Les années Reagan : les démocraties face à l’Empire du Mal, les livraisons d’armes aux contras, l’intervention à Grenade et à Panama, le soutien inconditionnel à Israël dans son invasion du Liban… que du bonheur. A cette époque, il n’y avait pas encore Fox News pour expliquer la ligne gouvernementale au bon peuple, mais il y avait la Cannon et Chuck Norris !

ODE À CHUCK
Menahem Golan et Yoram Globus, fondateurs de la légendaire société de production Cannon, deux authentiques progressistes qui nous ont inondés de quelques-uns des plus bons fleurons du cinéma d’action réac’ des années 80, vont donner à l’Amérique triomphante le héros dont elle a besoin : l’indestructible Chuck Norris, avec ce pur chef-d’œuvre qu’est « Invasion USA ». Tout est dans le titre : imaginez que la pire racaille communiste débarque en Amérique pour y foutre le souk. Seul un vrai héros peut venir remettre de l’ordre dans tout ça… Chuck bien sûr ! La caméra, elle, est confiée à un des yes-men attitré de la Cannon, Joseph Zito, par ailleurs responsable du premier « Portés Disparus ».

« Invasion USA » est avant toute chose un film dont la principale vocation est de nous montrer Chuck Norris dans toute sa gloire, et ses fans ne vont pas être déçus. Chuck est Mike Hunter, ancien super agent spécial de la Compagnie qui goûte une retraite bien méritée dans sa petite cabane des Everglades à taquiner l’alligator à main nues avec son pote indien et son tatou domestique. Un vrai mec quoi.

Mais, tapie dans l’ombre, l’hydre communiste internationale ourdit un mauvais coup. Le vieil ennemi de Chuck, l’ignoble Mikhail Rostov (joué de façon totalement hallucinée et psychotique par cette pure tronche de Richard Lynch, second couteau légendaire) ne prépare rien de moins que l’invasion des Etats-Unis. Réunissant la pire racaille bolchevique antiaméricaine (du Latinos à cigare, de l’Asiatique impénétrable, du Ruskoff sadique, de l’Arabe fanatique), il débarque sa petite armée sur les côtes de Floride dans des péniches de débarquement de la Seconde Guerre Mondiale !

Invasion USA

Invasion USA

ONE MAN ARMY
Mais Rostov a peur de Hunter, car c’est le seul qui ait réussi à l’arrêter dans le passé. Alors avec une escouade de tueurs, il débarque dans les marais où vit Chuck, fait sauter sa bicoque, tue son pote indien et blesse son tatou (mais, en grand professionnel, ne vérifie pas s’il a bien tué le héros !). Evidement ça énerve un peu Chuck, qui plisse les yeux un peu plus fort pour bien montrer qu’il n’est pas content et qu’il prend les choses en main.

Et là le film bascule dans le plus parfait n’importe quoi. Chuck file tout droit voir un contact qui lui donne direct l’adresse d’un des hommes de Rostov. Là, après lui avoir cloué la main à une table avec son couteau, il lui demande où est Rostov, mais n’attend même pas que l’autre lui ait répondu pour repartir ! Comme un type tente de s’interposer, Chuck assène deux répliques d’anthologie : « Toi, tu te casses ou tu vas repartir avec la bite dans un tupperware. » Et comme l’autre insiste : « Toi, tu commences à me baver sur les rouleaux ! ». Et de lui filer une trempe.

Dès lors, le scénariste part en vacances et le film se contente d’aligner les scènes d’action sans queue ni tête. Chuck, la chemise en jean ouverte sur son torse velu, plus monolithique que jamais, se contente de patrouiller dans son pick-up en ville en jetant des coups d’œil de droite à gauche pour repérer immanquablement toute action suspecte. Vous vous souvenez de ce cartoon de Tex Avery où le loup court jusqu’au pôle nord pour échapper à Droopy ? Ben là c’est pareil, dès que les terroristes commencent une action, Chuck leur tombe dessus (avec autant d’expressivité que Droopy d’ailleurs) et au lieu de leur dire « Bouh ! » les extermine avec ses deux micro-Uzis en bandoulière. Chuck est toujours au bon endroit au bon moment, à croire qu’il a inventé la téléportation.

Clou du film, la confrontation finale se traduira par un duel de type western… au lance-roquettes ! L’occasion pour Chuck de lancer un dernier petit « C’est fini pour toi Rostov ! » avant de le transformer en confettis. Un grand cours d’éducation civique testostéroné par l’ami Chuck !

[Richard Tribouilloy]
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