Arthur Fleck est tourmenté. Le monde dans lequel il vit semble rempli d’inconnus méfiants et tristes. Personne ne fait attention à autrui à moins d’en tirer un bénéfice. Suivi par une assistante sociale autant démunie que lui, Arthur va se perdre dans les méandres de la folie urbaine au bénéfice de la sienne. À la mort de sa mère, les limites explosent et il va rapidement entrer dans le bain de ses pulsions innocentes mais destructrices pour les autres comme pour lui.

Enfin une explication de la nature du fameux Joker de DC qui est respectueuse de l’idée du passé trouble du personnage que les fans se font. Adopté, maltraité et mentalement abîmé, l’ennemi le plus vivace de Batman est ici traité avec déférence et affection. Joaquin Phoenix a compris et aimé le personnage aussi bien voir peut-être mieux que son prédécesseur Heath Ledger et ce n’est pas peu dire. Il a su, avec l’aide du réalisateur Todd Philipps, faire naître une légende du crime à Gotham en gardant la part d’ombre qui motive la curiosité du public à son sujet sans vraiment la dévoilée.

C’est un véritable tour de force. Ceux qui admirent le Joker verront leur amour amplifié pour leur idole et ceux qui le craignent en nourriront leurs cauchemars. Cette version romanesque et fragile en tous points du Joker, creuse le fossé entre sa perception de la société et la société elle-même. Sa folie est considérée comme toutes les autres folies par rapport à la norme qui la rejette. La transfiguration est bluffante et les traits de Joaquin Phoenix disparaissent rapidement pour laisser place uniquement à ce super vilain.

Comme si le Joker absorbe réellement tous ceux qui osent s’aventurer dans le labyrinthe de son cerveau endommagé par les traumatismes de sa vie. Oui, le Joker est le produit de la souffrance et la main de la vengeance ingénue, mais également le sacré de la pulsion originel et reptilienne psychiatriquement parlant. De sa naissance à l’âge adulte, son parcours est jalonné de mensonges et de trahisons multiples.

Quoi de plus naturel alors que de se murer dans un rôle de clown, cette icône de la tristesse déguisée en joie ? Thèse psychanalytique menant à une réalité crasse portrait pas si satyrique de note humanité contemporaine. Une merveille ! Vous apprécierez…

Joker
USA   –   2019   –   Crime
Réalisateur: Todd Phillips
Acteur: Zazie Beetz, Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Marc Maron, Frances Conroy, Josh Pais
Warner Bros.
09.10.2019 au cinéma

"JOKER" : Naissance d’une Icône
5.0Note Finale