Après 57 ans passés sur les plateaux de cinéma, l’acteur américain Robert Redford tire sa révérence. Sûrement pas le meilleur film de sa carrière, « The Old Man & The Gun » exploite néanmoins la symbolique de cet adieu.


Robert Redford n’est pas un de ces acteurs qui mentiraient sur ses projets de carrière pour s’attirer le feu des projecteurs. Ce n’est pas son genre. Et pourtant, on aurait préféré qu’il blague en 2016 en disant « être fatigué du métier ». Personne ne s’attendait à une telle annonce, lui qui appartient au cercle du cinéma depuis le début des années 60. À nouveau questionné sur le sujet en août 2018, il confiait, moins catégorique, au Parisien : « Si je prends ma retraite, je devrais simplement prendre mes distances avec le jeu d’acteur, sans bruit ». Robert Redford a confirmé son retrait lors d’une Masterclass à Paris en février dernier.

« The Old Man & The Gun », (littéralement « Le vieil homme et l’arme »), un peu bizarre comme titre pour un dernier film avec Robert Redford, non ? Et puis un titre qui évoquerait quoi d’abord ? Le temps qui passe…? Une vieille star du western qui poserait les armes…? La fin d’une époque…? Et puis que dirait-on du revolver dont il est question tout au long du film, mais dont le personnage principal ne se sert même pas ? Y aurait-il un parallèle entre ce personnage et son interprète à l’écran ? En tout cas, on ne peut pas réduire Robert Redford à quelque chose qu’il n’est pas, ne serait-ce que pour nos souvenirs de cinéma. Car Robert Redford n’est pas vieux. Même son visage d’octogénaire marqué par le temps ne suffira pas à le qualifier de la sorte. Car c’est aussi cela la magie du cinéma. Des acteurs qui durent. Ces acteurs qui aiment leur métier, qui aiment raconter des histoires et parfois partager leurs propres histoires.

À première vue, il est vrai, Robert Redford n’a rien à voir avec le braqueur de banque Forrest Tucker qu’il incarne dans « The Old Man & The Gun« . Aux allures de comédie policière, ce film retrace l’histoire extraordinaire de ce criminel américain, dont le parcours avait déjà été raconté en 2003 par le journaliste David Grann, dans un article paru dans The New Yorker. Costume-cravate, chaussures cirées, chapeau de cow-bow, fausse moustache, revolver planqué sous le manteau et mallette à la Thomas Crown, ce bandit futé que seule la passion des hold-ups motive, n’a en rien le profil du méchant. Même plutôt celui du gentleman, d’ailleurs. Régulièrement jeté sous les verrous, Forrest Tucker parviendra à s’évader de prison 18 fois au courant de sa vie. Une course folle qui s’arrêtera finalement en 2004, lorsque le criminel décédera à l’âge de 83 ans au Centre médical fédéral de Fort Worth, au Texas.

Mis à part peut-être ce côté « gentleman », tout semble séparer le rôle de son interprète. Mais sachant qu’il s’agit du dernier dans la carrière de l’acteur, ce film a une résonance particulière. Et les parallèles sont bien là. Comme une rétrospective symbolique. Un clin d’œil à l’ensemble de sa carrière, où les images défilent. Au milieu du récit, des photos en noir et blanc de Redford, la quarantaine, pour y évoquer la jeunesse de Tucker. Puis ensuite, l’extrait d’un de ses films pour illustrer l’énième évasion du bandit. Ne dit-on pas qu’il y a une part de l’acteur dans chacun des rôles qu’il incarne à l’écran ? À trop se ressembler, Redford et Tucker finissent pas se confondre.

Traqué comme dans « Les Trois Jours du Condor » (1975) ou « Sous surveillance » (2013), cet « old man » a toujours la longueur d’avance du personnage de Sonny dans « Le Cavalier électrique » (1979). Une avance motivée par un besoin de liberté. À la fois séduisant et sûr de lui, on y retrouve le gentleman de « Proposition indécente » (1993). Fou de cette liberté symbolisée par de vastes paysages de campagne américaine, où les chevaux demeurent à portée de main, la nature en havre de paix s’oppose au fric, aux armes, à la police et aux murs pénitenciers qui, comme dans « Brubaker » (1980), ne parviennent pas à intimider Redford. Forrest Tucker a lui-même fait de la prison une véritable « Arnaque » (1973) en ayant toujours eu – ou presque – cette même longueur d’avance sur ceux qui le pourchassaient.

Quant aux raisons qui motivaient ce bandit à enchaîner les braquages, ce dernier répondait : « Cela n’a rien à voir avec le fait de gagner sa vie, mais celui de la vivre !« . Tucker comme Redford ont été motivés par la même passion. Le goût du risque, de la ruse, le plaisir du jeu. L’acteur, lui, n’attendra pas la fin pour mettre un terme à sa longue carrière. Peut-être est-ce aussi la durée relativement courte du film – 1h30 – qui déstabilise et donne cette impression de récit inachevé. Et surtout, d’un film trop court pour une sortie de scène !

Les quelques seconds rôles n’ont pas le temps d’être développés. Peut-être est-ce voulu justement… Un récit tourne autour de Redford comme pour le glorifier. Rendre hommage à celui qui quitte le rang de ses semblables. Mais l’artiste en cache un autre. Il poursuivra sur le chemin de l’art. Un art qui le titille depuis l’âge de 18 ans : « Même s’il ne faut jamais dire « jamais », peut-être qu’il est temps pour moi de me retirer et de me consacrer à ce dont je rêvais avant de devenir acteur : être peintre ».

The Old Man & the Gun
USA  –   2017   –   123 Min.   –   Drama
Réalisateur: David Lowery
Acteur: Robert Redford, Sissy Spacek, Tika Sumpter…
DCM
17.04.2019 au cinéma

"The Old Man & The Gun" : dernier Redford !
3.0Note Finale

A propos de l'auteur

Amoureux du film « American Gigolo », ses parents la prénomme en hommage à l'actrice Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, plus tard, comment rester indifférente face au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep prolonge sa culture en menant des études universitaires de cinéma. Omniprésent, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme. Preuve indélébile de sa passion, celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : « L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall ! ». Ça fait classe ! ;)

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