Dernier tango à Genève
Vous l’aurez deviné, avec ce titre qui fait « subtilement » référence à un classique du 7ème Art, le pays mis à l’honneur de l’édition 2014 du FILMAR est l’Argentine, peut-être la nation la plus intéressante d’Amérique du Sud au niveau cinéma (mais ce n’est que mon avis). Sara Cereghetti, directrice du festival, nous détaille une programmation qui ravira le plus exigeant.

– L’Argentine est un « sacré morceau » cinématographiquement parlant, comment faire une sélection qui lui rende justice ?
– Oui, le cinéma argentin est un « sacré morceau », on pourrait presque lui dédier chaque année un focus, tant sa production est généreuse, remarquable, inventive avec un langage propre. Elle occupe désormais la cour des grands. Comment faire une sélection qui lui rende justice ? En commençant par laisser de côté l’ambition de lui rendre justice : je suis persuadée que mon travail de direction artistique consiste en créer des liens, assembler des pièces, construire un discours, proposer un voyage. Et il s’agit bien là, d’emprunter un chemin, tout en sachant que pleins d’autres chemins possibles existent. Nous avons choisi de suivre un fil rouge, celui d’une expérience qui joue avec la notion de frontière. Nous avons donc imaginé le focus cinéma argentin de cette 16ème édition d’abord comme une expérience dialogique entre le passé et le présent, entre films emblématiques de différentes époques et films contemporains. Un dialogue qui donne les clefs pour la traversée des quarante-quatre longs-métrages, du moyen-métrage et des douze courts-métrages proposés dans les différentes sections de notre programme. Notons entre autres « Invasión » (1969) d’Hugo Santiago, dans une veine cinéma social, « Los inundados » (1962) de Fernando Birri, et « Crónica de un niño solo » (1965) de Leonardo Favio, considéré par de nombreux experts comme le meilleur film de l’histoire du cinéma argentin. Des films plus récents seront aussi proposés, comme « Mundo Grua » (1999) de Pablo Trapero ou « Tan de repente » (2002) de Diego Lerman.

– La musique a toujours eu une large place au FILMAR, sera-ce aussi le cas avec le pays du tango comme focus ?
– Le tango argentin ne manquera pas dans notre section « Sur les notes du cinéma » avec laquelle nous invitions le public à un voyage musical aux quatre coins du continent latino-américain. Le bijou est sans doute dans la composition d’une séance double où vous pourrez découvrir le film « Así cantaba Gardel » (Eduardo Morera, 1935) et « Pichuco » (Martín Turnes, 2014). Mais notre voyage musical se fait aussi au Brésil, à Cuba et au Pérou : trois documentaires et une fiction peignent les traditions musicales de ces trois pays.

– Vous proposez aussi une exposition du fameux personnage de BD argentin Mafalda ? Pourquoi ce choix ?
– Parce que nous aimons voir les mondes en dialogues, et FILMAR essaie toujours de faire rencontrer le cinéma avec d’autres disciplines ou expressions artistiques. Depuis plusieurs années nous habitons les lieux des projections avec des expositions qui soient dans un lien direct avec le pays invité de chaque édition. Une fois choisi le cinéma argentin comme invité d’honneur, c’était une évidence que nous ne pouvions pas ignorer que Mafalda fêtait cette même année son 50ème anniversaire et qu’une exposition itinérante (« Mafalda, une petite fille de 50 ans ») lui rendait hommage à La Maison des Arts du Grütli. Mafalda (créée par Quino en 1964) est un personnage qui a eu un grand impact en dehors de l’Argentine et de l’Amérique latine et notamment en Europe et au Canada. Une figure critique et éthique qui interroge sa réalité et les enjeux politiques et sociaux de son pays et du monde qui gravitent sous ses pieds, tout en réunissant public jeune et moins jeune. Tout cela… c’est bien l’esprit de FILMAR en América Latina aussi.

– La mort de Gabriel García Márquez en avril donnera aussi lieu à un hommage…
– Ce grand de la littérature mondial, le père du « réalismo mágico », auteur de classiques et d’imaginaires dont presque tout le monde a au moins entendu parler, est décédé cette année. Ce que peut-être moins de personnes savent, c’est que sa vie d’écrivain a toujours côtoyé le cinéma. Une sorte d’attraction fatale entre le 7ème art et le jeune Garcia Márquez – conquis par le néo-réalisme italien et par Sofia Loren – et qui dans sa carrière de journaliste consacra une grande partie de son travail à la critique cinématographique. L’hommage dans nos salles, se fera par la projection de trois films, résultats d’une adaptation à l’écran de ces textes : « Del amor y otros demonios » (Hilda Hidalgo, 2009), « Erendira » (Ruy Guerra, 1983), et « El coronel no tiene quien

– Y’a-t-il des nouveautés dans vos sections ?
Pas de Festivals sans nouveautés ! Oui, deux grandes nouveautés pour cette 16ème édition : un nouveau nid pour les cinéphiles du futur et un espace inédit pour les formats courts. Avec « FILMARcito, Le Festival Des Petits » nous inaugurons cette année un nouveau programme dédié aux enfants (de tous âges !). Avec « FILMAR EN COURTS, Petit format, grands talents », nous lançons une incursion dans le monde des courts-métrages, en collaboration avec le Festival International de Film de Fribourg (FIFF).

– Un conseil à une personne qui viendrait découvrir le FILMAR pour la première fois cette année ?
– Suivre son intuition ? Nous faisons un travail de sélections, d’édition, nous organisons notre proposition en sections, nous les accompagnons de quelques mots, nous donnons des pistes… Mais ça ne reste que des pistes. Alors, j’invite cette personne qui viendrait découvrir FILMAR pour la première fois à se laisser séduire par une image, par le son de certains mots, ou par un titre.

16ème FILMAR en América Latina !
Genève, Lausanne, Neuchâtel, Annemasse, Gex…
Du 15/11 au 30/11

www.filmaramlat.ch

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