Les Sept Mercenaires

Plus d’un demi-siècle après la sortie du film « Les Sept Mercenaires » de John Sturges, le réalisateur Antoine Fuqua revisite ce western devenu culte, lui-même remake du chef d’œuvre de Kurosawa, « Les Sept samouraïs ».


Au lendemain de la Guerre de Sécession, la population de Rose Creek vit sous l’emprise de l’impitoyable Bartholomew Bogue (Peter Sarsgaard), qui sème la terreur dans le village. Assoiffé d’or, cet homme d’affaires redouté pousse les habitants à la ruine en les privant de toutes leurs ressources. Au vu de l’impuissance des villageois face à une violence grandissante, Emma Cullen (Haley Bennett), dont le mari a été massacré de sang-froid par le tyran, croise le chemin de Sam Chisolm (Denzel Washington), chasseur de primes. Désespérée, la jeune femme lui propose une somme d’argent pour combattre l’ennemi et son armée et ainsi délivrer la petite ville du mal. Six gentlemen se joignent à lui, prêts à se battre pour la bonne cause. C’est ainsi que la bourgade de Rose Creek remet son sort entre les mains de sept hors-la-loi venus rétablir la justice.

Avec « Les Sept Mercenaires », le spécialiste de l’action plus ou moins décérébrée Antoine Fuqua (« Shooter, tireur d’élite », « La Chute de la Maison Blanche », « Equalizer », « La Rage au Ventre »…) propose un remakefortement influencé par l’air du temps. Pour ce faire, il constitue une équipe de choc pour le moins multiculturelle. Inspiré de l’idéal de la société américaine, le rôle du chef de la bande est confié à Denzel Washington dont les traits afro-américains, partagés avec Fuqua, feront probablement de l’ombre au premier rôle typique, visage de l’Américain blanc si cher à l’Age d’Or du Western (et pourtant interprété par l’immense Yul Brynner, d’origine mongolo-russe). Et le changement se poursuit : Mexicain, Asiatique ou encore Indien, chacun a sa place dans ce « septuor » pour que tout spectateur puisse s’identifier à son héros. Sans aucun doute, Antoine Fuqua prouve avec ce long-métrage que l’union fait la force face à une société sauvagement capitaliste.

Les Sept Mercenaires

Pour continuer sur cette lancée, le rôle attribué à Haley Bennett au sein du récit bouleverse également les codes du western classique dans lequel les personnages féminins avaient dans la plupart des cas un faible temps à l’écran, voire des rôles inexistants. Malgré les connotations très masculines du genre, c’est pourtant bel et bien une femme qui est à l’origine de l’intrigue dans ce remake. La belle Emma Cullen n’hésite pas à se transformer en guerrière et à user du pistolet pour sauver son village des griffes de Bogue. Le récit a également la bonne idée de lui épargner le cliché lassant de l’amourette facile malgré la présence de ces sept gentlemen venus délivrer le village à sa demande.

Par leur récurrence, les références à la religion constituent un élément frappant de l’histoire : depuis l’ouverture du film dans une église d’où émane l’illusion de la sécurité, jusqu’à la récitation du « Notre Père » avant le grand combat final qui semble être guidé par une force christique, à se demander si certains des personnages ne combattent pas uniquement dans le but de se racheter devant Dieu. L’image de fin où les croix symboliques des combattants décédés surplombent la vallée au coucher du soleil est de trop, en dépit de son esthétique productrice d’émotions. L’admiration pour les paysages reflétant les beautés de l’Ouest par des plans d’ensemble reste en revanche assurée. C’est beau, mais assez vain.

Les Sept Mercenaires

Les Sept Mercenaires
D’Antoine Fuqua
Avec Denzel Washington, Chris Pratt, Ethan Hawke, Vincent D’Onofrio, Byung-Hun Lee, Manuel Garcia Rulfo
Walt Disney/Sony Pictures
Sortie le 28/09

Lauren von Beust

 

"Les Sept Mercenaires" : remake d’aujourd’hui
3.0Note Finale

A propos de l'auteur

Amoureux du film « American Gigolo », ses parents la prénomme en hommage à l'actrice Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, plus tard, comment rester indifférente face au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep prolonge sa culture en menant des études universitaires de cinéma. Omniprésent, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme. Preuve indélébile de sa passion, celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : « L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall ! ». Ça fait classe ! ;)

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