On est supposés s’émouvoir devant cet étalage froid et décousu d’épisodes pour la plupart hautement anecdotiques ?


Un des tout premiers plans de Mr. Turner, des passants marchant dans une rue anglaise au 19ème siècle, donne le ton pour l’ensemble du film. Tout dans ce mouvement de grue transpire le pastiche, l’artificiel, la chorégraphie, le faux. La façon qu’a la caméra de filmer cet espace diégétique traduit son incapacité à saisir un environnement et à lui donner une prégnance réaliste et un véritable souffle de vie. Au contraire, elle enferme cette théâtralité grotesque dans une représentation si codifiée et si convenue qu’il est impossible de voir autre chose à ce moment-là que du cinéma mettant son propre procédé en scène. La suite de ce biopic du peintre William Turner ne vaut guère mieux. La patauderie de l’acteur Timothy Stall est à l’image du film : mou, pénible et sans charme. Rien n’y vit, rien n’y vibre. Ni les personnages, ni leurs interactions, ni leurs émotions. Comme si tous les fragments de vie du peintre avaient été bêtement disposés à plat, sans saillie, sans saillance, comme une simple liste de faits historiques à traiter. On est supposés s’émouvoir devant cet étalage froid et décousu d’épisodes pour la plupart hautement anecdotiques ? Leur accumulation stérile est censée toucher à l’essence de qui était Turner ? Le film n’y parvient certainement pas, malgré ses efforts pour souligner à plusieurs reprises le caractère novateur du peintre, lui qui s’était affirmé comme l’un des précurseurs de l’impressionnisme. Malheureusement, tout comme il était impossible de croire une seconde à cette rue anglaise, il est tout autant impossible après deux heures et demie de film de sentir que l’on a pu véritablement s’approcher de Mr. Turner, de son intériorité, son inspiration et ses aspirations.

Mr. Turner
De Mike Leigh
Avec Timothy Spall et Marion Bailey
Pathé Films
Sortie le 03/12

 

[Arnaud Mittempergher]