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lundi, février 2, 2026
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Deux Procureurs – ZZZZZZZ

Luca Califano
Luca Califano
Journaliste et critique cinéma, Luca Califano est diplômé d’un master en sciences sociales – science politique à l’Université de Genève. Actif de longue date sur la scène associative et militante genevoise, il anime depuis 2022 le podcast cinéma Vidéoclub, disponible sur toutes les plateformes de podcast.

Passé par le festival de Cannes en 2025, Deux procureurs, du réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa, arrive enfin dans les salles obscures. Un cinéaste incarnant un cinéma se faisant régulièrement écho à la situation à l’Est, avec notamment Donbass (2018) et Maïdan (2014) qui avaient tous deux particulièrement marqué les cinéphiles du monde entier. Néanmoins, la nouvelle proposition dramatique du réalisateur se retrouve à être un film particulièrement soporifique et basique dans le fond. Un film pour les trois du fond qui n’avaient pas encore compris que l’URSS n’était pas toptop…

URSS, 1937. Alors que les lettres de prisonniers injustement accusés sont systématiquement détruites, l’une d’elles parvient jusqu’au bureau d’Alexander Kornev, jeune procureur fraîchement nommé. Convaincu d’une erreur, il cherche à faire libérer un détenu victime de la NKVD. Sa quête de justice le mène au cœur des grandes purges staliniennes, révélant la mécanique implacable d’un régime totalitaire.

Posons les choses telles qu’elles sont et allons droit au but cher lecteur.ice: Deux procureurs est un film rébarbatif. Le film nous propose un rythme narratif d’une longueur et d’une lenteur infernale. Une œuvre qui choisit de faire avancer sa narration avec une tranquillité excessive et qui accepte de prendre son temps (beaucoup trop de temps). On est devant un film au ralenti, qui prend du temps à mettre en image des banalités qui devraient normalement être esquivées du montage final, rendant l’ensemble pâteux et encore une fois, d’un ennui profond à suivre. Alors certes, ce choix de mise en scène renferme une logique derrière et ne sort absolument pas de nulle part. Bien au contraire, la construction de l’œuvre incarne réellement le propos du film. Par ce prisme laborieux et étouffant, le réalisateur nous montre la lenteur administrative de l’URSS, la lourdeur bureaucratique et la pression de l’appareil d’État stalinien. Proposant au spectateur un film qui apporte sciemment un sentiment de malaise à son public. C’est un film qui est construit pour incarner, par son dispositif filmique, les structures de l’URSS. 

En cela, ce processus pourrait être intéressant et même relativement captivant dans la manière maligne dont on utilise le médium cinématographique. Toutefois, en deux choses l’une. D’une part, comme dit précédemment, le film reste ennuyant et soporifique. Élément non négligeable qui nous fait complètement sortir du film et qui empêche en réalité de transmettre le message que le dispositif voudrait transmettre. Mais d’autre part, et cela constitue la critique majeure que l’on pourrait faire sur la substance de l’œuvre, c’est que le message de fond se cantonne à une position d’une banalité sans nom. On reste au niveau de dire: “L’URSS c’était pas bien, beaucoup de gens ont souffert”. Sur cela, je ne peux qu’acquiescer à ces positions tel un vieux trotskiste, mais quoi d’autre? Il n’y a aucune réflexion un minimum en profondeur sur le sujet, ni même un angle un tant soit peu original qui nous permettrait d’aborder ces réflexions via un prisme moderne. Non, rien de cela. Un film de deux heures qui reste au niveau le plus bas de l’analyse de cette thématique, si importante encore aujourd’hui. Pour le dire pleinement, on est sur une posture purement superficielle qui survole son sujet. 

Sans oublier qu’on se retrouve aussi, par la même occasion, devant une œuvre véritablement bavarde. Une grande partie de son récit repose sur des dialogues interminables et monotones. Des dialogues qui n’aident en rien à rester dans l’histoire. Ce n’est d’ailleurs pas le jeu inexpressif des acteur.ice.s qui aidera à faire remonter le dynamisme global du métrage. Pour dépeindre le film de manière simpliste, on oscille dans le récit entre des dialogues barbants et des scènes de “transition” pesantes, particulièrement froides dans leur colorimétrie, qui n’aident en rien à capter l’intérêt pour le récit.

Il me paraît tout de même important de souligner quelques éléments dans lesquels Deux procureurs réussi. D’une part, la maîtrise de la tension, sur laquelle de nombreuses scènes du film reposent, fonctionne particulièrement bien. Tout au long du film, on ressent une menace constante qui plane sur notre protagoniste. On sent un personnage constamment scruté et encerclé, laissant planer le doute sur où est le danger et où ce dernier va frapper. Apportant une sensation de risque continu. Une réalisation paranoïaque, qui crée cette ambiance quasi complotiste qui pousse son spectateur à être sur le qui vive constamment. Il en va de même sur la maîtrise des tonalités plus sombres que le film arrive à proposer. Le film réussit à insuffler des scènes très lourdes de sens et des éléments d’effroi particulièrement percutants. En particulier dans la conclusion du récit qui, sans dévoiler le pot-au-rose, exprime bien cet emboîtement entre effroi et maîtrise de la tension. Une construction initiée dès le départ du film, qui se conclut sur une note intense. En général, il est possible de relever dans le film une certaine réussite dans la mise en scène, et créant quelques scènes efficaces. On peut penser notamment à plusieurs scènes au sein de la prison, qui démontrent justement une certaine réflexion en matière de cadre mais surtout du travail du hors-champ. Réussissant à jouer sur la peur et l’effroi de ce qui nous est caché. Tout en montrant subtilement le processus d’effacement qui se construit autour des personnages.

En bref, malgré quelques points positifs à relever, ne faisant pas sombrer l’œuvre dans la catégorie des navets, Deux procureurs n’est malheureusement pas une œuvre très pertinente. Que ce soit sa forme filmique assommante ou son propos de fond mal abordé. Un scénario qui peut être écrit sur un post-it et qui n’arrive pas vraiment à proposer bien plus. En 2026, surtout sur un sujet comme celui-ci qui fait directement écho à la réalité géopolitique actuelle, on est en droit de demander un petit plus, notamment de la part d’un auteur expérimenté dans le travail de dénonciation.

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