Le train est resté en gare pour beaucoup de critiques, il a déraillé pour quelques-uns, mais il est certain que Kenneth Branagh, devant et derrière la caméra, dévoile ici une version innovatrice de l’inspecteur moustachu. Malgré un début quelque peu décousu et quelques moments que certains trouveront peut-être trop mélodramatiques, c’est un voyage qui vaut le détour si vous êtes curieux de voir une autre interprétation du roman.


Il est fort probable que vous ayez tous un acteur spécifique en tête lorsque vous entendez le nom d’Hercule Poirot. Alors que vous lisez ces lignes, il est quasiment certain que l’inspecteur belge adopte dans votre esprit les traits de Peter Ustinov, ceux d’Albert Finney ou encore de David Suchet si comme pour moi, la série télévisée de 1989 reste la version la plus emblématique à vos yeux. Quoiqu’il en soit, il va vous falloir oublier ce que vous connaissez du personnage pour vous concentrer sur la toute nouvelle version qu’interprète Kenneth Branagh (Henry V, Beaucoup de bruit pour rien, Frankenstein, Hamlet, Harry Potter et la Chambre des Secrets).

« Le Crime de l’Orient-Express » a été adapté en film en 1974 avec Albert Finney dans le rôle principal. Acclamé par les critiques et considéré comme une des meilleures adaptations d’un roman de Christie, le pari était extrêmement audacieux pour Branagh. La version de 2017, au contraire, est critiquée sans relâche pour avoir osé touché à un classique. Gardez à l’esprit que je n’ai regardé la version de 1974 qu’après avoir vu la nouvelle version et que d’une manière miraculeuse, je ne connaissais pas le dénouement d’un livre qui est sorti il y a 83 ans. Ainsi, il est fort probable que mon jugement soit radicalement différent de celui de quelqu’un qui est plus attaché à la première version. Fait intéressant, Agatha Christie fut présente à la première du film de 1974. Elle déclara qu’elle aimait tout dans cette adaptation sauf une chose : elle trouvait la moustache de Finney pas assez grande et impressionnante. Finalement, contre toutes attentes, il se pourrait bien que la moustache de Poirot 2.0 corresponde plus à l’idée que l’auteure avait en tête.

Kenneth Branagh nous invite à découvrir une version revisitée du célèbre roman qui a pour but d’approfondir des aspects qui n’étaient pas mis en avant ni dans le livre, ni dans la première version. Ce n’est pas tant au niveau de l’histoire que le réalisateur et acteur principal a modifié des choses, mais plutôt au niveau du personnage de Poirot et de la problématique liée au bien et au mal. Un meurtre peut-il être acceptable ? Poirot, qui dans cette version est bien plus énergique et beaucoup moins posé (oui, ce Poirot va même jusqu’à se battre) que dans ses précédentes interprétations, est présenté comme un homme qui est fatigué de faire face aux crimes de ce monde. Au-delà du changement flagrant de moustache (dont il faudra faire le deuil), ce Poirot a quelque chose de plus humain et de plus sensible. Le film contient d’ailleurs des scènes très forte émotionnellement, chose qui ne transparaît pas énormément dans la première version. Selon moi, les deux versions sont bien et la deuxième ne mérite pas toutes ces critiques hargneuses sous prétexte que la première est plus appréciée. Les deux sont des bons films, et ce, de manières très différentes. Certains ont trouvé que refaire une nouvelle version était inutile, mais il me semble qu’une réadaptation est bien lorsqu’elle répond à d’autres de nos attentes : la vieille version se concentre sur les faits, sur l’intrigue en général. Nous sommes donc tous d’accord pour dire qu’un reboot copie-conforme aurait été dépourvu d’intérêt. La nouvelle, qui évidemment n’a pas le privilège de faire découvrir une enquête dont presque personne ne connaît la résolution, permet d’approfondir les aspects émotionnels des personnages qui n’avaient pas encore été montrés jusque-là.

Mis à part quelques moments peu subtiles (à vouloir trop émouvoir, on peut vite faire le contraire) et quelques répliques de la part de Branagh qui semblent être un peu sur-jouées et théâtrales, le film, dans son ensemble, se laisse regarder sans aucun problème et l’on peut bien pardonner ces quelques faux pas de la part du réalisateur lorsque l’on remarque la beauté visuelle du film. Incroyablement esthétique, ce long-métrage ravira les amateurs des années 1930 et tout simplement tous ceux qui aiment lorsqu’un soin particulier est accordé à l’image. Avec un casting impressionnant comprenant entre autres Michelle Pfeiffer, Daisy Ridley, Penélope Cruz, Judi Dench, Johnny Depp, Josh Gad et Willem Dafoe, Kenneth Branagh nous emmène dans un magnifique voyage hivernal à l’atmosphère unique.

Ce film est un pari osé qui n’a malheureusement pas su rencontrer le succès escompté, mais l’on peut saluer l’originalité de l’approche de Kenneth Branagh et apprécier ce film pour ce qu’il est : pas une pâle copie de la version de 1974, mais une nouvelle adaptation du roman, plus centrée sur l’émotion et dont la beauté des images suffit à le rendre intéressant à regarder.

Le Crime de l’Orient Express
(Murder on the Orient Express)
USA – 2017 – Crime
Réalisateur: Kenneth Branagh
Acteur: Tom Bateman, Kenneth Branagh, Penélope Cruz, Willem Dafoe, Judi Dench, Johnny Depp, Josh Gad, Derek Jacobi, Leslie Odom, Jr., Michelle Pfeiffer, Daisy Ridley, Marwan Kenzari, Olivia Colman, Lucy Boynton, Manuel Garcia-Rulfo, Sergei Polunin
© Twentieth Century Fox Film Corporation. All Rights Reserved.
13.12.2017 au cinéma

Murder on the Orient Express : le nouveau Poirot, plus moustachu et combattif que jamais
4.0Note Finale

A propos de l'auteur

Passionnée par l’écriture et le cinéma depuis longtemps, Moïra Farwagi a trouvé au sein de Daily Movies un merveilleux moyen de communiquer ses passions. Des films cultes aux films un peu moins cultes et franchement risibles des années 80, en passant par les comédies, les films de super-héros, les films qui font pleurer et encore un tas d’autres choses, le genre préféré de Moïra peut se résumer par « ce qu’elle aime ».

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