Mama De Andrés Muschietti

Premier ouvrage maîtrisé d’un cinéaste prometteur, « Mama » est un film d’horreur qui mêle une tension extrême à une émotion poignante.


Dans son travail de producteur désireux de soutenir un cinéma horrifique de qualité, Guillermo del Toro nous avait fait découvrir un énorme talent en la personne de Juan Antonio Bayona, dont il avait produit le premier film : le très beau « L’Orphelinat ». S’il n’atteint pas la perfection de ce dernier, « Mama » prouve une nouvelle fois le flair du cinéaste mexicain.

Mama De Andrés Muschietti

Adapté du court-métrage du même nom réalisé par Muschietti en 2012, le film met en scène Victoria et Lilly, deux fillettes ayant trouvé refuge dans une vieille bâtisse au fond des bois à la suite de la mort de leurs parents. Elles y grandissent en sauvages, sous la protection d’un mystérieux esprit qu’elles nomment « Mama ». Au bout de cinq ans, elles sont retrouvées par leur oncle Lucas, qui les emmène vivre chez lui et sa compagne Annabel. Celle-ci, qui n’a absolument pas la fibre maternelle, devra s’acclimater tant bien que mal à ces deux nouvelles arrivantes et surtout faire face à cette inquiétante mère possessive qu’elles semblent avoir ramenée avec elles.

A l’instar de « L’Orphelinat », « Mama » est un film d’horreur à la fois beau et terrifiant, dont l’extrême efficacité dans l’épouvante s’explique par une réelle implication émotionnelle. Tout comme Bayona, Muschietti nourrit son récit d’une vraie consistance dramatique, ce dernier étant porté par une thématique forte, en l’occurrence celle de la maternité. De fait, les effets horrifiques font mouche non seulement parce qu’ils menacent des personnages crédibles et attachants dont le sort concerne le spectateur, mais également parce qu’ils sont en parfait accord avec ce que le film raconte. Ainsi en est-il de la révélation progressive de la créature, qui joue extrêmement bien, sur le hors-champ et la suggestion, et se fonde sur une confusion constante entre les deux fillettes, leur nouvelle mère de substitution et l’ancien esprit qui les a élevées.

Mama De Andrés Muschietti

La maîtrise de son sujet par Muschietti s’affiche alors clairement dans ce plan fixe au milieu du film, dont la composition génialement pensée laisse voir, d’un côté du cadre, Lilly jouant avec une seconde personne cachée par la paroi, et de l’autre côté, un couloir dans lequel apparaissent successivement Victoria et Annabel, nous révélant que la présence hors-champ ne peut être que la terrifiante Mama. Le jeune réalisateur ménage donc parfaitement ses effets, jusqu’à l’apparition complète de son monstre montrée dans un plan-séquence renversant.

On pourra regretter quelques maladresses d’une première œuvre, comme le personnage de Nikolaj Coster-Waldau, qui disparaît logiquement de la seconde moitié du récit avant de revenir artificiellement pour le final, ou encore cette même résolution qui, malgré un parti-pris assez courageux, tire en longueur et est exécutée de façon quelque peu bancale.

Mama De Andrés Muschietti

Néanmoins, ces légers écarts n’entachent en rien la grande qualité de « Mama », film émouvant et saisissant, porté par un casting solide (face à l’excellente Jessica Chastain, la toute jeune Megan Charpentier impressionne par sa justesse) et un amour du genre visible à l’écran. Une nouvelle fois, on ne peut donc que remercier Guillermo del Toro et attendre avec impatience la prochaine réalisation d’Andrés Muschietti.

Mama
De Andrés Muschietti
Avec Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau
Toma 78, De Milo


Mama – Trailer par TheDailyMovies

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