Stephen Walker est un réalisateur de documentaires anglais confirmé qui travaille pour la télévision anglaise. Cet entretien téléphonique nous a permis de découvrir comment il a abordé ce projet.

Stephen Walker

Stephen Walker

Pouvez-vous présenter votre parcours en quelques mots ?
Et bien j’ai déjà quelques documentaires derrière moi (ndlr : 23 pour être exact) et je travaille surtout pour la BBC et Channel Four au Royaume-Uni. Mes travaux les plus « reconnus » sont sans doute « Hiroshima – A Day That Shook The World » et « Faking It : Punk to Conductor ». J’ai un peu touché à la fiction TV aussi et j’ai écrit deux bouquins sur deux de mes documentaires.

Comment avez-vous choisi cette histoire ?
Je suis allé à Londres voir le spectacle avec des amis et je n’étais pas super emballé : je trouvais le concept un peu facile voire même potentiellement assez naze. Et finalement le concert m’a scotché ! Les reprises choisies sortaient de manière totalement différente, les interprètes étaient bons et donnaient un nouveau sens, un nouveau feeling à ces chansons. Je suis reparti emballé en me disant qu’on faisait tellement peu de films sur les personnes âgées que ça pourrait être un bon sujet, montrer comment la musique les révèle. Et j’y ai aussi vu une façon de connecter l’ancienne et la nouvelle génération, avec la musique comme lien.

Quel point de vue vouliez-vous prendre à la base ?
Je voulais surtout me tenir à un angle plus musical que social. C’est un documentaire sur les changements que la musique apporte à des personnes âgées, avec des moments intimes où on en apprend plus sur leur vie et leur soif de vivre. Mais surtout on voit comment ils modifient des morceaux rock ou punk, les rendant différents et parfois meilleurs. Je trouve leur « Purple Rain » meilleure que l’originale (rires).

Quand on voit les chansons choisies par le chef d’orchestre Bob Cilman (« Sedated », « I Feel Good », « Should I Stay or Should I Go ? »…), ne pensez-vous pas qu’il y met un sens caché ?
Bien sûr ! Par exemple, « Sedated » est une attaque punk qui résonne parfaitement avec leur vie en EMS. Ce choix de style leur permet de parler de leur quotidien en rentrant dans des univers différents.

Comment avez-vous géré le rythme du film : l’équilibre entre joie et peine, chants et discussions, collectif et intime ?
C’est une bonne question qui aborde un point crucial du montage. En fait, on a dû beaucoup planifier, avant même cette étape. On a dû équilibrer le tournage entre le chœur comme un tout et le temps avec des personnages seuls. On a choisi quatre-cinq « héros » pour être plus proche, sans toutefois perdre l’image d’ensemble. Et en parallèle on a alterné les phases de répétitions musicales avec des tête-à-tête et des clips qui montraient un peu mieux le résultat de ce travail.

Ça a été difficile de garder la distance du documentariste avec des gens si épatants ?
C’est un travail très dur. Il faut créer un lien pour pouvoir avoir des moments intéressants, mais si on va trop loin on perd la vue d’ensemble. Surtout que dans ce cas il y a eu des décès de gens avec qui j’étais devenu proche et qui m’ont presque fait arrêter le tournage. D’ailleurs Bob Cilman a presque arrêté de parler après la mort de Joe Benoit, un membre très aimé du groupe, et même si ça se mettait en travers du film, on a dû respecter cela. Mais dans nos moments de doute, le chœur a toujours poussé pour que l’on continue : « life goes on ».

D’ailleurs j’ai été surpris par le finalement petit nombre de moments vraiment lourds et tristes dans le film et surtout très frappé par la façon dont ces anciens parlent de la mort, de comment ils ne veulent pas encore « voir la lumière ». C’est un film résolument optimiste ?
La vie est pleine de surprises et on ne sait pas ce qui nous attend au prochain coin de rue, il y a toujours une expérience à vivre. Et ces gens le savent mieux que quiconque, donc l’équilibre du film reflète cela. Ils ont toujours la force de rebondir, c’est très impressionnant.

Que pensez-vous que le public retirera de la vision de ce documentaire ?
Ils prendront ce qu’ils veulent. Mais avec le recul de plusieurs mois d’exploitation aux USA, je sens que les gens, jeunes et moins jeunes, en retirent de l’inspiration.

Quels sont vos prochains projets ?
En tout cas pas quelque chose sur les vieux ou la mort (rires) ! Je reçois maintenant plein de scripts d’Hollywood à ce sujet… J’ai toujours besoin de changer donc je vais partir sur quelque chose de totalement différent, mais je ne sais pas encore ce que c’est.

Young@HeartYoung@Heart
De Stephen Walker, avec Bob Cilman et de pétillants retraités.
Ascot Elite Entertainment
Sortie : 24/12

 

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