Peut-on tout vendre, même l’immatériel ? Dominique de Rivaz se pose et nous pose la question.

Dans la ville allemande imaginaire de Hamlin (c’est pas du pipeau), trois jeunes sans domicile survivent dans la rue comme ils peuvent. Il y a Filou, le rêveur gentil et effacé, qui semble bien trop sensible pour ce monde brutal ; Moritz le frondeur insouciant qui prend la vie à la rigolade et Liocha, clandestin russe plein de bonne volonté, trimballant toujours sa poule Gerdi. Chacun a trouvé un créneau pour ramener quelques sous : Filou promène des chiens pour des gens pressés qui n’ont pas le temps de le faire, Moritz teste des médicaments et Liocha vend sa semence à la banque du sperme. Pour manger, rien de tel qu’un don du sang, qui permet de récupérer un casse-croûte.

Cette vie de bohème va prendre un tournant tragique lorsque Filou rencontre à un internet café un cadre au chômage désespéré qui lui montre le système des sites d’enchères et comment on peut y vendre n’importe quoi : les nuages, un fantôme… Son imagination fertile travaille et il imagine un moyen facile de faire de l’argent. L’idée emballe Moritz qui décide de mettre sa vieillesse aux enchères, lui qui vit au jour le jour et ne se voit pas vieillir. Liocha quant à lui va vendre ses souvenirs de jeunesse, qui sont loin d’être joyeux. Quant à Filou, il reste discret sur ce qu’il a mis aux enchères. Pourtant c’est lui qui va être le plus transformé par la transaction.

Luftbusiness : Dominique Jann, Tómas Demarquis et Joel Basman

Luftbusiness : Dominique Jann, Tómas Demarquis et Joel Basman

Sur une idée intéressante, la suissesse Dominique de Rivaz nous offre une fable poétique portée pas son épatant trio d’acteurs. Malgré quelques longueurs et un récit qui s’étiole vers une fin un brin confuse, l’univers créé est marquant (bravo au directeur artistique Stéphane Lévy). La froideur de la City s’oppose au côté organique des squats des pauvres et on remarque l’omniprésence du verre plus ou moins transparent, plus ou moins propre, comme un symbole des échanges. Une scène marque : lorsque le masque du clown Mo se fissure et qu’il raconte que s’il rit tout le temps c’est parce que s’il devrait prendre sa vie au sérieux, il craquerait. Voilà un film dont la thématique prend une acuité particulière en ces temps de crise financière et de remise en cause d’un système capitaliste qui a oublié l’élément central de son fonctionnement : l’humain. L’essentiel ne se trouve pas dans ce que nous désigne la société de consommation.

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De Dominique de Rivaz
Avec Tómas Demarquis, Dominique Jann et Joel Basman
CAB Productions
Sortie : 21/01

Luftbusiness
2.5Note Finale

A propos de l'auteur

se promène souvent dans les bois avec un tronc d'arbre sur l'épaule. Aime respirer l'odeur du napalm au petit matin. Et quand il tire, il raconte pas sa vie !

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