N.W.A - Straight Outta Compton

Le hip hop West Coast tient son premier grand film grâce à cette fresque urbaine de près de 2h30 relatant l’ascension fulgurante du plus légendaire des groupes de gangsta rap. Avec une mise en scène équilibrée qui parvient à exalter la création musicale tout en restituant la violence des gangs, F. Gary Gray signe un long métrage qui touchera bien plus que les fans de la première heure.


Jusqu’à présent, le biopic n’avait pas l’air de réussir au rap américain, exception faite de « 8 Mile », film sur et avec Eminem, qui se hissait largement au-dessus des « Notorious » ( sur The Notorious B.I.G.), « Get Rich or Die Tryin’ » (sur 50 Cent) et autres « Hustle and Flow ». La tendance pourrait désormais s’inverser avec la réussite majeure qu’est « Straight Outta Compton », représentation captivante et généreuse du parcours de N.W.A., formation séminale du rap West Coast qu’il n’est plus besoin de présenter. Autant réputé pour son image sulfureuse que pour la forte personnalité artistique de ses membres, le groupe de la banlieue chaude de Compton, Californie, a durablement marqué la musique nord-américaine le temps d’une carrière météoritique à la fin des années 80, révélant les talents de rappeurs/compositeurs devenus du jour au lendemain des superstars : Eazy-E, Ice Cube, Dr. Dre, MC Ren…

N.W.A - Straight Outta Compton

Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, « Straight Outta Compton » est produit par les deux anciens membres de N.W.A. qui s’en sont le mieux sortis (Dr. Dre et Ice Cube), ainsi que par Tamica Woods-Wright, veuve de Eazy-E. Et puisque que l’on reste en famille, l’interprétation du rôle de Ice Cube revient à son propre fils, O’Shea Jackson Jr., dont la ressemblance mimétique avec le paternel aura été travaillée, assure-t-on, pendant deux ans de répétition acharnée. Le résultat à l’écran est en tous cas troublant. Si le reste du casting est essentiellement composé d’inconnus, on retrouve Paul Giamatti dans le costume de Jerry Heller, le manager ambigu qui sera à la fois l’artisan du succès du groupe et le responsable de sa dislocation. Derrière la caméra, F. Garry Gray est aux commandes, solide réalisateur autrefois prometteur (« Set It Off », « The Negotiator ») et revenu de quelques récents ratages (« Be Cool », « Que justice soit faite »). Il retrouve tout naturellement Ice Cube, 20 ans après l’avoir filmé dans une poignée de clips et la comédie « Friday » en compagnie de Chris Tucker.

N.W.A - Straight Outta Compton

La famille et les proches sont ainsi à la base de la dynamique de « Straight Outta Compton ». C’est cet esprit d’équipe, ce sentiment de faire corps avec le groupe, de participer à son intimité, qui assurent pour une large part la qualité émotionnelle du récit. Dès les premières scènes, on ressent une empathie immédiate envers ces musiciens aux ambitions artistiques fragiles, menacées par leur précarité, la ségrégation, la proximité des gangs et les actes de violence inouïe des forces de l’ordre à leur encontre. N.W.A. n’a jamais aimé la police, et celle-ci le leur a bien rendu. Le film alterne avec une grande habileté les épisodes glorieux et les incidents qui ont émaillé l’ascension du groupe. On prend son pied devant les séquences de concerts, les images de foules de plus en plus nombreuses, la mémorable pool party, avant d’être brusquement saisi d’angoisse devant une affligeante interpellation à même le trottoir d’un studio d’enregistrement. Ces illustrations de la menace qui plane constamment sur les protagonistes de cette flamboyante success story fonctionnent d’autant mieux qu’elles font inévitablement écho à une réalité sociale qui n’a guère évolué un quart de siècle plus tard.

N.W.A - Straight Outta Compton

Alignant les moments héroïques, les disparitions dramatiques et les personnages hauts en couleur, « Straight Outta Compton » plaira aux nostalgiques des années 80 et des clips de MTV, aux fans de films de gangster, de hip hop et de musique en général. À noter tout de même que le film s’est vu reprocher des latitudes flagrantes avec l’histoire, par exemple sur le rôle exact de certains contributeurs artistiques et, plus problématique, sur la place des femmes dans la vie privée du groupe – Dr. Dre est notamment réputé pour avoir eu plus d’une fois la main lourde avec ses compagnes. Il est vrai que la part d’ombre des protagonistes semble réduite à des chicaneries musicales et contractuelles limitées à d’amusantes battles, notamment lorsque Ice Cube quitte le groupe. On invitera chaque spectateur à se faire après coup sa propre idée sur cette complexe saga humaine et culturelle à l’échelle américaine, pour laquelle « Straight Outta Compton » fait office de remarquable point d’entrée.

Straight Outta Compton
De F. Garry Gray
Avec Jason Mitchell, Corey Hawkins, O’ Shea Jackson Jr., Aldis Hodge, Neil Brown Jr., Paul Giamatti
Distributeur : Universal Pictures
Sortie le 9 septembre 2015


Straight Outta Compton – Trailer VOSTFR HD par TheDailyMovies