Dans le cadre de la sortie en DVD de leur deuxième film « Livide », qui n’a pas connu les honneurs d’une sortie salle en Suisse, nous avons contacté Julien Maury et Alexandre Bustillo. Les deux réalisateurs de l’un des meilleurs “film de genre” français, l’excellent “A l’intérieur”, ont aimablement accepté de répondre à nos questions afin de nous parler plus en détail de leur dernier film.

« Livide » est très différent de votre premier long-métrage. Quelles étaient vos intentions et était-il important pour vous de ne pas réaliser un « A l’intérieur » bis ?
Honnêtement, on en avait un peu marre de tous ces films français horrifiques très ancrés dans la réalité. « Calvaire », « Martyrs », « Ils », « Frontière(s) », « Captifs », « Vertige »… On adore tous ces films mais ils pourraient être tous tirés des pages faits-divers du “Nouveau Détective”. C’est le cas également d’ « A l’intérieur ». Nous, on aime le cinéma de genre dans tout son ensemble et notamment on adore le fantastique pur et dur, totalement assumé. Avec « Livide », nous voulions vraiment explorer cette voie, faire un film d’épouvante « old school » comme on n’en voit plus du tout en France, un film qui fasse appel à l’imaginaire du spectateur à la manière des films de la Hammer des années 60/70.

« A l’intérieur » est un film très référencé. C’était un peu le but de partager vos références cinématographiques ?
Notre but était de faire du cinéma ! On a la chance d’en faire mais on est avant tout des cinéphiles. Du coup, dès l’écriture, on est tenté de faire comme d’autres, on est pétris d’influences et c’est très compliqué de s’affranchir de tout ça. Mais on assume complétement notre côté “fanboy”…

Malgré un budget limité (moins de 2 millions d’euro), l’aspect visuel, l’esthétique de « Livide » est très travaillé et réussi. Vous êtes d’ailleurs repartis avec le prix de la “meilleure direction artistique” au festival de Sitges. Quelles étaient vos sources d’inspiration ?
Dès le début, on souhaitait un univers ouvertement fantastique cohérent et qui tienne la route. On voulait a tout prix réussir à offrir un film beaucoup plus ambitieux à tous les niveaux qu’« A l’intérieur » (alors qu’on avait les mêmes contraintes de temps et d’argent), sans jamais pour autant faire fauché et je crois qu’on ne s’en est pas trop mal sorti ! Le fantastique est tellement rare en France qu’il fallait vraiment que « Livide » ait de la gueule pour rassurer les producteurs et leur donner envie d’en refaire d’autres ! Après pour les influences, elles sont très nombreuses… Cela va de Degas à Bava en passant par Argento ou encore « Les Innocents ». On voulait surtout que la maison ait une identité propre, chaque pièce devait raconter une histoire et le tout, devait être un personnage à part entière.

« Livide » est votre 2ème coréalisation, comment vous répartissez-vous les tâches ? Est-ce que votre méthode de travail a évoluée depuis « A l’intérieur » ?
Non, notre méthode est toujours la même : c’est du 50/50 ! On travaille beaucoup en amont, ce qui fait qu’une fois sur le plateau, on a vraiment une vision commune. Ca nous permet d’avoir une confiance totale l’un en l’autre. L’un peut aller régler le plan avec le chef op’ et l’autre diriger les comédiens, on sait qu’on a pas besoin de vérifier ce qui a été décidé. Et sur ce genre de film où le temps et l’argent sont comptés, ça nous permet d’être plus efficace et d’aller beaucoup plus vite.

Lors de sa sortie, « Livide » a eu une diffusion très limitée en France (il n’a même pas été distribué en Suisse). Comme beaucoup d’autres “films de genre”, il va donc être principalement exploité en DVD et Bluray. Comment avez-vous vécu sa sortie en salle et quelles sont vos attentes par rapport à son exploitation en vidéo ?
Ce qui a été vraiment douloureux n’est pas tant l’échec que l’injustice du manque de visibilité. L’échec fait partie du jeu mais encore faut-il que le public ait la possibilité de voir le film… Après, les scores sont cohérents avec l’exposition que le film a eu : aucunes affiches, aucune promo dans les médias dit “de masse”, aucune bande-annonce en salles et 17 copies sur toute la France…

C’est compliqué de faire des miracles quand en bout de chaîne de fabrication tu te retrouves face à des gens qui méprisent les films d’horreur ! Pour la majorité des exploitants, ce qui compte ce n’est pas d’offrir de la diversité à leurs spectateurs mais de faire du chiffre. Pas de chance pour nous, on s’est retrouvé en face de « Hollywoo », « Twilight », « Tintin », « Intouchables », « Polisse », etc.

Alors bien sur qu’on y est préparé, quand on fait ce genre de cinéma, on ne s’attend pas à exploser le box-office mais même si tu te doutes bien que t’es pas vraiment grand public avec tes ballerines-vampires, au fond de toi, tu espères toujours que ce sera le film qui va réconcilier les spectateurs avec le genre hexagonal et créer un appel d’air chez les producteurs. Bon, ce n’est pas encore pour cette fois…

Mais le plus important c’est que « Livide » sorte maintenant en DVD et Bluray et qu’il va vraiment avoir sa chance de rencontrer le public.

Chacun des deux films que vous avez réalisés a un projet de remake. Quelle a été votre réaction et quel est votre sentiment par rapport aux projets de remake en général ?
On est super fiers qu’il y ait ces projets pour les deux films ! C’est rare de voir son film se faire “remaker”, en général ce sont de jeunes réalisateurs qui refont les films de maîtres du genre, là c’est l’inverse… En tout cas, on est curieux de voir le résultat.

Pour ce qui est des remakes en général, on n’a rien contre. Il y en a toujours eu et certains ont donné des chef d’œuvres ! Du moment que c’est fait avec intelligence et avec une vraie nouvelle vision… et puis ça n’a jamais effacé l’original.

Pouvez-vous nous parler de vos projets en cours ?
C’est encore un peu tôt pour en parler mais c’est en bonne voie… On a plusieurs de nos scénarios en développement dans différentes boîtes de production donc on ne sait pas encore lequel sera financé en premier mais quoi qu’il arrive, ce sera du “genre” !

Vous deviez réaliser « Halloween 2 ». A quoi aurait ressemblé votre version ?
On a eu quelques différents avec les frères Weinstein sur le projet de remake de « Hellraiser ». On a donc quitté ce projet et ils sont revenus gentiment nous proposer « Halloween 2 ». On est des fans “hardcore” de Michael Myers, c’est notre tueur préféré, plus que Jason, Freddy et compagnie, on a d’ailleurs refusé le remake « Des griffes de la nuit ». Notre version aurait repris la structure narrative du premier « Halloween » de Rob Zombie. Donc deux parties bien distinctes, la première de 45 minutes qui racontait les quinze années d’internement de Myers misent en parallèle à la vie de Loomis qui se gangrénait au fil de leur relation évoluant vers celle d’un père et de son fils. On se serait arrêtés là puis on reprenait à l’hôpital, Michael Myers une balle dans la tête mais pas mort. Les médecins l’opèrent, retirent la balle puis il se réveille sur la table d’opération et massacre dix infirmières d’un coup… et après 45 minutes de slasher intensif. Ça se terminait un peu comme dans le film de Zombie où Laurie devenait à son tour folle et se masquait : le gène Myers. Michael devenant LA légende urbaine. Rob Zombie avait montré comment un enfant devient un tueur en série et nous on aurait montré comment un tueur en série devient une légende, un mythe.