Rencontre avec le réalisateur philippin Joselito O. Altarejos que nous avons eu le plaisir de croiser lors du Black Movie 2019.


« Gino and Marie » du réalisateur Joselito O. Altarejos est un film avec un sujet fort où il est question de la dignité humaine et de comment chacun la définit. Dans un pays où la religion est importante et omniprésente, les dérives et le libéralisme sexuel côtoient souvent la détresse humaine qui oblige souvent à mettre de côté notre dignité humaine pour s’en sortir. Pour Gino et Marie qui doivent s’en sortir via la prostitution et le porno, elle consiste dans le fait de ne pas accepter certains actes sexuels. Pour Gino, c’est le refus du sexe oral et de la pénétration alors que pour Marie, c’est le fait de ne pas être embrassée sur la bouche. Mais tout cela va être remis en question lorsqu’ils partent ensemble pour un nouveau travail. Un travail avec beaucoup d’imprévus et qui va remettre en question toute leur dignité, ce qui peut sembler paradoxale pour le milieu pornographique, mais les choses ne sont jamais simples dans la vie !

Votre film aborde des sujets forts tels que le sexe, la pornographie et la précarité. Ce qui marque beaucoup dans le film est la relation qui se créé entre les deux protagonistes, et nous sommes très curieux quant au fait de savoir comment vous définiriez cette relation.
Cette relation entre Gino et Marie est née d’une expérience très tragique. Vous savez, quand deux personnes traversent la même épreuve un lien se créé et je suppose qu’ils peuvent soit rester amis pour le restant de leur vie soit s’oublier. Mais le lien perdurera toujours.

Est-ce que Gino ne serait pas un peu amoureux de Marie ?
Gino n’est pas amoureux de Marie, mais Gino aime beaucoup Marie, à ce moment-là. On le voit à sa façon de regarder Marie et comment il la traite. Il est doux, quand ils ne tournent pas de porno. Après le tournage, il la caresse, la couvre…

On imagine que ça a dû être assez éprouvant pour les acteurs de passer de scènes de sexe très intense pendant les pornos à des scènes beaucoup plus douces et émotionnelles. Comment se sont-ils préparés à cette dualité ?
Pour chacun de mes films, nous faisons des sessions de Workshop. Pendant ces ateliers, je détaille chaque personnage, et je leur fais prendre conscience de tout ce qu’ils auront à traverser pendant le tournage. Donc ils étaient préparés à tout ça.

Dans vos films, le sujet de la sexualité est très souvent abordé, est-ce pour vous un moyen de dénoncer certains problèmes de la société ou est-ce que ce sont des scènes que vous aimez particulièrement porter à l’écran ?
La majorité de ma filmographie aborde des sujets concernant les LGBT et presque tous ont des scènes de sexe. L’un de mes films a d’ailleurs une scène de sexe de 15 minutes. C’était un très beau plan et vraiment 15 minutes du début à la fin. Pour moi, le sexe fait partie intégrante de l’humain. JE veux montrer comment les personnages réagissent à cela, c’est une expérience très intime que l’on partage avec d’autres et après avoir partagé ce moment soit on aime l’autre ou pas… C’est aussi une forme de subversion pour moi. On peut dire que les Philippines, c’est une sorte de société hypocrite ou nous semblons assez conservatifs et religieux, mais en même temps nous ne le sommes pas. J’essaie de pousser ça et de pousser mes spectateurs et moi-même ainsi que mes acteurs à faire des choses et à voir des choses qui donnent à réfléchir.

La religion est effectivement très présente aux Philippines, comment vos films sont-ils accueillis ?
Mes autres films ont gagné des prix dans des festivals et dans d’autres organismes mais certains n’aiment pas ça. Spécialement, pour ce film-ci, ils n’ont jamais vu quelque choses dans ce style aux Philippines et je pense qu’il y aura des réactions assez fortes de la part de différents groupes. Mais je suis prêt, j’ai fait le film, je suis prêt !

Comment se passe votre séjour à Genève ?
Il fait si froid ! Mais je commence à aimer ça, maintenant ! Je suis ici depuis trois jours, hier, j’ai eu un coup de déprime, il fait très froid… Et ce matin, je me suis promené au bord de l’eau et j’ai aimé ça. Je crois que je commence à aimer le froid maintenant. J’ai un truc avec l’hiver, tous les festivals sont en hiver, les Berlinales, quand je suis allé à New York pour un festival, c’était aussi en hiver… Mais j’aime Genève parce que je peux marcher, c’est une ville très piétonne et très propre, j’aime beaucoup !

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes directeurs ?
Je reviens toujours à ce que Werner Herzog, le directeur allemand a dit lors de sa Masterclass, il dit : les réalisateurs devraient lire et marcher. Lire, car cela élargit ton horizon et t’apprend à te concentrer et nous avons besoin de ça, car faire un film est une expérience très bruyante, c’est collaboratif, mais à la fin en tant que directeur, tu dois avoir la discipline d’arriver à te concentrer sur les choses qui comptent quand tu tournes, quand tu écris quand tu édites, tu dois réussir à te concentrer et lire aide à ça. La seconde chose, tu marches, car nous écrivons des histoires sur la vie et nous devons nous en imprégner sur le terrain, tu dois marcher sur le sol dont tu parles et interagir avec les gens dont tu parles. Je reviens toujours à ça.

Gino and Marie
Philippines – 2018 – 91min
De Joselito O. Altarejos
Avec Angela Cortez, Oliver Aquino
Solar Entertainment Corporation

[Interview réalisée en collaboration avec Deborah Pinto]

A propos de l'auteur

Depuis des nombreuses années, Carlos Mühlig met son savoir faire journalistique et en matière de communication au service de sa passion pour le 7ème art.

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