La Loi du marché

En situation de chômage prolongé et la fin de ses droits approchant, Thierry, ouvrier quinquagénaire, est dos au mur. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il n’a d’autre choix que d’accepter un poste de vigile en grande surface. Oui mais voilà : la brutalité du monde du travail le rattrape lorsque la direction lui demande d’espionner les employés du magasin, devenant à son tour un allié de la violence sociale ordinaire.

Sans générique préliminaire, « La Loi du marché » nous plonge in media res dans le quotidien précaire de Thierry et de ce que Stéphane Brizé assimile à la loi de la jungle. Devant la caméra, un seul acteur professionnel et une cohorte d’acteurs amateurs, qui pour la plupart tiennent leur propre rôle. Si on ne boude pas le prix d’interprétation décerné à Vincent Lindon (aussi bon que Marion Cotillard dans un autre film social, « Deux jours, une nuit » des frères Dardenne), on est en revanche plus sceptique face aux choix de mise en scène immersifs de Brizé. Les longs et cruels plans séquences, que justifie l’approche chirurgicale du film, s’acharnent à nous conter la même déprime sociale, au détriment du romanesque et de la simple intrigue. Au fil d’un séquencier délimité à de grosses ficelles, Monsieur et Madame tout-le-monde (à l’exception des patrons) sont humiliés, embarrassés ; un immobilisme narratif que ne permettent ni les longueurs d’un Kechiche, ni le naturalisme des Dardenne. Faut-il troquer un naturalisme pour un autre ? Ou tout simplement laisser place au récit où le trait-tillé existentiel se tire à trait fin.

LA LOI DU MARCHÉ
De Stéphane Brizé
Avec Vincent Lindon Karine de Mirbeck, Matthieu Schaller
Xenix Film
Sortie le 27/05