer, quel est votre plan favori de votre réalisation et pourquoi ?
Oh, merci pour cette question. C’est la première fois qu’on me la pose et pourtant, j’ai fait beaucoup d’interviews pour la promotion de mon film. Je réfléchis… Pour le plan du « non merci » à la fin. Quand on commence à réaliser, on a envie de faire quelque chose d’extraordinaire avec des travellings…, et plus on s’approche du comédien, plus l’émotion s’en ressentira… De quoi s’emballer un peu, surtout après avoir fait quelques prises du genre. Jusqu’à ce que mon chef opérateur me conseille de faire une prise toute simple. Finalement, je décidai de la faire sur Guillaume et c’est la seule qui est dans le film ainsi parce qu’il est extraordinaire. C’était génial.

Roxane
FR – 2018 – Comédie
Réalisateur: Mélanie Auffret
Acteur: Guillaume de Tonquédec, Léa Drucker, Lionel Abelanski, Kate Duchene, Liliane Rovère, Michel Jonasz
Pathé Films
12.06.2019 au cinéma